Scrutin énigmatique à Istanbul. Par Daniel Pipes
Le Moyen-Orient possède à juste titre la réputation d’être insondable tant les actes apparemment illogiques y sont monnaie courante.
Ainsi, le prince héritier saoudien enlève le Premier ministre libanais qui lui rend visite, le force ensuite à démissionner pour le voir finalement reprendre ses fonctions une fois rentré chez lui.
L’Autorité palestinienne refuse rageusement d’assister à une conférence au Bahreïn où elle pourrait obtenir jusqu’à 27 milliards de dollars.
Dernier exemple en date, dimanche dernier, des élections municipales ont été à nouveau organisées à Istanbul.
Le premier scrutin avait eu lieu en mars. Le candidat du président Recep Tayyip Erdoğan avait alors perdu avec une marge infime de 0,16%.
Insatisfait de ce résultat, Erdoğan avait fait ce que font toujours les dictateurs à savoir ordonner l’annulation des élections en invoquant un vice insignifiant de procédure.
Une décision qui avait conduit à l’organisation de nouvelles élections. On peut imaginer qu’il avait donné comme consigne à ses sbires de rectifier le tir pour cette seconde fois afin d’assurer la victoire de son candidat avec une marge substantielle.
Or, son candidat a perdu avec un écart de 9,22 %, soit une marge de près de 60 fois supérieure à la perte subie lors du premier scrutin.
Cet épisode suscite deux interrogations.
La première question est de savoir pourquoi Erdoğan a permis que cela se produise, lui qui, depuis près de six ans, gouverne le pays à la manière d’un dictateur quasi-absolu. Dès lors, il eût été logique qu’il exigeât une victoire écrasante. Parvenu à contrôler l’armée, la police, le parlement, la justice, les banques, les médias et le système éducatif, il fait ce que bon lui semble.
Quelques exemples illustratifs. Il manipule les élections et a, bien entendu, annulé le premier scrutin à Istanbul. Il bâtit des palais et des aéroports là où il veut et quel qu’en soit le prix. Il ordonne à la banque centrale d’imposer les taux d’intérêts qui lui chantent. Il prend la tête d’un « coup d’État contrôlé ».
Selon son bon plaisir, il pratique des forages à la recherche de gisements gaziers dans la zone économique exclusive d’un pays voisin dont il viole aussi l’espace aérien. Il fricote avec l’EI. Il possède des hommes de main qui intimident ses opposants.
En Turquie, il licencie, emprisonne ou torture toute personne, turque ou non, qui entrave sa route. À l’étranger, il procède à l’enlèvement de ressortissants turcs. Il déploie son armée privée qu’il a lui-même créée.
Vu l’étendue de son pouvoir, pourquoi aurait-il permis une élection libre à Istanbul sans en trafiquer les résultats ? Normalement, les dictateurs ne laissent pas leurs ennemis s’emparer de la plus grande ville du pays, d’autant plus qu’Erdoğan a fait de la bataille pour Istanbul une question de « survie nationale » et a annoncé que « si Istanbul nous fait trébucher, la Turquie nous fera tomber. » Lire la suite
Daniel Pipes
Source: fr.danielpipes.org
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