Je retourne régulièrement en Israël …

Comment expliquer cet étrange sentiment de brisure permanente, alors que j’ai quitté Israël depuis plusieurs années déjà et que, depuis, mon âme est en errance permanente, divisée entre mes deux appartenances? La France est la source première de la fin de la dérive des survivants de ma famille, c’est la culture et la langue que j’ai reçues en partage à la naissance.

Sentiments antagonistes

Israël est cette espérance mythique, ce souffle transgénéra­tionnel qui m’a portée un jour à essayer de faire souche sur sa terre et d’en repartir pourtant, en laissant derrière moi des sentiments antagonistes.

Mais le lien est si fort que me voici régulièrement en partance pour l’autre côté de moi-même.

D’Israël, mon père aimait infiniment le soleil, ce soleil si particulier, si intense et omniprésent, qu’il devait le réparer des années de froid et d’horreur des plaines de Haute-Silésie, où son adolescence s’était à jamais brisée.


plage de Tel-Aviv

D’Israël, j’aime, entre autres, entre tant d’autres, l’intensité du regard de ceux que l’on rencontre.

Vivre, vivre vite, vivre chaque jour comme s’il devait être le dernier, vivre en état d’urgence absolue.

Regarder son enfant partir, à l’ar­mée, à l’école, ou pour un ailleurs dont on ne maîtrise plus les contours.

Le regarder, pour lui bâtir un rempart d’a­mour …

Dans ce regard-là, que j’ai perçu si souvent, passent toutes les souffrances de ceux qui vivent au cœur d’une tourmente.

Reverront-ils à la fin du jour la silhouette de l’être aimé avancer sur le chemin?

Devront-ils le porter en terre, selon un scénario mille fois répété?

Il n’y a aucun mot susceptible d’approcher, seulement d’approcher la réalité quotidienne des habitants d’Israël.

Bien sûr, il y a dans le monde tant d’autres conflits, mais celui-ci, celui qui touche au cœur notre peuple, en quête de racines depuis la nuit des temps, celui-ci précisément m’est violence et douleur.

L’esprit serein

Alors, vous raconter mon dernier voyage, ces quelques jours hors du temps à Tel-Aviv, vous dire que je n’y suis jamais en touriste, que je n’y ressens ni la douceur du temps, ni ne marche sur le sable l’esprit serein …

Vous parler de cette cousine, psychologue à l’hôpital Schneider de Petah-Tikva, qui tente de réparer les âmes brisées de centaines d’enfants dont les parents sont en un instant devenus poussière d’étoile … Vous parler de notre promenade sur la «tayelet», le lendemain d’un attentat, désertée par les touristes, de son désespoir de ne pouvoir arrêter la folie des hommes.


Tayelet de Jérusalem

Je voulais témoigner de cela, dans l’instant…Et de cette espérance de paix qui jamais ne s’éteint.

Sarah Oling/ Benillouche Blog Article original

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Culture

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yacotito

Un bien agreable article, plein de tendresse et si loin des rancœurs que l’on ressent à la lecture de la presse toujours hostile.

Oui, je partage avec l’auteur une double allégeance: La France m’a accueilli, m’a nourri, m’a fait ce que je suis matériellement et intellectuellement. Je ne peux que lui être reconnaissant malgré tout ce qui s’est passé ici et ce qui s’y passe encore.

Mais Israel occupe mon esprit, tous les jours, et ce depuis ce premier voyage en Israel : en descendant de l’avion, ce jour là à Tel-Aviv je n’avais qu’une idée en tête, trouver enfin un coin de terre à embrasser dans cet univers de ciment et d’acier. En fait, cette terre je n’ai pu m’empêcher d’en manger après l’avoir embrassée.
Depuis, j’y reviens tous les ans, je ne peux m’en empêcher, et cette année j’y reviens avec mon épouse pour qui ce sera la première fois. Une joie immense pour tous les deux !

J’espere m’y établir un jour avec elle, lorsque mes obligations ici en France seront remplies.
En attendant j’étudie quotidiennement la langue de mes pères, en regrettant de ne pas pouvoir la pratiquer faute d’interlocuteur dans ma lointaine province.

Ani mekaveh che bekarov, Agour beeretz Israel, Ekhzor bemakom hazeh, ve Amout bo

mardoche

oui vous avez bien raison monsieur
sur cette phrase
{{il y a un risque qu’un jour on nous empêche d’aimer Israël. voilà, il nous faut jamais oublier ça.
}}
et moi je demande de plus en plus chaque jour depuis ces dernières années de vécu en la dite france
comment peut on encore aimer la france ??
avec toutes ses agressions et ses tuerie et barbarie bien calculé de ses gouvernants politiques
vraiment je me demande comment aimer maintenant
avoir un pied en france et l’autre en Israël un jour ou l’autre il y aura un grand écart et ce jour cela fera très au fond du grand écart
surtout si cela arrive d’un cout franc
moi je préfère être en Israël
ça n’a rien de vraiment bon tout ça d’avoir un pied là et un autre là bas
a quoi cela rime l’antagonisme
dans tout ça, aimer!! ??

Azoulay

il n’y a rien d’antagoniste à être fançais(e), aimer la France et Israël.
celui qui aime, aime encore et aussi.
en revanche, jamais Israël ne vous interdira d’aimer la France, mais en France, il y a un risque qu’un jour on nous empêche d’aime Israël.
voilà, il nous faut jamais oublier ça.