Depuis quelques semaines et d’autant plus depuis la victoire de Mohammed Morsi, candidat des Frères musulmans en Egypte, les regards de la presse et de plusieurs éditorialistes en Israël, se braquent sur la Jordanie.

Car de tous les pays frontaliers d’Israël, il s’agit du seul – à l’exception du Liban où la situation est un peu différente – qui n’ait pas encore été touché radicalement par des révoltes, même si des échauffourées, le terme est faible, ont eu lieu l’an dernier. Il semblerait toutefois que les choses se préparent tant du côté du pouvoir que du côté des opposants et les Jordaniens eux-mêmes s’interrogent.

Selon Mudar Zahran, un écrivain qui se présente comme « palestino-jordanien » – bien que ce terme soit assez peu compréhensible – et qui publie un éditorial dans le Jerusalem Post, le régime hachémite en Jordanie a gardé la frontière orientale d’Israël sécurisée pendant plus de quatre décennies, et s’est révélé un partenaire à l’aise avec Israël quant à la question de l’OLP et des territoires disputés, mais le régime hachémite, estime-t-il, n’est pas nécessairement « à l’abri du printemps arabe ».

Bien que la Jordanie soit un Etat autoritaire qui n’a jamais intégré les populations arabes qui sont arrivées en Jordanie après les guerres de 1948 et de 1967, Israël ne pourrait pas trouver meilleur allié parmi ses voisins arabes en ce qui concerne la sécurisation des frontières, le renseignement, la lutte contre le terrorisme ou encore la prévention du crime.

Mudar Zahran pose la question :

Israël est-il prêt à un changement de régime en Jordanie?

Mais à qui profiterait ce changement de régime?

La semaine dernière, Khaled Meshal, le chef du bureau politique du Hamas, a été reçu en grande pompe par le souverain jordanien.

Meshal a reçu un accueil royal au palais du roi à Amman, et a dîné avec Abdallah.

Il s’agissait de la deuxième visite de Meshal dans la capitale jordanienne en six mois, mais seulement sa troisième depuis 1999, lorsque la direction du Hamas a été expulsée du royaume pour activités illégales.

En Janvier, après avoir fui de Damas, Khaled Meschal avait accompagné le prince héritier du Qatar, le Sheikh Tamim bin Hamad al-Thani en visite en Jordanie.

Ses hôtes avaient minimisé l’importance de la visite de Meshal.

Cette fois-ci en revanche, Khaled Meshal a été reçu avec faste à la tête d’une importante délégation du Hamas.

Or cette visite a coïncidé avec une rencontre entre deux organisations voisines, les Frères musulmans jordaniens et le Hamas, au moment où les Frères musulmans jordaniens, renforcés par la victoire de Morsi en Egypte, pourraient se sentir pousser des ailes.

Les Frères musulmans en Jordanie en effet, ont célébré l’élection de Mohamed Morsi, l’islamiste devenu président de l’Egypte comme s’il était l’un des leurs, en ouvrant leurs bureaux à travers le royaume pour distribuer des bonbons et s’en réjouir devant les autorités jordaniennes choquées.

Rappelons qu’en Jordanie, aux premières élections libres de 1989, le mouvement islamiste avait balayé les sièges du parlement et jouissait d’une légère majorité, avant que les autorités ne modifient la loi en faveur des tribus bédouines et loyalistes.

Une faveur accordée aux bédouins hachémites, soutiens du régime, que le roi vient de renouveler.

À la consternation des partis d’opposition, le parlement jordanien a approuvé un projet de loi de réforme des élections très controversé.

Il est décrit comme un retour en arrière des réformes attendues depuis 16 mois.

Ce projet de loi conserve l’essentiel du pouvoir dans les mains des tribus des fidèles du régime et fait en sorte que les autres partis politiques aient une place mineure à l’Assemblée législative.

Malgré cela, les Frères musulmans en Jordanie croient en leur chance,

« Ce que nous avons vu en Egypte montre clairement que la réforme est à venir.

Il ne s’agit que d’une question de temps », a déclaré Ali Abul Sukkar, président du Front d’action islamique (FAI), l’aile politique des Frères musulmans.

Avant d’ajouter : « La victoire de Morsi aux élections est une grande impulsion pour le mouvement islamiste et un appel au réveil du régime pour la mise en œuvre des réformes promises ».

Mudar Zahran pense à un autre candidat sérieux : l’OLP.

Selon lui, l’OLP est bien intégrée en Jordanie, et est mieux acceptée que les Frères musulmans, en particulier dans ce qu’on continue d’appeler des « camps de réfugiés » même plus de quarante ans plus tard.

Et pour lui, si l’OLP prend le pouvoir en Jordanie, elle sera plus forte politiquement et militairement contre Israël.

Car si, ajoute-t-il, Abbas contrôle mieux les groupes terroristes aujourd’hui, sur le plan politique il n’a eu de cesse d’agresser Israël, en témoigne son offre unilatérale de reconnaissance à l’UNESCO et à l’ONU, qui viole directement les accords d’Oslo.

Il faut toutefois ajouter à l’argumentation de Zahran que la prise du pouvoir par l’OLP en Jordanie serait un vieux rêve d’une partie de la classe politique israélienne, le rêve dit de l’option jordanienne selon laquelle il existe déjà un « Etat arabe palestinien », la Jordanie.

A noter par ailleurs, que, selon cette conception, Israël est lui-même un « Etat juif palestinien ».

La question à se poser alors serait plutôt : n’est-il pas trop tard aujourd’hui pour cette option?

Zahran mentionne une autre possibilité : celle d’une prise de pouvoir par les Bédouins eux-mêmes, mais des Bédouins radicalisés à l’image du terroriste Abou Moussab al-Zarqaoui, un Bédouin venant de Jordanie.

Il s’agirait alors d’une agitation tribale, quasi-libyenne, qui ne conviendrait à personne.

Enfin, Zahran envisage l’option de la prise de pouvoir par le Mouvement Tafilah (dans le sud de la Jordanie) et les mouvements laïques (ou plutôt laïcisés) hostiles aux Frères musulmans et provenant essentiellement des milieux originaires de Cisjordanie.

Bien qu’Al Jazeera se focalise sur les mouvements islamistes, dit Zahran, cette option existe, mais elle manque de financement.

Et Zahran va plus loin : ce serait la meilleure option pour Israël si renversement il y a.

Israël en tout cas, précise-t-il, ferait bien de préparer un plan B, car la Jordanie pourrait bien à terme, elle aussi, basculer dans l’islamisme.

Comme l’Egypte, comme la Lybie, comme la Tunisie, comme le nord du Mali, etc.

Misha Uzan /JForum – (Correspondant spécial ).

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