
Goldnadel: « Le temps de la meute est venu »
FIGAROVOX/TRIBUNE – L’avocat Gilles-William Goldnadel déplore quelques lynchages médiatiques récents, comme le procès diligenté à l’encontre du film de Roman Polanski ou encore la polémique sur les propos d’Alain Finkielkraut.
Comme j’ai essayé de le décrire dans mes Névroses Médiatiques, le monde est devenu une foule déchaînée, nous vivons le temps des meutes, des émeutes et peut-être des meurtres.
Je redoute, à voir et à entendre certaines des représentantes autoproclamées de la cause des femmes, qu’elles atteignent les mêmes brillants résultats que l’antiracisme dévoyé a obtenus en matière de lutte contre le racisme.
Le procès diligenté à l’encontre du film J’Accuse de Roman Polanski nous montre assez bien de quel vilain bois est fait l’antidreyfusard de toujours: le préjugé haineux conjugué à l’esprit de meute qui espère la curée. Qu’on m’entende bien: je ne prétends pas du tout associer le sort de l’innocent Alfred Dreyfus à celui de Roman Polanski qui a admis sa culpabilité dans une vilaine affaire américaine. Mais j’affirme que le procès fait à son film, le comportement de ceux qui veulent empêcher le public de le regarder et jusqu’aux déclarations ineptes de la porte-parole du gouvernement, contiennent tous les matériaux de la haine de meute.
«Que Dreyfus soit coupable, je le déduis de par sa race» écrivait Maurice Barrès. Et du côté de chez Jaurès et Guesde, il n’était pas question de désespérer les faubourgs en défendant un militaire bourgeois défendu par le Syndicat Juif. Il me semble que dans les affirmations vociférantes et péremptoires de culpabilité de la nouvelle affaire vieille de 45 ans qui concerne le réalisateur du bébé de Rosemarie, on retrouve non la vieille haine du juif mais le nouveau préjugé à l’encontre du mâle blanc. Quand bien même celui qui douterait de l’innocence présumée de Polanski bénéficierait de larges circonstances atténuantes au regard de son passé comme des nouvelles accusations qui pèsent sur lui.
Mais surtout il faut séparer l’œuvre de l’auteur. C’est ce que j’ai toujours fait en lisant avec plaisir Céline jusqu’au bout de la nuit ou en regardant avec délices Robert Le Vigan camper Goupil Tonkin quand bien même celui-ci écrivait au premier de Buenos Aires, Argentine: «pas la peine de venir ici, toujours les mêmes youtres».
Je ne m’interdirais certainement pas d’aller voir «Les Misérables» de Ladj Ly dont on me dit le plus grand bien. Et j’entends que personne ne m’en empêche. Et ce malgré les désespérantes déclarations du réalisateur qualifiant Zineb el Rhazoui de «connasse» et Eric Zemmour de «fils de pute»… tout en souhaitant dans le même mouvement «que cesse cette habitude de monter les Français les uns contre les autres». Sans doute sincèrement. Dans une complexité d’un homme que j’accepte d’envisager, précisément par refus du simplisme de meute.
Cette même semaine, l’Obs consacrait un article au vitriol à Monseigneur Barbarin vanté chaleureusement par le préposé à la revue de presse de France Inter. Il rappelait la condamnation du prélat pour non-dénonciation d’un ecclésiastique pédophile. Décision judiciaire dont l’intéressé a interjeté appel. Lire la suite
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