Édith Bouvier et Céline Martelet, Le cercle de la terreur (Enquête inédite en France, Syrie et Irak). Plon

Au premier coup d’œil, ce livre semble ne rien apporter de vraiment nouveau dans ce contexte précis, celui de l’emprisonnement dans des prisons sous bonne garde kurde , de femmes, d’épouses et de veuves des islamistes de Daesh. La question est de savoir s’il faut exaucer le vœu de ces femmes toujours radicalisées et dont la présence sur le sol national constituerait un terrible danger pour la sécurité de la nation. Mais l’affaire n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire : que faire des enfants en bas âge qui sont nés à l’étranger (zone de guerre irako-syrienne) mais qui n’en demeurent pas moins français. Ce que font les deux auteures, c’est décrire puissamment l’arrière-plan de cette situation et surtout l’état d’esprit de ces femmes, couvertes de laine noire de la tête au pied. Et le résultat est terrifiant, d’où `le sous titre : Sommes nous en train de fabriquer les terroristes de demain ?

Jusqu’à présent la position de l’État français a été à peu près celle-ci : on évacue, on rapatrie les enfants en bas âge et qui ont de la famille en France, mais on laisse leurs mères s’arranger de leur mieux avec leurs geôliers kurdes et aussi avec la justice des pays concernés (Syrie et Irak). Or, plusieurs condamnations à mort sont tombées et la France est un pays qui a banni la peine capitale : doit-on intervenir ou laisser la justice suivre son cours ? C’est plus qu’un simple problème politique ou diplomatique, c’est une question morale car ces femmes ont beau avoir rejoint des forces ennemies et combattu la France, elle ont la citoyenneté française, et il en va de même de leurs enfants nés sous les bombes.

Ce qui frappe, voire glace sang, c’est l’état d’esprit de ces femmes qui menacent toutes celles qui oseraient, même aujourd’hui, critiquer ou dénoncer les mœurs de l’État Islamique. On lit qu’une pauvre femme qui s’est risquée à protester a été retrouvée morte, lacérée de tant de coups de couteau tandis que la tente qui l’abritait avec ses enfants a été incendiée. C’est dire qu’il y a encore beaucoup de travail à fournir avant de désintoxiquer ces femmes pour lesquelles l’État Islamique n’a pas été défensivement battu. Il s’agit simplement de pertes territoriales qu’il saura compenser par une expansion sans fin sur l’Internet… Des nostalgiques de l’État Islamique qu’elle divinise, alors qu’il leur a tout pris, y compris leurs époux et leurs enfants. Et quand on leur parle des destructions matérielles occasionnées par ce même régime barbare elles rétorquent que ce sont les bombardements alliés qui ont semé la désolation dans le pays. On le constate aisément, ces femmes ne sont pas amendables pour le moment. D’ailleurs, certaines ne souhaitent plus leur rapatrient en France, elles appellent de leurs vœux et de leurs feux le rétablissement de ce même régime de terreur qu’elles sont venues rejoindre au Proche Orient.

Passons à la suite, à la comparution des accusés devant la cour d’Assisse spéciale. On aura noté au préalable que les réseaux de l’État islamique se reconstituent , qu’ils terrorisent la population, lui extorquent de l’argent pour relâcher les familles enlevées, sans que l’État central y puissent quelque chose… On aura aussi noté que les gardes kurdes des prisons se laissent corrompre et favorisent la fuite de cadres de l’État Islamique lesquels deviennent introuvables et peuvent donc perpétrer des attentats…

Peut-on juger des monstres ? Des êtres responsables de la mort des dizaines d’innocents ? C’est la question que l’on est en droit de se poser. Comment supporter dans une cour d’assises les bravades et l’arrogance de ces assassins ? Comment admettre qu’il faut fournir une défense équitable à des gens qui n’ont plus n eux-mêmes le moindre sentiment d’humanité ?

Admettre qu’il leur faut une telle défense est difficile, surtout lorsqu’ils ne manifestent pas le moindre remords. S’ils regrettaient leurs actes cela permettrait peut-être de les réintégrer quelque peu dans l’empire de l’humain… C’est loin d’être le cas. Je pense à une phrase étonnante de la part de l’actuel Garde des Sceaux : La justice doit combattre le terrorisme avec les armes de l’État de droit. Quelle ineptie, quelle naïveté ! Quand ils entendent de telles insanités, les terroristes se gaussent du régime de nos sociétés et assimilent de telles pétitions de principes à de la faiblesse…

La solution serait peut-être de juger ces criminels sur place, à où ils ont commis leur méfaits. Le problème est que ces pays, l’Irak et la Syrie ne disposent pas d’un système judicaire comparable au nôtre, ou, offrant, à tout le moins, quelques solides garanties pour la défense. Ce sont des pays où les droits de l’homme ne sont pas le bien commun de tous… Et la question revient, lancinante : peut-on laisser exécuter nos nationaux dans de tels pays ?

Et nous n’oublions toujours pas la question d’enfants en bas âge qui partagent la même cellule avec leurs mères, n’ont jamais rien connu d’autre, pas de jouets, de gourmandise, toujours cette sinistre enfilade de jours tristes, comme des jours sans pain. Il faut faire quelque chose pour ces enfants qui n’ont pas demandé à venir au monde et qui ne sont pas responsables des actes (horribles) de leurs parents. La République doit tout faire pour les réinsérer dans une existence à peu près normale, auprès d’amis ou de proches qui leur prodigueront l’affection qu’on ne leur a jamais donnée…

Certaines pages de ce livre sont difficiles à lire, mais il faut en prendre conscience, une manière ou d’une autre. C’est un défi, celui de tous ceux qui portent sur leur visage les traits de l’humain.

Maurice-Ruben HAYOUN

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève.  Son dernier ouvrage: La pratique religieuse juive, Éditions Geuthner, Paris / Beyrouth 2020 Regard de la tradition juive sur le monde. Genève, Slatkine, 2020

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