Décès de Georges Gutelman, le héros de l’Opération Moïse

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L’homme, qui a permis l’évacuation de milliers de Juifs d’Ethiopie vers Israël, est décédé

Georges Gutelman, l’homme d’affaires belge est décédé dans la nuit de lundi à mardi.

Ce héros des temps modernes mit les avions de sa compagnie, la Trans European Airways (TEA) au service de l’Opération Moïse.

S’il  existe aujourd’hui en Israël une communauté juive éthiopienne, on le doit en grande partie à Georges Gutelman, qui fut l’architecte d’un extraordinaire pont aérien destiné à sauver des milliers de juifs éthiopiens dans les années quatre vingt en les acheminant en Israël…

 

Georges Gutelman est décédé à l’âge de 81 ans. Son épouse, Aline Gutelman, a confirmé le décès de son mari, dans la nuit de lundi à mardi, “de maladies“. Aline Gutelman vivait depuis plusieurs années à Tel Aviv avec son époux Georges Gutelman dont la santé s’était dégradée depuis 2015. Il était atteint de la maladie d’Alzheimer.

L’homme d’affaires belge est né en 1938 de parents immigrés polonais. Durant la Seconde Guerre mondiale, Georges Gutelman fut caché auprès de parents catholiques. En 1971, il fonda la compagnie aérienne Trans European Airways (TEA).

En 1984, le Liégeois, de confession israélite, fut contacté par un haut responsable du Mossad, Efraim Halevy.

Ce dernier lui proposa de transporter d’urgence les Juifs éthiopiens vers Israël. Ephraïm Halévy a raconté comment ils avaient recruté Georges Gutelman.

Les moyens du Mossad étaient insuffisants pour évacuer tous ces Juifs d’Ethiopie, ils ne pouvaient pas les faire embarquer dans des avions israéliens, donc ils en ont cherché des européens. Lorsque la demande a été faite à Georges Gutelman, il a tout de suite accepté, alors même qu’il savait qu’il prenait de grands risques pour sa compagnie et pour lui-même.

Les avions de la TEA transportaient des pèlerins vers la Mecque le jour, et la nuit ils partaient de Bruxelles vers le Soudan, embarquaient des Juifs éthiopiens, les faisaient transiter par la Belgique, avant de les emmener en Israël.

Afin que tout cela soit le plus crédible possible, des visas de réfugiés en Belgique, avaient été préparés pour tous ces passagers.  Le 21 novembre 1984, un premier avion de TEA s’envolait discrètement de Khartoum à 2h40 du matin, atterrit durant la nuit à Zaventem. On procéda à un ravitaillement avant que l’appareil ne redécolle vers Israël.

Le vol dura en tout de douze à quinze heures. Les passagers ne descendaient pas de l’avion. « La plupart étaient exténués par leur fuite vers le Soudan , raconte Mme Gutelman ».

Ce qui est extraordinaire, c’est que les 200 employés de la TEA, pourtant au courant de l’opération, n’en dirent jamais mot à la presse.

De même, les médias israéliens gardèrent le secret. Les rédacteurs en chef avaient été invités par le Mossad à l’atterrissage du premier avion à l’aéroport Ben-Gourion, avec pour consigne de ne jamais en parler au risque de mettre en danger la vie de milliers d’autres réfugiés. Les fuites vinrent pourtant d’Israël, et notamment d’un des chefs du parti libéral israélien.

De fil en aiguille, l’histoire parvint aux oreilles du « New York Times » et du « Boston Globe », qui publièrent un premier article le 12 décembre 1984.

A la demande du Mossad, les deux journaux temporisèrent, mais l’opération fut finalement rendue publique massivement le 5 janvier 1985. Du jour au lendemain, l’opération fut suspendue.

« Nous étions grillés , raconte la Liégeoise. Nous avions transporté environ 9 000 personnes. Des gens étaient morts dans les avions, des bébés y étaient nés. Sauver une vie, c’est magnifique, mais en sauver des milliers, cela donne un bonheur extraordinaire. »

Georges Gutelman fut cependant effondré de devoir arrêter le pont aérien. La TEA perdit quasiment tous ses contrats juteux dans le monde arabe et Georges Gutelman reçut des menaces de mort.

Sa société devint l’objet de boycott  et se trouva  face à de grosses difficultés financières. La compagnie tomba en faillite en 1991.  L’homme n’a jamais été remercié officiellement par l’Etat d’Israël mais il n’a jamais regretté.

Tel-Avivre – 

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