Con-finé ou le syndrome du manchot (F. Tauriac)

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Con-finé ou le syndrome du manchot

Qu’est-ce qu’on va devenir, mes cons finauds?

C’était comment la vie il y a trois semaines? Comment c’était déjà l’existence avant les gestes barrières, la distanciation, les matches de foot à huis clos et la bourse à  – 25% ?

Pas si mal. Déjà, on n’avait pas à penser à tous ses gestes dès qu’on levait le petit doigt. On n’était pas non plus des flippés de la poignée de main. Des constipés du bisou ou des capons du CAC 40. On allait au boulot en train ou en métro en s’accrochant à la barre de maintien à pleines mains.

Comme des gamins sur les torsades des cochons de manège. Et c’était parti pour un tour. On ouvrait les portes des wagons d’un pouce, sans vergogne, comme des grands. On serrait la pince à tous les mecs au bistrot le matin, sans se méfier.

Sans parfois même connaître les blases des clients qu’on croisait tous les jours. On embrassait les filles à pleines joues dans les bureaux et on buvait des cafés à la machine en tripotant les touillettes à sucre, sans jamais se soucier une seconde de l’hygiène du type qui avait pu les charger dans la bécane.

On se léchait même les doigts quand la mayonnaise débordait des sandwiches au poulet. Beurk ! C’est dire si on était inconscient. Ça n’était pas bien ragoûtant. Mais par rapport à aujourd’hui, c’était finalement le paradis. Moi je vous le dis.

Mais ça, c’était avant. Il y a trois semaines. Il y a un siècle, pour paraphraser Joe Dassin. Ou Agnès Buzyn. Ce n’était pas l’été indien bien sûr, juste le printemps naissant. Quand nous étions insouciants. Sales et pas méchants. En somme une bande d’inconscients.

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Ce matin, en enfilant mes souliers avec un chausse-pied métallique préalablement désinfecté et en faisant glisser mes quelques pièces de monnaie dans ma poche à l’aide d’une enveloppe (neuve) pour éviter le « toucher de ferraille », je me suis souvenu de ces instants révolus.

De ces bonheurs simples. Et surtout, je me suis posé la question qu’on peut lire maintenant sur toutes les lèvres. Pardon sur tous les masques. L’interrogation que tous les gens sont en droit de se poser : mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir devenir ?

Il est 7h00 et j’ai un seul objectif, récupérer mon PC portable au bureau, je n’ai pas d’imprimante à la maison. Alors, j’ai gribouillé une déclaration sur l’honneur à la main. Ça vaut ce que ça vaut. J’ai nettoyé la télécommande de mon parking, donc je suis clean. Au moins au sens où l’entend le collège des spécialistes cher au cœur du gouvernement.

Mais les clefs de la voiture? Je les avais oubliées celles-là. Il faut bien que je les touche, moi, les clefs de la bagnole. Et elles ne sont certainement pas propres, les cochonnes ! J’essaye de me souvenir de la dernière fois qu’une autre personne les a touchées? Était-ce le mécano du garage ou le voiturier du Petit Pergolèse? Enfin quand les restos étaient encore ouverts…

Bon, c’était la semaine dernière. Paraît que le virus ne vit que douze heures sur les surfaces, alors les clefs c’est bon? Oui, mais les bips qui sont sur le trousseau ? Ils sont plus plats. Celui de l’ascenseur et celui de mon bureau ? Faut bien que je les frotte sur les déclencheurs magnétiques pour ouvrir les portes, quand même? Moi je suis propre, l’hygiène ça toujours été mon truc, mais les autres? S’il y a quelqu’un d’infecté qui a passé son bip sale à l’entrée avant moi, il va compromettre mon bip propre alors? Hein? Bon je sais ce que je vais faire, je vais prendre une lingette pour nettoyer le support.

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Lire la suite Source: www.causeur.fr

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