Ce que les anciens chefs d’Etat disent les uns sur les autres

RTBF

 

« Il bombe le torse comme un petit coq. » Il, c’est Nicolas Sarkozy. Et celui qui parle, c’est Barack Obama. L’ancien président américain (2008-2016) publie ce mardi ses mémoires, « A promise land (une terre promise) » (Fayard) et y dresse, par moments, son regard sur ses homologues lorsqu’il était en fonction à la Maison blanche. L’ancien locataire de l’Elysée se voit adresser une raillerie au sujet de son caractère nerveux et sa taille.

Les mémoires d’un ancien président sont toujours intéressantes à décrypter. Une fois sortie de sa charge, l’auteur se laisse aller à des confidences, livre des secrets, son opinion sur l’un ou l’autre dirigeant du monde. Outre Sarkozy, Obama raille Hu Jintao, ex-numéro 1 chinois, à propos d’un texte lu de manière monotone (et ennuyante) lors d’un tête-à-tête.

Obama est-il le seul ex-dirigeant de ce monde à rompre avec la langue de bois au terme d’une carrière politique et publique ? Pas du tout et pas que dans des mémoires, inépuisables sources de propos discourtois. Exemples.

Sarkozy sur Obama

Le 29 décembre dernier, Nicolas Sarkozy rédige une tribune dans Paris Match. Titre : « Jamais la planète n’a connu une telle explosion démographique. » L’ancien président y expose sa vision du monde et la manière dont les équilibres géopolitiques ont été modifiés. La faute à qui ? Donald Trump ? Non ! Barack Obama.

« Les Etats-Unis, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, revendiquent de ne plus assumer la responsabilité de l’ordre mondial pour se recentrer sur leurs seuls intérêts. Ce désengagement – qui n’a pas commencé avec le président Trump mais avec son prédécesseur – sème le doute parmi les alliés de l’Amérique qui, partout, s’interrogent sur sa fiabilité. Même avec un autre président, nos amis américains auront de mal à retrouver leur rang et leur rayonnement.« 

Sarkozy sur Donald Trump

En décembre 2018, Nicolas Sarkozy est invité à s’exprimer à Montpellier avec l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair. Le quotidien Le Midi Libre assiste à cette conférence organisée par le groupe Altrad.

Le Français parle alors de Donald Trump qu’il n’a pas côtoyé quand il était à l’Elysée : « J’étais face à lui pour les cérémonies du 11 Novembre. Je peux pas, moi. C’est trop. Je respecte le vote des Américains. Mais c’est trop, quand même […]. Trump appartient à une catégorie très rare : les gens qui ne s’améliorent pas et qui deviennent pires« .

Obama sur Sarkozy

La remarque tirée des mémoires d’Obama n’est pas la seule inélégance de l’ancien président américain à l’endroit de Nicolas Sarkozy. Il y a neuf ans de cela, le 3 novembre 2011, en marge du G20 de Cannes, il ironise au sujet de la naissance de Giulia, l’enfant que Nicolas Sarkozy avec Carla Bruni : « Je suis sûr que Giulia a hérité du physique de sa mère, plutôt que de celui de son père, ce qui est une très bonne chose. » Le papa apprécie.

Nicolas Sarkozy, élu en 2007, a bien compris que l’image de Barack Obama, élu en 2008, incarnant une nouvelle Amérique, pouvait lui être utile. Mais la relation ne sera jamais idyllique. Ils doutent des capacités de l’autre, en privé.

« Il est élu depuis deux mois et n’a jamais géré un ministère de sa vie« , aurait déclaré le président, selon l’Obs. Au ministre Jean-Louis Borloo, Obama aurait répondu : « Dis bien à Nicolas que je vais faire mes homework (devoirs) et, dans deux mois, je serais très bon sur le climat« , raconte le ministre français.

Hollande sur Obama

Dans son livre « Les leçons du pouvoir »l’ancien président français François Hollande raconte ses rencontres avec les chefs d’Etat étrangers.

Le portrait qu’il dresse de Barack Obama n’est pas élogieux. Creux, soucieux de son image, excluant les divergences de vues : voici ce que pense le président socialiste de celui qui a soutenu la France lors des attaques terroristes de 2015 et 2016.

Barack Obama est « un homme qui ne doute pas de son charisme, lequel est incontestable […]. La chaleur qu’il fait partager à des foules et cette simplicité souriante qu’il affiche avec un talent rare et un sens élaboré de la communication s’effacent dans des réunions plus intimes ou dans des contacts plus personnels. Il n’aime guère se confier et encore moins exhiber ses sentiments. Il mange peu et soigne sa ligne […] Il ne finit jamais ses desserts et, quand je lui fais servir un plateau de fromages, il coupe précautionneusement un petit bout de chèvre qu’il abandonne ensuite sur le bord de son assiette. »

Il ajoute : Obama « entame les discussions par une longue explication qui circonscrit l’échange et paraît le clore avant même qu’il ne soit engagé« .

Hollande sur Poutine

Vladimir Poutine, le président russe, aura connu quatre présidents français : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron. Avec Sarkozy, les relations ont été particulièrement tendues. On se souvient l’échange entre les deux hommes en 2007, lors d’un G8. Vladimir Poutine aurait menacé son homologue français qui venait lui demander des comptes sur des dossiers sensibles : Tchétchénie, droits de l’homme…

Poutine a également croisé François Hollande qui le décrit ainsi dans ses mémoires « Les leçons du pouvoir ». « C’est un homme tout en muscles et en mystères, aussi chaleureux et attentif qu’il peut être glacial et brutal, opposant toujours à son interlocuteur ce regard bleu qui lui sert tant à séduire qu’à inquiéter, […] prononçant d’une voix placide les mots les plus acides ».

Poutine sur Obama

« Obama n’est plus président mais il y a des choses dont on ne parle pas publiquement. En tout cas, je peux dire que les accords scellés au téléphone n’ont pas été honorés par les Etats-Unis. » Dans un entretien au réalisateur Oliver Stone (JFK, Né un 4 juillet…), Vladimir Poutine, toujours en poste, laisse entendre que Barack Obama n’est pas un homme de parole. Cette déclaration date de 2019.

Churchill et De Gaulle

Remontons plus loin dans le temps. Entre Winston Churchill et le général de Gaulle, les deux figures de la Deuxième guerre mondiale, le courant n’est pas toujours passé. On doit au Premier ministre anglais des piques légendaires à l’attention de l’homme de l’appel du 18 juin, qui organise la résistance depuis Londres, aidé en cela par les autorités britanniques.

« J’ai pris soin de de Gaulle un peu comme on élève un jeune chien, mais il mord maintenant la main qui l’a nourri« , dira par exemple Churchill. Il parle aussi de De Gaulle comme d’un « grand homme ! Il est arrogant, il est égoïste, il se considère comme le centre de l’univers… il est… vous avez raison, c’est un grand homme ! »

Pour De Gaulle, c’est: « Pauvre Churchill ! Il nous trahit, et il nous en veut d’avoir à nous trahir… »

1 COMMENTAIRE

  1. Obama? c’est la presse d’abord française qui l’a encensé. Ce type à la prétention affichée sur son visage. Il me semble qu’il n’ai lassé aucun bon souvenir. A commencer par les échanges qu’il a pu avoir avec Bibi Natanyahou. Il a pensé qu’il pourrait faire ce qu’il voulait avec Israël?. C’est très mal connaître Natanyahou. Je me souviens d’une photo Obama si sûr de lui les pieds sur son bureau en train de converser avec Bibi. Quelle arrogance!
    ROSA

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