BD: une condamnation de l’antisémitisme dans le dernier Spirou

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Bande dessinée: une condamnation de l’antisémitisme dans le dernier Spirou

24 août 2019Un par Guillaume Lenorman pour Israël Valley.

 Si le personnage de Spirou a été créé en 1938, il a beaucoup évolué au fil des différents auteurs qui l’ont fait vivre.

Pour beaucoup, la période d’or est celle d’André Franquin, mais depuis quelques années, en marge de la série traditionnelle, des auteurs confirmés se voient confier, le temps d’un « one-shot » ou de quelques albums, le destin du héros, libre à eux d’exprimer leur vision du personnage, sous le bandeau « Spirou et Fantasio vu par … ».

L’auteur Emile Bravo développe ainsi depuis 2008 un cycle d’histoires de Spirou, d’abord dans le contexte précédant la Seconde Guerre mondiale, puis se continuant pendant l’occupation allemande de la Belgique. « Le Journal d’un ingénu », premier tome de cette série, a recueilli les louanges de la critique et a multiplié les récompenses, ce qui l’a encouragé à entamer une tétralogie dont le premier album, sous-titré « L’Espoir malgré tout », est sorti en octobre 2018. Le 2ème tome « Un peu plus loin vers l’horreur » va prochainement paraître en octobre et sortiront en 2020 « Un départ vers la fin » et « Une fin et un nouveau départ ».

À peine sorti de l’enfance, Spirou va vivre la période de l’occupation en Belgique, en 1940 et il doit alors faire face, accompagné de son ami Fantasio, aux bombardements, au douloureux quotidien des civils, à l’exode, à l’antisémitisme, au fanatisme, à la peur et à la mort. Mais au sein de la noirceur subsistent néanmoins la bonté, la solidarité et surtout l’espoir.

Le Spirou d’Emile Bravo n’est pas un héros, juste un ado confronté à des circonstances tragiques. « C’est une façon de montrer aux jeunes ce que ça fait de vivre dans un pays envahi, sous un régime autoritaire et très dangereux« , décrit l’auteur.

Dans ces albums, de nombreux personnages juifs vont apparaître dont Kassandra, dont Spirou va s’éprendre mais qui va être déportée. Spirou lui-même sera embarqué de son plein gré en solidarité avec ses amis juifs, dans un wagon allant vers la Pologne, à la fin du 2ème tome.

Israelvalley Desk|août 24th, 2019

Nota : Le Spirou d’Émile Bravo été choisi par l’ONU comme « défenseur des droits de l’homme » pour les 70 ans de la déclaration universelle.

7 COMMENTS

  1. @Asher Cohen
    Je suis suffisamment conscient de la théorie littéraire pour savoir que la théorie de la mort de l’auteur ne s’applique pas quand on étudie un texte suivant un angle politique, sociale ou psychologique, dans lequel le contexte est absolument primordial.

    Et si les Allemands ont compris l’intérêt de reconnaître leur culpabilité c’est probablement parce que la leur est totalement indéniable. Les autres pays peuvent tenter de rejeter la faute sur la menace de l’occupant, de façons plus ou moins hypocrite, mais si l’Allemagne accepte sa culpabilité c’est simplement parce qu’elle n’a pas le choix.

    En ce qui concerne les Belges, qui avance ces proportions ? Les chiffres officiels sont 167 680 résistants (basé sur les effectifs des organisations résistantes reconnues), sur une population de l’ordre de 8 millions, ce qui fait déjà une plus grande proportion de résistants même en considérant tous les Belges comme des collaborateur. Et seuls 80 000 Belges ont été jugés coupable de collaboration après la libération. Évidemment 80 000 est probablement très sous-estimé mais ça reste une proportion bien différente de 1 contre 80. (Et c’est comme ça qu’on exprime une proportion, 5000 face à 400 000 c’est grotesque).

    L’anti-sionisme peut s’expliquer par bien des facteurs autres que l’anti-sémitisme.
    Déjà c’est un terrible aveu de faiblesse des démocraties occidentales, parce que le besoin de créer un état juif prouve leur incapacité à accepter et à protéger les populations juives – d’ailleurs, la création d’Israël peut même être analysée comme une forme d’anti-sémitisme, la rhétorique raciste étant généralement basée sur le fait de renvoyer les minorités “chez elles”.

    Ensuite, Israël a généré une montée extrêmement rapide et puissante du sentiment anti-juif dans les pays musulmans environnants, et il n’est pas absurde d’avancer que la création d’Israël a en fait eu pour effet d’augmenter le niveau d’anti-sémitisme mondial – et on peut même envisager que les nations occidentales ont soutenu la création de l’état d’Israël afin de créer un nouvel ennemi aux pays musulmans émergents afin qu’ils ne s’attaquent pas à l’Europe.

    Il y a aussi toujours une question d’affinité politique dans le soutien d’un gouvernement à un autre. Il n’est pas étonnant que Trump offre son soutien inconditionnel à Israël et pas les gouvernements européens, généralement beaucoup plus à gauche.

    Et il est compréhensible que les “squatteurs arabes” ne trouvent pas très élégante la façon dont Israël c’est construite, et il est vrai que quand on habite depuis 1800 ans sur une terre, il n’est probablement pas très agréable de se voir dire “on était là avant, maintenant vous dégagez”, et de se faire appeler des “squatteurs arabes”.
    Parce que la “légitimité ancestrale”, ça n’existe pas. Les États-Unis ne vont pas rendre le pays aux amérindiens parce qu’ils étaient là avant, l’Allemagne ne revendique pas la France sous prétexte qu’elle a été peuplée originellement par des tribus germaniques (enfin, à part Hitler, mais ce n’est probablement pas l’exemple qu’Israël devrait suivre), et la Suède n’éxigent pas de se voir rattachée la Russie sous prétexte que le pays a été fondé par des Suédois.
    Et heureusement, parce que si c’était le cas un groupe de Hittites pourrait se pointer et dire “vous êtes mignons mais nous on était là encore avant alors maintenant vous dégagez aussi.”

    Enfin, et même au sein de la communauté juive il y a beaucoup de divergence d’opinions au sujet d’Israël, et je suis presque sûr qu’Herzl, justement, n’aurais pas voulu d’une Israël telle qu’elle est en ce moment.

  2. Durant la guerre 39-45, même si, à l’instar de la Pologne, et à la différence de la France, le gouvernement Belge officiel s’est exilé à Londres, le roi Léopold et la majorité de la population de ce pays ont collaboré et donné les Juifs aux Allemands. Le Spirou d’Emile Bravo n’est que l’expression d’un sentiment de culpabilité parfaitement rationnelle refoulée chez les Belges, au point d’essayer de faire porter la responsabilité des crimes antijuifs commis, aux “envahisseurs de la Belgique” pour en dédouaner les vrais coupables belges. Pauvre Belgique qui ne veut pas regarder la Vérité en face et en assumer ses responsabilités! D’ailleurs cet anti sémitisme belge ne se voit-il pas dans les votes anti-israéliens de ce pays dans les instances internationales?

    • Émile Bravo est FRANÇAIS. Dire qu’il exprime une culpabilité belge est parfaitement ridicule.
      Et il est né en 64, donc tout sentiment de culpabilité qu’il pourrait éprouver n’aurait rien de “rationnel”.

      Et voter contre Israel dans les instances internationales n’est en aucun cas une preuve d’anti-sémitisme. Personne n’est obligé d’être d’accord avec tout ce que fait un gouvernement juste parce qu’il est Juif.

      • @Mordecaï
        Manifestement seule la vérité blesse. Sauf erreur j’ai écrit ” l’expression d’un sentiment de culpabilité parfaitement rationnelle refoulée chez les Belges”, je ne vois pas où j’aurais mentionné la propre culpabilité d’Emile Bravo, ne connaissant pas cet auteur, ni ne sachant s’il descend de résistants ou de collaborateurs? La culpabilité rationnelle refoulée chez les Belges est une Réalité indiscutable et elle s’exprime de différentes manières, notamment en la projetant soit sur l’envahisseur allemand qu’on cherche à rendre responsable des crimes commis par les Belges en 39-45, soit en rendant Israël, comme depuis 2000 ans, responsable de tous les maux de la planète. Bientôt on dira que les Juifs étaient coupables d’être massacrés en Belgique, et il a déjà été démontré que l’anti-sionisme n’est qu’une forme moderne d’antisémitisme. Qu’il s’agisse de son propre sentiment ou d’une simple observation. Emile Bravo n’a pas manqué d’exprimer cela par écrit, et si cela vous gêne, c’est peut-être une vérité que vous essayez, en vain, de nier.

        “Personne n’est obligé d’être d’accord avec tout ce que fait un gouvernement juste parce qu’il est Juif.” c’est certain, mais il y a des cas où la critique d’Israël et sa condamnation par les instances internationales sont tellement irrationnelles qu’elles ne sont que l’expression d’un antisémitisme refoulé et d’une culpabilité réelle projetée sur les juifs. Où serait le “ridicule” dans ce raisonnement?

        • Puisqu’on est dans les répliques de gamins de huit ans, c’est celui qui dit qui l’est, d’abord.

          Ensuite moi je vois très bien la mention de la culpabilité d’Émile Bravo. Si on reprend la même citation très habilement amputée de son sujet, on obtient “Le Spirou d’Émile Bravo n’est que l’expression d’un sentiment de culpabilité parfaitement rationnelle refoulé chez les Belges […]” ce qui effectivement est une remarque complétement fausse et extrêmement malhabile venant de quelqu’un qui ne connait rien des antécédents d’Émile Bravo. Émile Bravo n’exprime pas, dans son livre, sa culpabilité ou même celle des belges, puisqu’il parle des belges sans en être un lui-même. C’est justement l’une des forces de l’ouvrage, il ne peut pas être accusé d’être une négation ou une sur-exposition de la culpabilité Belge puisqu’il est réalisé par un auteur étranger.

          Et la culpabilité rationnelle refoulée chez les Belges n’est absolument pas une réalité indiscutable. D’ailleurs on en discute en ce moment-même. Échec et mat.
          Plus sérieusement, même en admettant que la culpabilité existe, ce qui me gêne le plus c’est l’adjectif “rationnelle”. Il me semble difficile de considérer qu’une culpabilité ressentie à propos d’évènements qui se sont produits avant même la naissance du sujet aie quoi que se soit de rationnel, puisqu’il ne peut en aucun cas être tenu responsable de ces évènements.

          J’aimerais bien une source concernant cette démonstration que l’anti-sionisme est une forme moderne d’anti-sémitisme, parce que bien que je n’y adhère pas il se trouve que la création d’Israël est loin d’être une solution parfaite à un problème très complexe (même si c’est probablement la meilleure). Elle soulève son lot de problèmes et s’y opposer ne prouve pas un anti-sémitisme, même si évidemment tout les anti-sémites sont probablement aussi anti-sioniste.

          Ensuite, par rapport à la projection de cette culpabilité hypothétique, nier la grande part de responsibilité des Allemands est absurde. Évidemment beaucoup de Belges étaient des collaborateurs zélés – ce que montre, d’ailleurs, la BD d’Émile Bravo – mais beaucoup agissaient effectivement sous la menace de l’envahisseur.
          Quoi qu’il en soit cette discussion est de toutes façon parfaitement stérile puisque la plupart de ces gens sont morts depuis longtemps.

          Et encore une fois, j’aimerais des exemples de ces cas où la critique d’Israël et sa condamnation par les instances internationales confinent à l’anti-sémitisme. Ces accusations sont quand même très grave, comme le fait que l’anti-sionisme soit toujours de l’antisémitisme, et éxigent, pour être avancées, des preuves solides qui à ma connaissance n’éxistent pas.

          • @Mordecaï
            Il semble que vous ayez besoin de travailler un peu les théories littéraires. On interprète le texte Biblique, avec différentes méthodes d’exégèse, sans même en connaître les auteurs. Selon la théorie de la mort de l ‘auteur, ce qui compte ce n’est plus l’auteur mais le texte, quelque soit la position de l’auteur sur le sujet traité.

            Ensuite, les seuls pays d’Europe n’ayant pas participé à la Shoah sont la péninsule Ibérique, et peut-être la Suisse et la Suède, et cela est encore discuté. Ont indiscutablement participé activement à la Shoah, la France, la Belgique, la Pologne, les dictatures de l’Est, Roumanie, Hongrie, Tchécoslovaquie, la Grèce, l’Ukraine, etc..et bien sûr l’Allemagne. L’Angleterre a indirectement participé à la Shoah en empêchant les Juifs d’Europe, menacés de mort certaine, d’émigrer en Palestine. De tous ces pays, seule l’Allemagne s’est libérée de sa culpabilité rationnelle en démarrant dès l’après-guerre son introspection et les réparations. Probablement parce dans les années 1920, ce pays avait été le temple mondial de la psychologie, les Allemands ont compris l’intérêt de reconnaître et admettre la Réalité de leur culpabilité dans la Shoah. Mais ils n’en sont sûrement-pas les seuls coupables. Les Français sont minés par le Syndrome de Vichy, les Polonais ne veulent pas restituer les biens Juifs volés, ni admettre qu’Auschwitz se trouvait sur leur sol, les Ukrainiens éludent la question de leur participation aux crimes anti-Juifs, les Anglais ne se sentent en rien coupables puisqu’ils ont combattu Hitler, etc.. S’agissant des Belges on avance la proportion de 5000 résistants face à 400.000 collaborateurs ce qui est énorme. Vous pouvez considérer qu’ils ne seraient pas coupables dans leur grande majorité mais les faits sont là. La question n’est pas stérile parce qu’elle fait partie de la mémoire collective des Belges, donc de l’identité Belge, est transmise de génération en génération, et ne peut aucunement être effacée par de l’Histoire mensongère comme l’ont tenté les Français, les Bulgares, les Allemands de l’Est, etc..

            De 1945 à 1970 l’antisémitisme en Europe est resté refoulé et inacceptable, et à partir du moment où Israël s’est affirmé en tant qu’État Juif, il est réapparu sous forme d’anti-sionisme, c.a.d. nier aux Juifs leur légitimité sur leur Terre ancestrale. Ainsi, à la différence des E.U, les pays européens soutiennent et financent les squatters arabes de la Terre Juive.

            Les condamnations d’Israël sont souvent parfaitement irrationnelles, dénuées de sens et de fondement, jusqu’à preuve du contraire comme l’étaient les multiples accusations de meurtres rituels en Europe. Elles sont souvent l’expression d’une émotion de haine manifestement anti-juive selon les circonstances. Cette haine anti-juive peut-être au départ dictée par une politique pro-arabe, comme l’était l’Angleterre des années 1930-48, s’ajoute ensuite à l’antisémitisme européen classique.

            Enfin, le retour total à sa langue et sur sa Terre ancestrale d’une nation ayant vécu 18 siècles d’exil et d’oppression, ne peut déranger que les névrosés et les psychotiques au sens d’Herzl.

  3. Reste à voir si on évoque là la lutte contre les dictatures et ses délires genocidaires, de toute façon horreur inexpiable, ou un combat contre l’antisémitisme proprement dit. On saura bientôt…

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