WINYUU VIA GETTY IMAGESLa locomotive numérique est lancée à une allure vertigineuse. Notre rôle est moins de la contrôler que ne pas la laisser nous devancer.

Attention, le COVID risque de faire de nous des robots

Installer l’application StopCovid ou non? Quelle plateforme utiliser pour les réunions d’équipe? Et d’ailleurs, à quelle heure l’apéro virtuel ce soir?

29/06/2020 04:17

NUMÉRIQUE- En imposant la distanciation physique, le confinement planétaire a accéléré notre transformation numérique en lui donnant une prise sur notre quotidien inimaginable avant le coronavirus. Dans la sphère professionnelle comme dans la vie personnelle.

Dans l’attente d’une solution planétaire au problème sanitaire, les écrans et les applications, les bornes wifi et les antennes 4G se sont imposés comme notre salut économique et social.

Une multitude d’outils ont connu un essor rapide, quittant les balbutiements du bêta test beaucoup plus tôt que prévu. Les actes de télémédecine sont passés de 10.000 consultations à 500.000 en moins de trois mois. Le télétravail et les réunions en visioconférence sont désormais la norme. Et nous affûtons les capacités de l’industrie 4.0 dont la France peut être fière pour préparer les relocalisations stratégiques post-coronavirus.

Numérique salvateur?

Les avantages sont nombreux. Mais les doutes aussi. Alors que Microsoft et Apple pèsent l’équivalent économique de l’ensemble des entreprises du CAC 40, le poids de ces monstres fait frissonner jusqu’aux puissants de ce monde.

L’Europe, longtemps timide face à l’impérialisme 2.0 monte aujourd’hui au créneau avec son programme de souveraineté numérique et notamment le projet de cloud européen “Gaia X”. Le signal est bon, mais le calendrier est à mettre à la hauteur de cette course contre la montre.

Et pour cause: nous entrons dans un âge du total digital. Alors l’emprise économique comme politique des GAFAM doit faire (plus) débat. Nos chaînes de valeurs sont désormais captives, comme nos données personnelles, des entreprises reines de la modernité.

Plus que l’économie, c’est tout l’espace public qui est affecté par ces disruptions: un tweet complotiste a désormais plus d’impact sur la vie politique qu’un rapport du GIEC, alors que toutes les formes d’autorité rationnelle régressent.

Il faut mener ce débat à bien, d’autant que, derrière les merveilles promises par la Tech -de la modélisation des épidémies aux réseaux de télécommunication hyperrobustes -, nous risquons de déchanter.

Au sortir de cette crise pandémique, la responsabilité de nos dirigeants est de reprendre la main pour nous aiguiller sur d’autres rails que le chemin tout tracé que nous offrent les biotechs.

Nous avons besoin d’un chemin plus durable, car le tictac de l’horloge climatique ne s’est jamais arrêté de cliqueter. Nous avons besoin d’un chemin plus respectueux de nos libertés fondamentales, car l’aspiration à la liberté ne s’est jamais arrêtée.

Respect de nos libertés fondamentales

La locomotive numérique est lancée à une allure vertigineuse. Notre rôle est moins de la contrôler que ne pas la laisser nous devancer. “Le génie n’est pas celui qui croit, mais celui qui saisit la progression des choses” prophétisait le père de l’informatique, Alan Turing.

Saisir l’innovation technique par les cornes est un impératif. Car il n’y aura pas “de monde d’après”, juste ce présent dont nous devons sortir le meilleur.

Toutes les échelles de l’innovation technologique sont d’ores et déjà impactées, de la recherche scientifique avec le scandale de la prestigieuse revue The Lancet concernant l’hydroxychloroquine, jusqu’aux politiques numériques industrielles, comme dans le domaine des télécommunications par la constitution actuelle de la galaxie de satellites Starlink par l’entreprise californienne Space X.

Sans technologie durable, sans éthique de l’intelligence artificielle, sans inventer les nouvelles normes de l’espace public digital… nous pouvons voir naître un monde monstrueux où les inégalités explosent et où les grands équilibres politiques s’effondrent. Sans un regard aiguisé sur nos innovations, le voyage s’annonce mortel. À l’échelle internationale comme à l’échelle la plus individuelle.

Pour que nous ne sortions pas de cette pandémie comme de simples robots reprogrammés, ce débat démocratique est urgent et important. Mettons-le à l’agenda.

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