La radio israélienne a fait état cette semaine d’une rencontre entre les deux ennemis, Benyamin Netanyahou et Tsipi Livni pour discuter du rôle que pourrait jouer cette dernière dans le gouvernement, si Netanyahou redevient chef de gouvernement. Leurs partis respectifs ont nié toute réunion. On peut se demander si une Tsipi Livni à environ 10 sièges acceptera de gouverner avec Netanyahou quand elle l’a refusé lorsqu’elle avait 28 sièges.
Plus généralement la presse spécule sur la formation d’un gouvernement laïc avec à sa tête Binyamin Netanyahou, un gouvernement sans ultra-orthodoxe, ni Shass, ni Yaadout Hatorah, et même sans le parti sioniste religieux Habayit Hayehudi de Naftali Bennett contre lequel le Likoud Beitenou a lancé une campagne cette semaine.Certains pensent que le Likoud-Beitenou pourrait s’allier avec le centre, aussi bien Livni que Yaïr Lapid. Et bien que les likoudniks préfèrent Bennett à Livni selon les sondages, il n’est pas faux de penser qu’une telle coalition serait bien accueillie par un large public israélien.

Ce ne serait pas la première fois qu’une alliance forte entre deux ou plusieurs partis laïcs serait tentée, la dernière étant l’alliance avec Kadima de Shaul Mofaz. Plusieurs dossiers sont en attente, en particulier la question du service militaire ou civil des ultra-orthodoxes et des Arabes. Malgré l’échec de la dernière tentative, une partie importante du public laïc accueillerait volontiers cette option, une coalition entièrement laïque de centre-droit.
Netanyahu a lui-même laissé entendre dans un discours prononcé mardi soir, qu’il entend réaliser au cours de son prochain mandat trois objectifs sociaux : l’abaissement des prix des logements et le déplacement du ministère du Logement et de la Construction de mains « sectorielles », un changement du système de gouvernement, et une loi instituant un partage équitable du fardeau du service national.
Concernant le logement, le second de la liste Likoud-Beitenou, Avigdor Lieberman, a taclé ce matin le Shass de la façon suivante : « Nous reprendrons les portefeuilles de l’Intérieur et du Logement et nous laisserons à Ariel Attias (actuel ministre Shass du Logement) le ministère du Tourisme, ce qui lui donnera l’occasion de voyager, il adore cela ». A noter toutefois que la fin de la phrase laisse penser que Shass ferait encore partie du gouvernement.
Car la coalition laïque n’a pas encore vu le jour.
La question du changement du système de gouvernement et la question du fardeau national faisaient aussi partie de l’accord avec Shaul Mofaz, mais les choses ont vite tourné au vinaigre.
D’un côté on note que Gilad Erdan, ministre de la protection de l’environnement et responsable de la campagne électorale du parti du Likoud, a déclaré à Radio Israël que « Netanyahu préfère former un gouvernement qui traitera des questions civiles et un projet de loi universelle, ce qui signifie qu’il préférerait un gouvernement sans aucun haredim, ou dont l’impact serait plus faible que dans le gouvernement sortant »; de l’autre côté Tsipi Livni a toujours refusé de participer au gouvernement de Netanyahou, alors que Shass ne cache pas pas ses ambitions gouvernementales.
Eli Ishaï déclarait encore à Kol Beramah : « Nous allons soutenir Netanyahu et recommander au président de former une coalition »>Article original. C’est notre désir. » Quant à Ariel Attias, actuel ministre du logement, il a nié catégoriquement avoir dit que si son portefeuille lui était retiré, Netanyahou ne serait pas le premier ministre.
L’heure est-il à l’apaisement chez Shass?

Certains le penseront. Mais l’apaisement est très relatif du côté d’Arieh Deri, le grand revenant de Shass, dont la stratégie consiste à dévier le débat de la ligne entre laïcs et orthodoxes pour le porter sur le terrain des communautés culturelles. Il aurait déclaré jeudi : « Israël Beteïnou a effectué une prise de contrôle hostile du Likoud. Le parti du peuple s’est transformé en Likoud Beteïnou, un parti arrogant et suffisant qui représente les Russes et les Blancs … »>Article original C’est un message pour tous les Séfarades, revenez au bercail, le Likoud n’est plus votre maison, Shass est votre foyer naturel. Seul Shass défendra les intérêts des Séfarades dans le prochain gouvernement Netanyahou ». Il faut rappeler que le succès du Shass sous Deri s’est fait en grande partie lorsque le parti orthodoxe sépharade a réussi à capter un électorat sépharade non orthodoxe.
La méthode a fonctionné il y a 20 ans, il est pourtant moins sûr qu’elle fonctionne aujourd’hui, dans un Etat d’Israël où la différence entre ashkénazes et séfarades, au fond, se relativise chaque jour.
Arieh Deri a également face à lui un Netanyahou qui ne manque plus d’expérience.
Dans un autre registre, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a demandé à l’Agence juive de trouver une solution quant aux groupes de prière de femmes de mouvements libéraux et réformés qui veulent prier au Kotel en portant des tefillin et des taliths. La semaine dernière, la police israélienne a arrêté des femmes venues de prier d’une façon que les ultra-orthodoxes considèrent comme réservée aux hommes.
Après cet incident, Anat Hoffman présidente du Mouvement qui a initié ses prières, a déclaré : « Il est très triste que le Kotel soit devenu une synagogue ultra-orthodoxe. Pendant 23 ans, nous avons représenté toutes les dénominations au sein du judaïsme. Nous nous battons pour permettre aux femmes d’enfiler le tallith au moins à Roch Hodech début de chaque nouveau mois en hébreu »>Article original. »
Le premier ministre a déclaré que le Kotel « doit rester une source d’unité du peuple juif plutôt que de division. »

Mais le problème n’est pas nouveau. En mai 2002, la Cour suprême avait statué en faveur des groupes de femmes organisés pour la prière, et contre les restrictions imposées à leurs pratiques religieuses au Mur occidental. Puis Shass avait tenté d’adopter une loi qui permettrait de contourner la décision du tribunal, avec des peines allant jusqu’à sept ans de prison pour les femmes qui prient de façon peu traditionnelle au Mur. En vain. Mais en 2003, la Cour suprême avait renversé sa décision antérieure, en constatant que la prière non-traditionnelle des femmes au Mur occidental mettait en danger l’ordre public. Elle avait alors obligé le gouvernement à fournir un site alternatif pour la prière non-traditionnelle des femmes. Ce site fut l’Arche de Robinson, un site archéologique situé au sud, le long du mur tout en restant à l’ouest du Mont du Temple, mais qui ne fait pas partie du site traditionnellement connu comme le Mur des Lamentations. Le site a été désigné pour les groupes de prière mixtes mais il n’a toujours pas ouvert et il n’est pas considéré comme une alternative appropriée par les femmes du mouvement du Mur.
Cette page n’a pas été refermée car il n’est guère facile de trouver un accord entre laïcs et ultra-orthodoxes sur ce type de questions. Pour les résoudre, Netanyahou, allié au très laïc Lieberman, envisage-t-il de se coaliser avec le très laïc Yaïr Lapid et sa pire adversaire Tsipi Livni?
Misha Uzan / JForum – Correspondant spécial en Israël
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