On décrit généralement la société israélienne comme divisée par trois clivages : le couple Juif/Arabe et les questions de sécurité intérieures et extérieures, les questions économiques et sociales qui distinguent généralement la droite et la gauche dans la plupart des pays occidentaux, et les questions de laïcité ou de la place de la religion à travers le couple Laïc/Religieux qu’on affine généralement en couple Laïc/orthodoxes voire Laïcs/ultra-orthodoxes pour mieux signifier où se trouve la ligne de coupure.
Les questions de sécurité sont encore une fois au cœur de la campagne. Pilier de défense, l’Iran et la menace permanente sur l’Etat d’Israël, la reconnaissance d’un « Etat de Palestine » à l’ONU et le Hamas à Gaza empêchent totalement de laisser cette question de côté. Les questions économiques et sociales prennent de l’ampleur néanmoins, notamment depuis les protestations de l’été 2011. Toutefois, si le parti travailliste reste assez bas face au Likoud, il est loin d’être sûr qu’il faille l’attribuer à l’effacement des questions économiques de la campagne. Il semble plutôt que le parti pâtisse, d’une part du départ d’Amir Peretz, d’autre part aussi, de sa gauchisation. En effet il y a bien longtemps que le parti travailliste trouve beaucoup de ses voix au centre. Il a bien du mal à le faire depuis la création de Kadima et il subit aujourd’hui la présence de trois partis centristes (Kadima, Yesh Atid et Hatnoua). Enfin, pour beaucoup d’Israéliens, le parti travailliste n’est tout simplement plus crédible sur le plan économique.
(Voir sur ce point mon explication quant aux protestations de l’été 2011 : http://www.youtube.com/watch?v=zTkTuyqJzeE&feature=g-crec-u).
Reste encore la question laïque. Vue de France cette question peut sembler secondaire. En Israël elle est pourtant primordiale. Elle était au cœur des protestations de l’été 2012, qui se sont autoproclamées « manifestations des pigeons », elle était au cœur de l’alliance gouvernementale entre Kadima et le Likoud, avec la réforme du système électorale. Ces deux questions sont en fait liées. Car c’est le système de scrutin, à la proportionnelle nationale, qui oblige tous les partis à créer des coalitions. Or faute de privilégier une alliance transversale droite/gauche ou droite/centre, comme cela fut le cas avec Kadima et le Likoud, il devient impossible créer une coalition sans avoir recours aux partis orthodoxes de Shass voire de Judaïsme unifié de la Torah, qui poseront donc un minimum de conditions quant à la place de la religion.
La question reste pourtant au cœur de l’actualité, sans trouver de solution.
Depuis le 1er septembre 2012 la loi Tal qui accordait des dérogations de service militaire aux haredim a expiré, mais aucune autre loi n’a pris sa succession et c’est l’incertitude qui règne. 1300 haredim ont été exemptés du service militaire cette semaine par décision du gouvernement. L’acte a été critiqué à la fois par Tsipi Livni (8 sièges selon les derniers sondages), par Yaïr Lapid (7 sièges selon les derniers sondages) et par Naftali Bennet qui se présente à la tête de l’alliance Foyer juif – Union nationale (11 sièges selon les derniers sondages).

Tsipi Livni a déclaré : « A la veille des élections, le gouvernement a décidé de cracher au visage de la majorité sioniste qui sert dans l’armée israélienne ». L’utilisation du mot « sionisme » n’est pas anodine. Les obstructions au service militaire pose des question quant au sionisme traditionnel en Israël.

Naftali Bennett a indiqué qu’ « il ya de plus en plus de haredim qui veulent s’enrôler. Le gouvernement doit cesser de gagner du temps et devrait créer des solutions sous la forme de canaux à travers lesquels les haredim peuvent remplir leur part du fardeau. »

Enfin Yaïr Lapid a fait appel devant la Haute Cour de Justice contre l’exemption pour les haredim. Le Président de Yesh Atid a déposé ce matin un recours contre la décision du gouvernement d’approuver une dérogation à 1.300 haredim du service militaire. « Tout le monde doit servir » a-t-il déclaré en sortant.
Il existe en vérité un large consensus au sein de la population israélienne laïque, traditionnelle et religieuse non haredie pour trouver des solutions adaptées à la population ultra-orthodoxe d’Israël. Il existe également un large consensus au sein des partis politiques. Tous s’accordent sur le fait que, dans l’état actuel des choses, chacun doit servir l’Etat, d’une façon ou d’une autre. Et pourtant ! Compte tenu des différents clivages qui divisent la société israélienne : juifs et arabes, sionistes, antisionistes et a-sionistes, droite, centre et gauche, etc, aucune solution n’a été trouvée. Et faute d’une coalition fondée sur ce clivage, les autres clivages prennent toujours le dessus et la question laïcs/ultra-orthodoxes est reléguée à la société, aux calendes grecques, mais certainement pas au calendrier politique, ou presque.
Misha Uzan – JForum / Correspondant spécial en Israël
Tags : Israël,séculaire, sécularité,laïcité,religieux,orthodoxes,haredim,yaïr Lapid,Tsipi Livni,Kadima,Netanyahou,Naftali Bennet
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