Israël: Ashkénaze Séfarade, la survivance de l’Exil

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La campagne électorale qui s’ouvre en Israël sera l’occasion de tous les excès et de toutes les déviations pour atteindre le cœur des électeurs ou plutôt leur bulletin de vote. La fusion des listes Likoud et Israël Beiteinou a été l’occasion pour les orthodoxes du Shass de faire une déclaration dont le thème est d’un autre âge, comme d’ailleurs le parti lui-même qui persiste à mêler religion et politique au détriment bien sûr de ce qui est purement saint.

Craintes du Shass


Grand Rabbin séfarade d’Israël Shlomo Amar

La recomposition de la droite gêne le parti Shass qui déclare ouvertement sans complexe que Likoud Beiteinou est «le parti des ashkénazes et que nous sommes les défenseurs des sépharades ».

Cette distinction fait pourtant partie de l’histoire révolue du peuple juif en Diaspora et la raviver, à des fins politiques, constitue une preuve que les arguments politiques manquent à un parti bâti uniquement sur le spirituel.

Les indulgents qualifieront de maladresse une volonté bien affirmée de se distinguer.

Certains seraient intéressés à connaître la différence cultuelle entre un rabbin ashkénaze et un rabbin séfarade en Israël, excepté l’accent.

Plus de soixante ans après la création de l’Etat juif, la dichotomie héritée du temps de l’exil s’estompe alors que certains cherchent à l’amplifier.

La modernité voudrait que l’union religieuse des juifs s’impose autour du seul texte sacré, en dehors de toute référence au passé.

D’ailleurs l’existence en Israël de deux grands rabbins est à elle-seule une anomalie anachronique.

Ségrégation


Bourguiba et Charles Haddad

Cette ségrégation entre orientaux et occidentaux avait été érigée en système en Tunisie, au début du siècle dernier, où deux communautés antagonistes vivaient dans la séparation totale avec deux cimetières, deux Grands rabbins, deux organismes de communauté concurrents et des frontières infranchissables.

Les Granas voulaient se distinguer des Touensas, plus proches du peuple et de la misère et éloignés de la modernité.

Mais la réunification imposée par Maitre Charles Haddad président des communautés juives, eu lieu au bénéfice de tous les juifs tunisiens.

Même dans la connaissance talmudique approfondie, les séfarades n’ont pas à rougir car le fossé culturel a été comblé depuis longtemps.

Dès le IXème siècle, le rabbin tunisien de Kairouan, Khananel Benkhoushiel, avait rédigé le premier commentaire du Talmud de Babylone tandis que le commentaire arabe achevé en 1168 par Moïse ben Maïmon fait encore autorité parmi les juifs sans distinction.


Synagogue de Tunis

Depuis les années 1960, les juifs ont aboli cette distinction en France car le mixage a permis de revivifier une communauté qui se serait éteinte si les nord-africains n’étaient pas venus la consolider.

La nouvelle génération s’identifie en s’estimant uniquement juive, parfois sioniste, mais la notion d’orient et d’occident est un concept effacé.

A la rigueur, subsistent encore les différences culinaires mais, même dans ce domaine, les échanges sont flagrants et les frontières abolies. Il n’est pas rare que le couscous remplace le guefiltefish à la table d’un juif de l’Est.

Réminiscence du passé


Rabbins hassidiques

La nature du juif le pousse à toujours chercher à se distinguer de ses semblables et de vouloir être différent dans sa propre synagogue, sa propre communauté et sa propre association.

Mais en voulant imposer cette distinction de manière officielle, en Israël, on laisse perdurer des réflexes des temps anciens et révolus.

La réminiscence permanente du passé n’intervient pas comme une volonté de maintenir intacte les racines mais comme un moyen d’ériger un mur entre les juifs.

Autant le maintien des traditions dans la diaspora était une exigence pour la survie du peuple juif, autant cette distinction entre séfarades et ashkénazes n’a plus de raison d’être.

Israël s’est enrichi du mélange des cultures et des mixages ethniques et il n’est plus dans l’air du temps de relever les différences car dans Tsahal, les blancs et les noirs, les orientaux et les occidentaux portent la même tenue pour défendre le pays.

Le parti Shass veut faire diversion car il craint pour ses résultats électoraux.

Mais cette séparation, qu’il veut ériger en argument électoral, consolide les stigmates de la division et donne du poids aux rabbins lituaniens qui imposent leurs vues et encouragent le maintien d’une ségrégation dans le réseau officiel éducatif.

Des incidents récents ont d’ailleurs montré que les anciens réflexes ne sont pas totalement abolis et que ces passéistes vivent enfermés dans leurs “shtetel” psychologique et idéologique, dans le passé au lieu de vivre le présent.
Il faudrait qu’en Israël, cette classification des juifs entre orientaux et occidentaux disparaisse définitivement pour laisser place à une seule identité, l’identité juive.

Jacques Benillouche Article original

copyright © Temps et Contretemps

TAGS: Shass Israel Beteinou Politique Israel Ashkénaze Sépharade

Granas Touensas Peuple Juif Histoire

1 COMMENT

  1. Vous vous trompez Jacques ! La distinction séf / ashkénase existe toujours. Et surtout en Israël. Alors si quelqu’un se lève pour défendre les intérêts des sef en particulier… on ne peut pas le lui reprocher !

    Ce n’est pas en enterrant le débat qu’on résoudra le problème. Il me semble que c’est ce que vous essayez de faire. A moins que ça ne soit que pour taper sur le shass ? Vous auriez pu trouver autre chose !

  2. בס”ד
    AUPARAVANT HAZAK OUBAROUKH POUR CE BULLETIN MULTICOLORE FRANCOPHONE ET RAFRAICHISSANT COMME UNE LIMONADE DANS LA CANICULE ISRAELIENNE

    AVANT TOUT; POURQUOI EST-IL SI DUR DE REDIGER UNE PETITE REACTION A VOS ARTICLES?

    TOV. J’AI AIME LA JUXTAPOSITION DES DEUX PHOTOS TUNIS LA BLANCHE ET LA NOIRCEUR DES HAREDIM AUJOURD’HUI.

    MALHEUREUSEMENT, ILS DISENT QUE C’EST EN RAISON DE LA GALOUTE
    A VRAI DIRE ILS ONT RAISON POUR MOI EN TOUT CAS CES COULEURS FONCES EXACERBENT LA DOULEUR DU GALOUTE

    VOUS AVEZ COMPARE LES DIVERGENCES GRANA-TOUANSSA AUX ACHKENAZE-SFARADE N’EST CE PAS? ET BEN C’EST INCOMPARABLE PARCE QUE LES DIFFEERENCES SONT UN FOSSE ENORME ENTRE NOUS ET EUX. LE LANGAGE LES PRIERES LES CHANTS LE RYTHME L’HABILLEMENT ET PAR DESSUS TOUT L’HALAKHA

    C’EST POUR CELA QUE MARANE RABBENOU OVADIA YOSSEF CHLITA A LANCE SON DYNAMIQUE PARTI CHASS DANS LA JUNGLE POLITIQUE AFIN DE NE PAS LAISSER A L’ABANDON LE RICHE ET NOBLE HERITAGE DES SFARADIMS AUX DENTS AIGUES ET SANGUINAIRES DES HAREDIM ASHKENAZES ET A LA BRUTALITE DES HILONIM DE GAUCHE OU DROITE

    AMICALEMENT
    A”A

  3. Toujours autant d’émotion quand je vois cette photo de la synagogue de l’avenue de Paris . L’impasse où se trouve le 4×4 , si j’ai bonne mémoire était l’impasse Glatigny où l’on suivait les cours de Talmud Torah . Quand aux Granas et Touensas , les jeunes ne voyaient aucune différence , nous avions le même humour . On passait notre vie à rire et à charrier son voisin . Sans oublier le casse croûte tunisien et les beignets à l’huile qui faisaient l’unanimité . Il faut arrêter toutes ces histoires d’un autre âge .

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