La vérité est que certains d’entre nous ne veulent pas que les choses restent telles quelles. Une partie importante d’entre nous, beaucoup plus que les laïcs ne le pensent, aimerait sortir des villes qui les emprisonnent – Jérusalem, Bné Brak, Beit Shemesh, Immanuel ou Kyriat Sefer.
De plus en plus, nous voulons une nouvelle vie, une vie différente, une vie avec plus de prospérité, plus de liberté, plus de connexion à d’autres parties de la nation.Et surtout – avec beaucoup moins de peur.
Nous – les parties silencieuses de la communauté haredie – sommes presque invisibles, mais très présentes. Lorsque vous marchez dans la rue, vous nous voyez comme un bloc – tout en noir, portant une barbe et des papillotes, avec des livres de prières à la main.
C’est effrayant, n’est-ce pas? Pour vous, nous sommes un grand groupe de parasites, embusqués, reclus derrière de hauts murs de vieilles croyances, de traditions anciennes et de respect.
La vérité est toute autre.
Nous ne sommes pas monolithiques, et chacun d’entre nous est surpris d’entendre sa propre opinion, sa propre voix.
Ne vous trompez pas, le monde haredi fait partie de nous et nous en faisons partie, et nous ne le laisserons pas pour rien au monde. Nous l’aimons et nous sommes en paix avec ses moyens, mais aussi – et souvent il est difficile de le faire autour de nous – nous en voyons clairement ses défauts et ses lacunes, et nous voulons nous-mêmes les corriger.
Une grande partie de notre monde a un but invisible à atteindre. C’est là qu’il y a un malentendu, un conflit. La ville fortifiée n’est plus la même, et les troupes qui s’y trouvent, pour la plupart, ne veulent pas se battre.
En vérité, elles veulent l’ouverture des portes et faire plus d’échanges.
Cela peut surprendre certaines personnes, mais le public haredi veut sortir de la crise économique dans laquelle il se trouve.
Il s’agit d’un public de haute qualité qui peut grandement contribuer à l’Etat, dans tous les domaines d’activité, mais il a besoin de formation pour se mettre à niveau.
Dans le passé, un tel modèle a existé : les trois premières décennies d’ultra-orthodoxes en Israël ont travaillé dans les industries textiles et ont rejoint l’armée.
Nous devons restaurer cette gloire d’antan.
Mais il nous est difficile de sortir de la boue. Nous devons tendre la main à la société laïque.
Tant qu’il n’y a pas de contradiction entre notre mode de vie et le leur – et dans la plupart des cas, il n’y a aucune contradiction et aucune menace – une bonne volonté peut combler les lacunes.
Mais si c’est si simple, alors pourquoi le monde haredi n’est-il toujours pas au travail, me dira-t-on? Probablement par crainte.
Nous le public haredi, nous avons un problème simple.
Nous avons peur de ce que notre père et mère vont dire, de ce que les gens vont penser, de ce qu’ils disent dans les synagogues.
Nous vivons avec un sens de surveillance constante.
Parfois, nous pensons que nous ne vivons pas notre vie, mais la vie d’autres personnes.
Par conséquent, certains de nos jeunes ont peur de parler, de dire à voix haute ce qu’ils ressentent vraiment.
Comment pourraient-ils le dire ouvertement?
Certaines d’entre nous aimeraient rejoindre l’armée et le travail.
Comment expliquer ces jeunes qui aimeraient sortir, dans le monde, tout en restant partie intégrante du monde ultra-orthodoxe?
Les responsables sont surtout les militants et les politiciens, les dirigeants, les rabbins qui nourrissent la désinformation.
Le haredi d’aujourd’hui veut vivre à un niveau plus élevé et obtenir une plus grande éducation et une profession respectable.
Il est anxieux d’apprendre un métier et d’aller à l’armée et à l’université.
Cette tendance est de plus en plus présente chez les femmes et aux hommes de l’accueillir.

Une figure publique de proue comme Aryeh Deri (NDLR : ancien leader de Shass et personnage charismatique du monde orthodoxe sépharade et même sépharade non orthodoxe) pourrait nous ouvrir la voie et nous donner un grand espoir.
La révolution est là, et ses échos peuvent être entendus à Jérusalem, à Bné-Brak, à Elad, et à Beit Shemesh.
Même ceux qui choisissent d’enterrer leur tête dans le sable le comprennent : ce n’est qu’une question de temps.
La communauté haredie, je crois, veut du changement, même si elle n’est pas prête à le dire.
Et l’avenir ne consiste pas seulement à oser le dire.
Mais aussi à le faire ouvertement, publiquement.
David Zoldan, editorial publié dans le journal Haaretz, 23 septembre 2012
Traduit et adapté par Misha Uzan / JForum Correspondant spécial
Tags : haredim,israël,changement,révolution,aryeh deri,Shass,sépharade,hommes,femmes
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