LE GUILGOUL
ou la relation des âmes sur fond de justice divine

Par Maurice-Ruben HAYOUN

En dépit du rôle important que joue la transmigration des âmes dans la mystique juive, nous ne savons toujours pas avec certitude, les origines de cette notion si peu philosophique.

En réalité, cette thématique doit être reliée à la problématique de la justice et de la science divines.

En effet, c’est probablement parce que l’on n’arrivait pas à expliquer rationnellement le Livre de Job que l’on a dû recourir à cette notion de rotation de l’âme humaine ; de l’Ecclésiaste avoue ne pas avoir trouvé la méthode qui convient pour élucider cette énigme !

De quoi s’agit-il ? Les adeptes de la transmigration des âmes présupposent qu’une âme peut effectuer plusieurs passages terrestres, tant qu’elle n’a pas expié les péchés commis ici-bas.

Selon les adeptes de cette étrange psychologie, les âmes peuvent endurer un long calvaire en s’incarnant dans l’âme d’un autre homme, lequel peut n’avoir rien à se reprocher !

En d’autres termes, une âme fautive serait amenée à se purifier à travers l’existence d’un autre homme…

Une telle hypothèse suppose une contrainte imposée à un être innocent, sans justification morale apparente. C’est là que réside l’aspect le plus injuste et criant dans le concept même du guilgoul. 

Comment un homme peut-il souffrir pour un autre homme, aussi longtemps que dure le calvaire ?

Cela ne se justifie en aucune façon !
Comment imputer à des innocents des fautes dont ils ne sont pas responsables ?
Au plan éthique, une telle conception est absolument inacceptable et compromet jusqu’au principe même du droit.

Interrogeons-nous un instant sur les origines de cette doctrine qui prend pour point de départ aussi bien les êtres humains que le monde animal !

Je reprends ici, vu la pauvreté des informations, certains éléments évoqués par Gershom Sholem totalement remis en question, par la nouvelle génération de chercheurs.

Au début du Moyen-Age, des marchands arabes sillonnaient l’océan Indien et procédaient à des échanges commerciaux avec divers régions.

On suppose qu’un petit traité sur la transmigration des âmes en fit partie et que les spécialistes en ont traduit le texte en langue arabe, ce qui équivalait à une diffusion mondiale.

La langue arabe étant le médium le plus approprié et le plus répandu de diffusion de l’époque, mais ceci ne nous indique pas les chemins empruntés par cette nouvelle tradition pour s’imposer dans le cœur de la littérature mystique.

Désormais la théologie juive, dans un monde largement chrétien, a vu se développer une théologie mystique repoussant en arrière-plan la pratique rabbinique usuelle sans se substituer à elle.

Ce point est très important, l’idéal rabbinique demeurant l’accomplissement des préceptes divins indépendamment des spéculations mystiques.

Le christianisme naissant, par la voie de Saint Paul, a caressé le vain espoir de se substituer une fois pour toutes à un judaïsme qui lui semblait être à l’agonie.

Tragique erreur historique qui a renforcé le scepticisme des rabbins du talmud, à l’égard des prédicateurs venus d’ailleurs.

L’enjeu capital était l’antinomisme de la nouvelle alliance dont les autorités religieuses juives ne pouvaient pas s’accommoder.

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem. il est également Professeur à  l’université de Genève.
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