Ce que ressentent aujourd’hui beaucoup de Juifs en France?

En France, beaucoup de Juifs ressentent aujourd’hui quelque chose de très profond, de très lourd, de très difficile à expliquer à ceux qui ne veulent pas le voir: une pression diffuse, insidieuse, permanente.

Bien sûr, tous les Juifs n’ont pas subi personnellement une insulte frontale, une agression caractérisée, ou un “sale Juif” lancé en pleine rue. Mais ce n’est pas parce que tout n’est pas toujours dit clairement que rien n’est vécu. Il y a des climats qui se sentent avant même de se formuler. Il y a des haines qui avancent masquées. Il y a des hostilités qui ne se proclament pas encore entièrement, mais qui se font comprendre.

Depuis des années, à travers une partie du discours politique, à travers certaines mouvances militantes, à travers certains boycotts obsessionnels, à travers cette manière de toujours ramener les Juifs à Israël, puis Israël à l’accusation absolue, beaucoup ont fini par comprendre le message implicite : vous n’êtes plus tout à fait les bienvenus. On ne vous le dit pas toujours ouvertement. On vous le fait ressentir.

Et c’est peut-être cela qui est le plus éprouvant: cette façon de nier ensuite l’évidence. On souffle le froid, puis on nie avoir soufflé. On humilie, puis on explique que vous exagérez. On vous vise sans vous nommer, puis on prétend que vous vous sentez concernés à tort.

Ce matin encore, dans la rue, je marchais tranquillement dans un quartier populaire. On ne m’a pas insulté directement. On n’a pas prononcé les mots interdits. Mais il y a eu ce bruit volontaire, cette mise en scène agressive, ce crachat devant moi. Certains diront peut-être : “Mais enfin, ce n’était rien. Tu ne peux pas savoir. Ce n’était pas forcément contre toi.” Justement. C’est ainsi que cela fonctionne souvent aujourd’hui. On suggère, on fait comprendre, on installe un malaise, puis on se retranche derrière l’ambiguïté. Comme si tout devait rester assez flou pour échapper à la loi, assez implicite pour éviter d’assumer.

C’est cela aussi, la violence de notre époque : faire ressentir sans dire. Faire peser sans avouer. Ouvrir une brèche sans encore la nommer complètement.

Et pendant ce temps, dans notre pays, une partie de la gauche politique et militante affiche des complaisances ahurissantes à l’égard de régimes ou de figures qui ont pourtant semé la terreur, opprimé leur propre peuple, financé ou inspiré des réseaux armés, et nourri une logique de guerre et de destruction.
Le monde marche parfois sur la tête. Ceux qui menacent, intimidant les peuples libres et écrasant les leurs, trouvent encore des admirateurs. Ceux qui se défendent deviennent les accusés permanents.

Alors oui, beaucoup de Juifs de France ressentent une insécurité réelle. Pas seulement physique. Une insécurité morale, psychologique, civilisationnelle. Le sentiment qu’une partie du monde voudrait leur faire baisser les yeux, se faire petits, se taire, s’excuser d’exister, et surtout ne jamais rappeler ce qu’ils perçoivent, ce qu’ils vivent, ce qu’ils comprennent.

Dans ce contexte, comment ne pas éprouver de la reconnaissance pour Israël ? Non pas parce que tout y serait simple, ni parce que la guerre serait une joie — elle ne l’est jamais — mais parce qu’Israël représente pour beaucoup de Juifs une chose immense : la certitude qu’au moins quelque part, il existe un pays qui ne négocie pas leur droit à vivre. Un pays qui ne demande pas la permission d’exister. Un pays qui, quand le danger approche, ne détourne pas le regard.

Nous aurions tant aimé vivre dans un monde plus juste, plus lucide, plus fraternel. Un monde où les belles paroles sur la paix, la tolérance et la dignité humaine ne s’arrêtent pas dès qu’il s’agit des Juifs. Un monde où la haine serait combattue avec la même énergie, quelle que soit sa cible. Un monde où la majorité silencieuse ne laisserait pas la minorité haineuse imposer son bruit, ses intimidations, ses inversions morales.

Oui, certains diront que ce n’est qu’une minorité. Peut-être. Mais c’est une minorité bruyante, intimidante, envahissante. Et face à elle, il y a trop souvent une majorité silencieuse, parfois indifférente, parfois lâche, parfois simplement fatiguée. Et ce silence-là, lui aussi, finit par peser.

Ce que ressentent beaucoup de Juifs de France aujourd’hui n’est pas une lubie, ni une paranoïa, ni une sensibilité excessive. C’est la conscience douloureuse qu’un climat se dégrade. Qu’une hostilité se banalise. Qu’un vieux poison change de vocabulaire, change de masque, mais garde souvent la même cible.

Et c’est profondément triste.

Parce que nous n’aspirons pas à dominer qui que ce soit.
Nous n’aspirons pas à être au-dessus.
Nous demandons seulement de pouvoir vivre debout, sans peur, sans soupçon permanent, sans avoir à justifier notre existence, notre attachement, notre mémoire, ou notre inquiétude.

Et tant que ce monde n’entendra pas cela, tant qu’il préférera détourner les yeux, tant qu’il confondra lucidité et excès, tant qu’il demandera aux victimes de se faire discrètes pour ne pas déranger les consciences, alors oui, beaucoup de Juifs continueront à regarder Israël non seulement comme un pays, mais comme un refuge moral, une force, et une promesse: celle de ne plus jamais être totalement seuls.

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Madeleine

J’ai fait ma alya de France vers Israël. Ici, aucun problème avec l’insécurité. C’est ce qui m’a tout de suite interpellée. Des jeunes filles, parfois adolescentes, font du jogging à n’importe quelle heure, 3 ou 4 heures du matin donc en peine nuit, sans que personne ne vienne l’embêter. Le rêve quoi ! La guerre ? Si on suit bien les instructions données, qu’après l’alerte on va dans l’espace protégé, on ne la sent pas. Bémol, la vie très chère loyers excessifs. L’Etat devrait y mettre son grain de sel, en toute urgence. Également 2 poids 2 mesures en ce qui concerne la Santé. Les médecins travaillant avec les organismes officiels (sorte de « sécurités sociales ») ne sont pas terribles, à l’inverse des médecins « libres », très bons, très impliqués, mais plus chers et non remboursés.

MKG

Juste un petit rappel : On se souvient de la phrase de De Gaulle : les Juifs, Peuple dominateur et sûr de lui. Celle de Raymond Barre quand il y a eu l’attentat de la rue des Rosiers et que des Français non-Juifs sont morts. Il a parlé de ces Français non-Juifs en disant que je cite : « Des Français innocents ont été tués », les opposant aux Juifs d’alors.
A rappeler également que VGE (Valéry Giscard D’Estain) a imaginé l’Europe et la voulait absolument, et que c’est sous sa Présidence que le Mollah Hameini a été logé gratuitement aux frais du Contribuable Français dans un chateau à NEAUFLE LE CHATEAU. C’est la France qui a permis à ce dernier de renverser le Sha en Iran, de l’installer pendant 79 ans, et de faire subir le calvaire qu’ont vécu les Iraniens du Peuple. C’est grâce à la Politique pro-Arabe du Quai d’Orsay, pour du pétrole pas cher que Giscard n’a pas hésité à sacrifier le Peuple d’Iran.
Aujourd’hui, Macron le fait à la France !
Personnellement j’aime le Peuple Français. Beaucoup d’entre eux n’ont pas de haine antisémite.
Par contre, apparemment, la Collaboration est dans l’ADN de certains autres !

Asher Cohen

Article bien écrit, mais dénué de base. Pour comprendre pourquoi il y a présence de Juifs dans un pays aussi antisémite, il faut revenir à la base du problème et l’histoire nous y aide.

La France n’est qu’un pays de ratés, haineux, jaloux des autres et notamment des Juifs, pervers et corrompus, bêtes et méchants, destructeurs et lâches. Il faut rappeler que les français ont pratiqué l’expansion coloniale et l’impérialisme pendant un siècle, ce qui ne pouvait que détruire le corps politique de leur État-Nation. Cet État-Nation fut alors privé de tout principe unificateur et contraint d’imposer aux peuples conquis le consentement au lieu de la Justice, et a ainsi dégénéré en tyrannie. Bien avant cette époque de l’impérialisme colonial, Robespierre en était pleinement conscient quand il s’écriait  » périssent les colonies si elles nous coûtent l’honneur et la liberté  ». L’expansion fut le but fatal de la politique étrangère française et donc de sa politique mondiale.

Aucun État-Nation ne peut songer à acquérir en toute conscience des peuples étrangers, puisqu’une telle conscience suppose que la nation conquérante ait la conviction d’imposer une loi  » supérieure  » à des  » barbares  ». Or, la nation considère sa loi comme l’émanation d’une substance nationale unique, l’expression de la volonté générale, sans validité au-delà de son propre peuple et des frontières de son propre territoire. Par exemple, en Algérie, la seconde république de 1848 avait créé un territoire décrété français,  » aussi français que le département de la Seine  » , mais dont les habitants, notamment les Juifs jusqu’en 1870, n’étaient pas des citoyens français, triste absurdité ! En 1960, le  » socialiste  » Guy Mollet n’était-il pas fondé à soutenir que  » les Juifs d’Algérie ne faisaient pas partie de la Communauté Française  »?

Toute conquête menée par une nation comme la France, conduit à la tyrannie qui n’a pas besoin de consentement pour régner sur des peuples étrangers, et donc elle ne peut se maintenir au pouvoir qu’à la condition de préalablement détruire les institutions nationales de son propre peuple. La tyrannie de l’impérialisme colonial a donné une troisième république archicorrompue qui a fini par s’effondrer en 1940, et l’impérialisme tyrannique fut le précurseur du totalitarisme criminel de Vichy. À la Libération de 1945, la France a redémarré dans l’illusion et la fantaisie, avec notamment l’amnistie du communiste Thorez qui avait déserté durant toute la durée de la guerre, et la grâce du tueur de Juifs, Pétain. Avec Thorez ministre de la fonction publique, les communistes plaçaient leurs pions dans les administrations et les grandes entreprises nouvellement nationalisées, ayant ainsi la main sur l’économie nationale dite  » mixte  ».

Depuis 1945, la France ne peut pas se relever, puisqu’elle est construite sur du sable. Tout le reste n’est que de la littérature et du commentaire. C’est dans ce contexte qu’en 1962, les Juifs d’Algérie furent manipulés et piégés à entrer vivre dans une fausse nation, construite sur du sable et gouvernée à l’époque sous le régime de l’article 16 de la farce constitutionnelle de 1958. Maintenant, les Juifs doivent prendre conscience de cela, et fuir ce pays de souffrance et de misère.

Marcoroz

C’est comme quand quelqu’un commence à revendiquer le droit de critiquer « la politique du gouvernement israélien » ou « la politique de Netanyahu » : ne pas se faire d’illusion, dans les deux minutes on peut être sûr qu’il va commencer à remettre en cause la légitimité de l’existence même d’Israël.

richard

LA GERBE

Pauliltique

Ils observent une trahison partout, même au sommet de l’état. Reconnaître un état palestinien a été la porte ouverte au pire, ne pas manifester contre l’ antisémitisme a été un signal fort quant à l’ abandon des juifs de France par Macron…