
Une femme se recueille devant une synagogue de Munich, deux jours après l’attaque de Halle, en octobre 2019. Christof STACHE / AFP
Allemagne: l’auteur de l’attentat antisémite de Halle condamné à la perpétuité
Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet, qui avait requis le peine maximale, avec une détention de sûreté minimale de quinze ans.
De notre correspondant à Berlin
Un tueur allemand antisémite et raciste a été jugé et puni lundi à Magdebourg, mais l’Allemagne n’a pas tourné la page de l’attentat perpétré le 9 octobre 2019 contre une synagogue de Halle, en ex RDA.
L’auteur des faits, Stefan Balliet, 28 ans, a été condamné lundi par le tribunal de Magdebourg, en Saxe-Anhalt, à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de quinze ans.
Lourdement armé, ce jeune homme de 28 ans avait échoué à pénétrer dans le lieu, au moment où une cinquantaine de fidèles priaient en ce jour du Yom Kippour.
De rage, il avait tourné son arme contrer une passante anonyme, avant d’aller attaquer un restaurant de spécialités turques, où il fit une nouvelle victime. Neuf personnes supplémentaires ont été blessées.
Ce fut « l’acte antisémite le plus répugnant depuis la fin de la seconde guerre mondiale », a déclaré le procureur Kai Lohse, dont les réquisitions ont été pleinement suivies.
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Durant le procès, l’accusé ne fit rien pour dissiper le malaise et pas davantage pour assurer sa défense. Ses propres avocats manifestèrent peu d’empathie à l’égard de leur client.
À la fois captivé par le récit que les autres firent de son équipée sauvage et cyniquement déçu de ne pas avoir pu la mener à son terme, Stephan Balliet a été plusieurs fois ramené à l’ordre par la présidente.
Il s’est mis à rire lorsque les débats, auxquels ils assistaient comme à un spectacle, viraient à la confusion. Il a refusé de donner le moindre indice susceptible d’éclairer son acte sous un jour humain.
Ses parents ont refusé de comparaître, et notamment sa mère qui, dans une lettre versée au dossier, a rendu « les Juifs » responsables de la dérive de son fils. Pour avoir échoué à tuer plus de Juifs, lui s’est qualifié de « raté ».
Un témoin de la synagogue explique qu’il aurait préféré mourir à la place des deux personnes abattues dans la rue. « Moi aussi », aurait soufflé Balliet à ses avocats. Il explique qu’il aurait aimé tuer plus d’enfants juifs pour éviter que ses enfants n’aient plus tard à s’acquitter de cette tâche.
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Les vingt et un avocats des parties civiles ont également cherché, en vain, des réponses susceptibles d’apaiser la douleur de leurs clients.
Ils ont parfois mis en cause la passivité de la police, son manque d’empathie à l’égard des victimes, et dénoncé la faiblesse de l’enquête.
Comme si un tel acte ne pouvait se résumer à la défaillance morale d’un garçon, demandeur d’emploi, vivant à la manière d’un autiste, confectionnant des armes dans son garage, et s’enivrant sur internet de conspirations conspirationnistes et antisémites.
L’une de ses thèses préférées est celle du grand remplacement, récemment popularisé par l’écrivain français d’extrême droite Renaud Camus, selon laquelle les Juifs voudraient créer un « nouvel ordre mondial » en procédant à un « génocide blanc ».
Le président du Conseil central juif d’Allemagne, Josef Schuster, a, pour sa part, regretté le manque de « clairvoyance » du système judiciaire allemand à l’égard de l’antisémitisme.
Le verdict a en partie comblé cette lacune, mais « il ne doit pas être considéré comme un point final », a mis en garde le porte-parole des questions intérieures au sein du parti libéral (FDP), Konstantin Kuhl, qui en appelle à une amélioration du travail policier.
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