Val-d’Oise. Étienne Caen, le dernier rescapé de Montmorency

Ancien déporté, Étienne Caen est décédé le 19 novembre 2020, à 93 ans. Il avait été arrêté le 30 mars 1944 à Montmorency (Val-d’Oise) avec ses cinq sœurs.

Ancien déporté, Étienne Caen est décédé le 19 novembre 2020, à 93 ans.

Il avait été arrêté le 30 mars 1944 à Montmorency (Val-d’Oise) avec ses cinq sœurs. Transférés au camp de Drancy, ils y avaient retrouvé leurs parents.

La famille fut déportée le 13 avril pour Auschwitz (Pologne). Il était le seul survivant.

Il était tombé dans l’oubli à Montmorency après sa dernière apparition, en mai 2009, lors de l’inauguration du monument aux Martyrs juifs.

Étienne Caen était le dernier survivant des raflés de Montmorency.

Une famille dans la guerre

La famille Caen était à Montmorency depuis 1892. Par sa mère, née Laure Bloch, Etienne Caen était issu d’une famille montmorencéenne, originaire d’Alsace, qui compte parmi elle un grand rabbin de Colmar, président du consistoire du Haut-Rhin. Une de ses tantes, Antoinette Bloch, avait épousé Claude Levisalles, comptable, né le 7 octobre 1904 à Montmorency qui avait rejoint la résistance à Cannes.

Membre des Mouvements unis de la résistance (M.U.R.), il a été arrêté lors d’une perquisition de la gestapo le 21 septembre 1943. Torturé et emprisonné, il était transféré au camp d’internement de Drancy et déporté le 15 mai 1944 par le convoi 73.

Comme la majorité des 878 hommes juifs, qui constituait ce train, il est mort en mai 1944 au camp de Kaunas (Lituanie) ou à la prison Patarei de Reval (Estonie) ? Son nom est inscrit sur une plaque commémorative rue Léon-Noël à Cannes et sur le monument aux martyrs juifs de Montmorency.
Son autre tante : Françoise Bloch avait épousé Jean Grumbach, arrêté à Tunis, déporté en avril 1943, mort à 48 ans, au camp de Sachsenhausen, le 23 mars 1944.

Un de ses oncles : Philippe Bloch, né le 24 avril 1916 à Montmorency et mort en 2009, s’est illustré dans l’armée. Mobilisé en 1940 à Fréjus, il s’était engagé en juin 1941 dans les Forces Française Libres. Affecté à la Première division légère française libre (appelée 1re Dfl) au 1er Rac (régiment d’artillerie coloniale, actuel 1er RAma), il combattra les forces françaises de Vichy en Syrie et les allemands en Egypte, à Bir Hakeim et El Alamein, aux côté des armées Britanniques.

Puis effectuera les campagnes de Tunisie, d’Italie, le débarquement de Provence et la libération de l’Alsace. Il avait changé son nom en Blachais. Il s’était marié en première noce, le 4 novembre 1939 à Montmorency, avec Denise Haymann-Goldsticker, décédée le 17 février 1941, puis en seconde noces, le 30 mars 1942, avec une irlandaise Mary Whelan (1912-1992), infirmière rencontrée à l’hôpital militaire de Camberley. Elle avait également servit au Levant et en Afrique du Nord, dans les Ffl.

Le père d’Etienne, Maurice Caen, était issu d’une famille originaire de Lorraine. Capitaine, ancien combattant de 14-18, cité à l’ordre de l’Armée, il était ingénieur dans l’armement. Il avait épousé Laure Bloch, le 16 octobre 1923 à Montmorency.
F.C.

Son arrestation avec ses sœurs avait eu lieu au printemps 44, alors que leurs parents, Maurice et Laure, étaient en déplacement en province.

Marianne, la grande sœur de 20 ans, assurait la garde de la fratrie, composée d’Étienne 17 ans, Francine 16 ans,

Gisèle 14 ans, Micheline 11 ans et Catherine 6 ans. Le jeudi 30 mars, un fedlgendarme et des agents en civils ont fait irruption dans la maison du 3, avenue Maria. Aussitôt, les enfants furent embarqués à la kommandantur d’Enghien-les-Bains, puis transférés au camp de Drancy.

Ils y retrouvèrent leurs parents internés à leur retour du Mans (Sarthe) où le père, ingénieur dans l’armement, était en mission.

La famille est partie pour Auschwitz par le convoi 71, du 13 avril, avec 1 400 autres déportés français, dont Simone Jacob (Veil), également arrêtée le 30 mars, à Nice (Alpes-Maritimes).

Ils sont arrivés sur la rampe du camp de Birkenau, le 16 avril, jour anniversaire de Micheline Caen, 12 ans, née à Montmorency. C’est la dernière fois qu’Étienne a vu ses parents et ses sœurs.

La fin d’une époque

En 2009, il avait confié son histoire à notre journal (lire encadré ci-dessous). Nous l’avions revu le 13 avril 2014 au Mémorial de la Shoah à Paris, lors de la lecture des noms pour la 70e commémoration du convoi 71.

Le 29 juin 2019, jour de ses 92 ans, il avait suivi l’entrée de Simone Veil au Panthéon.

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« C’est difficile d’exprimer ce que je ressens, beaucoup de choses me reviennent à l’esprit. À chaque fois que j’ai rencontré Simone Veil, on se racontait le camp. Des moments partagés et qui me restent en mémoire. Aujourd’hui, c’est une histoire qui se termine ! », nous avait-il confiés.

Sa famille déportée est inscrite sur le monument des Martyrs juifs de Montmorency et sur la plaque de la synagogue d’Enghien-les-Bains.

Quatre des sœurs d’Étienne Caen ont aussi leurs noms sur la plaque des Victimes du lycée Lamartine à Paris.

Récit. Une jeunesse en déportation

Étienne Caen nous avait raconté sa jeunesse bouleversée depuis la rafle de Montmorency, l’internement à Drancy, l’anéantissement à Auschwitz-Birkenau, sa libération et son retour en France. En octobre 1940, ses parents avaient préféré quitter la capitale pour Montmorency, qu’ils pensaient plus sûr pour leurs enfants. Étienne Caen fréquentait alors le collège de Pontoise (actuel collège Chabanne).

Lire la suite dans

https://actu.fr/ile-de-france/montmorency_95428/val-d-oise-etienne-caen-le-dernier-rescape-de-montmorency_38215048.html

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