L’illustration est toujours de Bernard Nantet, qui s’était rendu à Marseille pour photographier l’arrivée des Juifs d’Algérie. Il  était alors le reporter de L’Arche, créé en 57 par Michel Salomon qui, s’inspirant de L’Express, accordait une importance nouvelle au photo-reportage. Edith Ochs Photo Bernard Nantet

Edith Ochs. Juifs d’Algérie: 2000 ans d’histoire 

Chers amis, Voici le deuxième volet de l’article sur l’histoire des Juifs d’Algérie, dépossédés, chassés, expulsés en 62, réfugiés en métropole.

Les juifs d’Algérie ont quitté leur terre où ils étaient installés depuis 2000 ans. Pour ces communautés ancestrales, ce départ vers la métropole, maquillé en « retour », fut un cruel déracinement et un déni, un exil.

En 1940, Vichy décide l’abrogation du décret Crémieux, dépouillant les juifs d’Algérie de tout statut officiel jusqu’en 1943. Cette période a douloureusement marqué les mémoires.

Il y a 70 ans, le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent à Alger (opération Torch). Quatre cents résistants y participent.

Les deux tiers au moins sont des jeunes juifs français déchus de leur nationalité, avec à leur tête José Aboulker, 23 ans.

Le général Giraud prend le commandement civil et militaire d’Alger, mais fait arrêter et déporter dans le Sud algérien les chefs de la résistance algérienne, y compris le jeune Aboulker et son père, mutilé de la Première Guerre.

Pour lui, les juifs doivent rester des « indigènes ». Il faut attendre fin 1943 pour que le décret Crémieux rentre en vigueur.

1954-1962. Huit ans d’une guerre fratricide: la vie sociale se dégrade brutalement. « Au collège, tout se passait bien, il y avait peu de débats politiques, raconte Raphaël Draï. C’est quand il y a eu des bombes dans les cinémas, les stades, les cafés et les synagogues que tout s’est dégradé… »

Coincée entre « l’antisémitisme français et la méfiance arabe », dira Camus en 1955, la communauté juive louvoyait péniblement entre les périls.

Mais le massacre de Constantine, vingt ans plus tôt, était dans tous les esprits. Dans le contexte, l’assassinat de Cheikh Raymond (Raymond Leiris), le maître du « malouf », sur le marché de Constantine, le 22 juin 1961, donna le premier signal du départ.

Puis le jour de l’Indépendance de l’Algérie, il y eut le massacre d’Oran. « Qui se souvient en France du massacre au faciès des Européens dans les rues d’Oran le 5 juillet 1962 ? » demande Tarnero.

C’est ainsi qu’on vit la foule des « pieds-noirs » affluer sur le quai de la Joliette et le tarmac de Marignane et d’Orly.

Ceux qui s’étaient engagés dans le combat au côté du FLN tentèrent l’aventure, brièvement.

Hier les juifs d’Algérie, aujourd’hui les chrétiens : le continent détruit les traces de son histoire pour mieux la réécrire.

© Edith Ochs

Article initialement publié dans le Huffington Post

L’article Edith Ochs. Juifs d’Algérie: 2000 ans d’histoire (suite) est apparu en premier sur Tribune Juive.

 

La mémoire juive de l’Algérie

« On aura beau faire, affirme Raphaël Draï, la mémoire de l’Algérie est une mémoire juive. » Mais les amitiés individuelles n’empêchent pas les épreuves collectives et une mémoire douloureuse, comme en témoignent l’expulsion des juifs d’Oran en 1666, le massacre d’Alger en 1805, ou la décapitation du grand rabbin d’Alger, Isaac Aboulker, dix ans plus tard. Beaucoup se plaisent à dater du décret Crémieux la mésentente entre les populations, mais c’est faire peu de cas de la dhimma, qui régissait les non-musulmans dans la loi coranique. En effet, la conquête de l’Algérie, en 1830, mettait fin à trois siècles de domination ottomane.

Le décret Crémieux, qui accorde, en 1870, la nationalité française aux populations indigènes, offre aux juifs le moyen de se libérer enfin du statut de dhimmis, de « protégés ». Cet affranchissement déclenche autant le ressentiment des musulmans, attachés à leur propre statut, que la fureur des populations « européennes » foncièrement antisémites, qui exigent son abrogation — ou du moins, le retrait du droit de vote aux juifs.

« La hiérarchie des racismes organisait la société, » résume Jacques Tarnero, originaire d’Oran (4) . Au tournant du siècle, l’affaire Dreyfus et la publication du J’accuse d’Emile Zola se traduisent, en Algérie, par une violence inouïe : meurtres, viols, assassinats de nourrissons… Une projection de photos au MAHJ donne la mesure de la liesse populaire lors de la visite de Drumont, un des pères fondateurs de l’antisémitisme à la française et élu député d’Alger. La haine des uns nourrit la rancœur des autres. Même si, au moment de la Grande Guerre, 14.000 juifs d’Algérie, mobilisés dans les régiments de zouaves, se distinguent au combat (plus de 1700 morts, un millier de veuves et 560 orphelins) certains à Alger nient l’existence du sacrifice, faisant du négationnisme avant la lettre.

Dans les années trente, la crise économique aidant, ce sont les juifs que les colons chargent de tous les maux, y compris des revendications nationalistes des musulmans. Des heurts violents éclatent à Alger, Constantine, Oran et Sétif. Et le 5 août 1934, c’est le pogrom de Constantine : les musulmans se ruent dans le quartier juif et assassinent, pillent, mutilent, saccagent, comme l’illustrent les documents de l’exposition. Enfin, en 1940, Vichy décide l’abrogation du décret Crémieux, dépouillant les juifs d’Algérie de tout statut officiel jusqu’en 1943. Ils ne se remettront jamais tout à fait de cette trahison.

En 1962, c’était la grande époque du photo-journalisme. Michel Salomon, le rédacteur en chef de L’Arche, le mensuel du FSJU qui a cessé de paraître en 2011, avait compris que c’était la photo qui faisait la force du témoignage dans des hebdomadaires comme le Nouvel Observateur et l’Express, sans parler de Paris-Match. Il envoya Bernard Nantet, un jeune reporter photographe, à Marseille et à Orly pour photographier l’arrivée des nouveaux immigrants, les juifs d’Algérie. Les photos ci-dessous, à Marseille dans le camp de transit du Nouvel Arenas, inédites, attestent de leur désarroi et des conditions de leur accueil. Sur la photo n°4, il est écrit en hébreu : Broukhim Habahim, « bénis ceux qui viennent », autrement dit : soyez les bienvenus. Il s’agit probablement de la salle de prières.

(c) Bernard Nantet

(c) Bernard Nantet

(c) Bernard Nantet
(c) Bernard Nantet
(c) Bernard Nantet
(c) Bernard Nantet
GALERIE PHOTOLe photographe Bernard Nantet a pris ces photos à Marseille et à Orly pour Paris MatchVoyez les images

Source: https://www.huffingtonpost.fr/edith-ochs/juifs-algerie-pieds-noirs-2000-ans-histoire_b_2175395.html

(1) Raphaël Draï, Les Pays d’en haut Ed. Michalon.

(2) MAHJ, Hôtel de St-Aignan, 71 rue du Temple, 75003. M° Rambuteau. Ouvert du lun. au ven. 11h-18h (dim. 10h-18h)

(3) Juifs d’Algérie, sous la direction d’A.H. Hoog et une vingtaine d’auteurs. Ed. Skira-Flammarion/MAHJ.

(4) Jacques Tanero, Le Nom de trop : Israël illégitime ? Ed. Armand Colin

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