«Le Second Empire est riche en leçons pour notre époque»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le 2 décembre 1851, le prince Louis-Napoléon accomplissait son coup d’État. Peu évoqué par les historiens, le Second Empire semble avoir mauvaise réputation. Pourtant le règne de Napoléon III contribua grandement à l’essor économique et industriel de la France, juge Jean-Loup Bonnamy, normalien.

Ancien élève de l’École normale supérieure, Jean-Loup Bonnamy est agrégé de philosophie et spécialiste de philosophie politique.

Il a publié avec Renaud Girard «Quand la psychose fait dérailler le monde» (Tracts, Gallimard, 2020).

Il y a 169 ans, le deux décembre 1851, le Président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er, renversait l’éphémère IIème République par un coup d’État qui allait faire de lui Napoléon III.

Dix-neuf ans plus tard, il y a 150 ans donc, en septembre 1870, malgré l’exploit des Troupes de Marine à la bataille de Bazeilles (immortalisé dans le tableau d’Alphonse de Neuville intitulé Les Dernières cartouches), Napoléon III était vaincu à la bataille de Sedan par l’envahisseur prussien.

La règle est qu’en France, depuis 1789, les régimes politiques ne survivent pas à la défaite militaire. Dès que la nouvelle de la défaite fut parvenue à Paris, le Second Empire s’effondra après 19 ans d’existence et la IIIème République fut proclamée le 4 septembre. Généralement, on distingue deux moments à l’intérieur du Second Empire: l’Empire autoritaire (1851-1860) et l’Empire libéral (1860-1870), où l’opposition républicaine reçut des droits, où la presse fut plus libre et où le Parlement vit son influence quelque peu augmenter. Aujourd’hui, faire le bilan de cette longue période impériale reste un exercice périlleux.

Dans sa chanson patriotique intitulée Ma France, Jean Ferrat exprime son amour pour notre pays à travers de nombreuses références à l’histoire française contemporaine: la Révolution, la Commune de 1871, le Front Populaire la Résistance…

A aucun moment le chanteur communiste ne fait référence aux deux périodes napoléoniennes de notre pays, celle de Napoléon Ier (1799 – 1815) et celle de Napoléon III (1851-1870), bien qu’elles représentent 35 années de notre Histoire.

Plus exactement, Jean Ferrat ne parle du Second Empire qu’en creux, de manière indirecte, lorsqu’il dit aimer la France «du vieil Hugo, tenant de son exil…».

Ferrat se revendique ainsi de Victor Hugo, opposant à Napoléon III et qui passa tout le Second Empire en exil au Royaume-Uni, dans les îles anglo-normandes de Jersey et Guernesey.

Là, Hugo écrivit Les Misérables, mais aussi des textes hostiles à Napoléon III: Les Châtiments, Histoire d’un crime (sur le coup d’État du 2 décembre 1851, qui permit à Napoléon III de prendre le pouvoir) ou encore Napoléon le Petit (Napoléon III étant ici opposé à la grandeur de son oncle, Napoléon Ier).

Lorsque Napoléon III lui proposa de revenir en France, Hugo refusa et répondit «Quand la Liberté rentrera, je rentrerai.»

Fait révélateur, le Second Empire n’est donc abordé dans la chanson de Ferrat que du point de vue de ceux qui s’y sont opposés, qui y ont résisté. Quel lycéen n’a d’ailleurs pas eu un poème des Châtiments dans sa liste de textes pour l’oral du Bac de Français?

On comprend ainsi mieux la cause de la mauvaise réputation, de la légende noire du Second Empire: son histoire a été écrite par ses ennemis.

Napoléon 1er, à la bataille de Waterloo, et Napoléon III, à celle de Sedan, ont tous les deux été vaincus militairement. Mais Napoléon 1er, lui, a laissé un souvenir prestigieux pour deux raisons.

D’une part, avant sa défaite ultime, il avait remporté pendant près de vingt ans une longue série de victoires éclatantes, parmi les plus grandes de l’histoire de notre pays. Lodi, Arcole, Rivoli, les Pyramides, Austerlitz, Iena, Friedland, la Moskowa, la campagne de France…

Au point que son ennemi Clausewitz a pu admirativement surnommer Napoléon «le dieu de la Guerre». D’autre part, après sa chute, lors de son exil à Sainte-Hélène, Napoléon a livré une dernière bataille, qu’il a gagnée. Non pas une bataille militaire cette fois, mais une bataille mémorielle. Il a écrit lui-même son histoire.

Au contraire, son neveu Napoléon III, miné par une maladie de la vessie, n’a pas pu défendre son œuvre après sa chute.

Son histoire sera donc écrite par ses successeurs, qui étaient ses ennemis et avaient été ses opposants, les hommes de la IIIème République: Thiers, Jules Simon, Jules Favre, Jules Ferry, Jules Grevy, Jules Meline («la République des Jules»), Gambetta, Clemenceau (qui, à l’âge de 22 ans, en 1863, fut emprisonné quatre mois dans les geôles du Second Empire pour activisme républicain)…

En 1920, le gouvernement Millerand ira même jusqu’à protester contre les honneurs que les Bénédictins espagnols avaient accordés à l’Impératrice Eugénie lors de ses obsèques.

Depuis René Rémond, il existe plusieurs droites en France, se rattachant chacune à des traditions diférentes. L’une d’elles est la droite bonapartiste, qui part de Napoléon 1er et Napoléon III et se perpétue avec de Gaulle puis le RPR.

Cependant, face au discours réprobateur dominant, des tentatives de réhabilitation se firent jour.

Notamment celles des historiens Pierre Milza et Eric Anceau. Mais aussi celle de Philippe Séguin qui publia en 1990 une excellente biographie de Napoléon III, intitulée Louis-Napoléon le Grand.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que le gaulliste social Séguin ait entrepris une telle œuvre. On sait en effet depuis René Rémond qu’il existe plusieurs droites en France, se rattachant chacune à des traditions différentes.

L’une d’elles est la droite bonapartiste, qui part de Napoléon 1er et Napoléon III et se perpétue avec de Gaulle puis le RPR.

Cette droite se caractérise par la présence d’un leader charismatique, d’un chef, qui va apparaître comme l’Homme providentiel, faisant directement appel au peuple (par le biais du référendum et/ou de l’élection du Président au suffrage universel direct). Il s’agit de court-circuiter les partis politiques et de rassembler les Français dans une grande unité patriotique dépassant le clivage gauche-droite.

Méfiante envers le parlementarisme, cette droite se veut à la fois patriote, populaire, autoritaire, sociale, souverainiste, volontiers militariste, partisane de l’égalité et d’un Etat fort, intransigeante sur la question de l’indépendance nationale, favorable à l’ascension sociale par le mérite, attachée à l’identité et aux traditions du pays mais en même temps soucieuse de modernisation économique et industrielle.

D’ailleurs, on peut se demander si l’abandon de cette tradition bonaparto-gaulliste, au profit d’une vision orléaniste, beaucoup plus libérale, européenne, centriste et bourgeoise, n’est pas la cause profonde du marasme dans lequel se trouve actuellement la droite.

L’appareil productif se modernisa. Le télégraphe se développa, les premiers sous-marins furent immergés. Le chemin de fer connut une croissance exponentielle. Lire la suite

https://www.lefigaro.fr/vox/histoire/le-second-empire-est-riche-en-lecons-pour-notre-epoque-20201202

Ancien élève de l’École normale supérieure, Jean-Loup Bonnamy est agrégé de philosophie et spécialiste de philosophie politique. Il a publié avec Renaud Girard «Quand la psychose fait dérailler le monde» (Tracts, Gallimard, 2020).

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LE CHAT DORT

quelle belle moustache !!