Les dégâts provoqués par l’explosion du 4 août 2020, dans le port de Beyrouth. Photo Nabil Ismail

Entre le Hezbollah et le nitrate d’ammonium, une bien vieille histoire

Selon « Der Spiegel », « le propriétaire du cargo qui a déposé la cargaison au port de Beyrouth a des connexions avec une banque proche du Hezbollah ».

Depuis ce funeste 4 août 2020 qui a vu une grande partie de la capitale libanaise soufflée par l’explosion de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, stockées depuis plus de six ans au port de Beyrouth sans la moindre précaution, toujours aucune réponse aux innombrables questions qui se posent.

Dix-neuf jours après le drame qui a fait quelque 200 morts, 6 500 blessés et 300 000 sans-abris, on ne connaît toujours pas le destinataire du stock acheminé par un cargo battant pavillon moldave, le Rhosus, au port de Beyrouth le 20 novembre 2013.

Ni même l’histoire réelle du navire abandonné, qui selon la version officielle était en transit à Beyrouth. Rien non plus concernant ce fameux hangar 12 où était stocké le nitrate d’ammonium dans la zone réservée aux enchères, ce qu’il contenait réellement, les raisons pour lesquelles l’agent explosif y était emmagasiné.

Pas plus que les raisons pour lesquelles les responsables, qui étaient au courant (de leur aveu même) de l’existence de ce composé explosif, n’ont pris aucune mesure pour protéger la population.

Dans un pays où règne une corruption endémique, où l’accès à l’information est semé d’embûches et souvent entravé par des administrations au fonctionnement opaque, l’on peut légitimement se demander si l’enquête aboutira à des réponses claires un jour et à l’identification des responsables du drame, et ce au plus haut niveau.

Passe-droits et omerta

Au port de Beyrouth, l’omerta règne en maître. Même les personnes qui y travaillent depuis des décennies affirment n’avoir rien vu ou entendu sur l’existence de ce qui finalement était une véritable bombe à retardement au hangar numéro 12, connu pour contenir des matières inflammables.

Sauf des rumeurs et des bribes de conversations parfois, sur des pots-de-vin, des dessous de table, des disputes sur l’importance d’une commission ou d’un privilège, des passe-droits accordés à de nombreuses parties, dont le Hezbollah. « Il est de notoriété publique que beaucoup de conteneurs ne passent pas par la douane. Et comme l’affaire est taboue, nul n’en parlera ou ne révélera la moindre information », estime le cadre d’une entreprise opérant au port, sans citer nommément le parti chiite. Il précise à ce propos que « lorsqu’il s’agit d’une affaire illégale, seuls les concernés sont au courant ».

« Je n’ai jamais entendu parler de cette affaire de nitrate d’ammonium, car je ne trempe pas dans les magouilles politiques, renchérit un agent de dédouanement au port de Beyrouth. J’entends par contre des rumeurs sur des passe-droits accordés à différentes parties politiques, et pas seulement au Hezbollah. » « Chacun y trouve son compte », ajoute-t-il.

C’est dans cette nébuleuse que s’inscrit l’affaire du nitrate d’ammonium stocké au port de Beyrouth. Un composé à double usage – à la fois ingrédient pour les engrais agricoles et puissant agent explosif, essentiel dans les carrières –, particulièrement prisé des groupes terroristes, des milices et des armées, qui l’exploitent à des fins militaires. Et ce d’autant qu’il est facile d’accès.

Depuis les années 90, le nom du Hezbollah et le nitrate d’ammonium apparaissent régulièrement associés, et ce en différentes régions du monde.

Vu la grande dangerosité du produit et les explosions destructrices qu’il a occasionnées dans nombre de pays, son usage est aujourd’hui réglementé et hautement sécurisé dans différents pays. Au point que des représentants du parti chiite ont été arrêtés à l’étranger pour possession illégale de quantités plus ou moins importantes de ce produit.

Ce qui a contribué, entre autres, à pousser des pays européens, notamment le Royaume-Uni (février 2019), les Pays-Bas (avril 2020), l’Allemagne (avril 2020) et la Lituanie (août 2020) à interdire toute activité du Hezbollah sur leur territoire et à qualifier le parti de terroriste, sans distinction entre ses branches armée et politique. Sans compter le Canada, les États-Unis et une partie de l’Amérique du Sud.

Chypre, Koweït, Allemagne… et ailleurs

Les affaires mêlant Hezbollah et nitrate d’ammonium sont répertoriées par les organismes de recherche, la presse internationale et certains services de renseignements. Selon le site dni.gov du renseignement américain, qui recense quelque « 40 interventions terroristes du Hezbollah » dans le monde de 1983 à 2017, des membres du parti ont été arrêtés en différentes occasions dans le monde en possession de nitrate d’ammonium, entre autres matières illicites, pour mener des « attaques ».

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