Les tags négationnistes d’Oradour suscitent l’indignation
C’est la première fois que le village martyr de Haute-Vienne est ainsi vandalisé. Une enquête est en cours.
Par Service société + AFP

Indignation, tristesse, colère : les réactions à l’acte de vandalisme perpétré vendredi dernier à l’entrée des ruines du village martyr d’Oradour-sur-Glane se sont multipliées durant le week-end, provenant de tous les horizons. Mais la plus poignante est probablement celle de Robert Hébras.
Âgé de 95 ans, il est le dernier des six survivants du massacre de 642 personnes, hommes, femmes et enfants, commis le 10 juin 1944 par une compagnie de la deuxième division blindée de la SS, la division Das Reich.
Soixante-seize ans plus tard, cet homme dont la mère et les sœurs sont mortes ce jour-là se bat toujours pour leur mémoire. Dimanche, il s’est livré au Parisien au sujet des tags faisant référence à Vincent Reynouard, un ex-professeur de mathématiques défendant des thèses négationnistes. « C’est pour moi une blessure ouverte. J’ai voulu transmettre la mémoire d’Oradour durant toutes ces années, mais on l’oublie, comme ailleurs. Rappelons-nous que des enfants et des femmes ont disparu de manière atroce dans cette église. Quand je rentre à l’intérieur, je me demande à chaque fois où étaient ma mère et mes sœurs. J’ai souhaité toute ma vie qu’elles soient parties le plus tôt possible… », a-t-il confié à nos confrères. « Ce que je crains, poursuivait-il, c’est que tout le monde parle d’Oradour durant 48 heures et puis qu’on arrête, qu’on oublie. »
Ce coup-ci, on a l’impression d’avoir franchi un cran
Fabrice Escure, le président du Centre de la mémoire
L’oubli et l’ignorance, deux terreaux favorables au développement des théories complotistes, contre lesquelles l’Éducation nationale doit lutter, comme l’a souligné Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation en affirmant dimanche, sur Twitter, que « Notre première arme contre le négationnisme est l’éducation. La méconnaissance de l’histoire et l’insulte à ceux qui ont péri sont le visage hideux de l’ignorance et de la haine contemporaines. L’école est mobilisée sans relâche contre cela pour transmettre connaissances et valeurs. »
Des vidéos négationnistes ont déjà circulé concernant Oradour-sur-Glane, mais de telles inscriptions n’avaient jamais été vues, ont affirmé les autorités locales. « Ce coup-ci, on a l’impression d’avoir franchi un cran », a déploré, de son côté, le président du Centre de la mémoire, Fabrice Escure.
« Salissure abjecte »
Le 10 juin 1944, les Allemands avaient rassemblé les hommes dans les granges du village, les avaient fusillés puis avaient regroupé femmes et enfants dans l’église avant d’y mettre le feu.

Samedi matin, une plainte a été déposée, a-t-il fait savoir : une enquête de gendarmerie est en cours. Elle pourra s’appuyer sur des caméras de surveillance. Le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, ancien député de la deuxième circonscription de Haute-Vienne, s’est rendu sur place. « Le procureur (…) a mobilisé des services importants », a-t-il assuré devant la presse. L’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité est saisi avec la brigade de recherche de Saint-Junien et la section de recherche de Limoges, selon une source proche du dossier.

Le président Emmanuel Macron a promis que « tout (serait) fait pour que les auteurs de cet acte soient traduits en justice ». Et Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, a fait savoir que « les services du ministère de l’Intérieur sont à la disposition du maire de la commune pour faire arrêter l’auteur de cette salissure abjecte ».
Quant à la façade, elle devrait être remise en état rapidement.
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