La statue de Lyautey et la France de Vichy
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Si le débat sur le maintien de la statue du maréchal français à Casablanca porte avant tout sur la colonisation française au Maroc, il convient de rappeler le rôle du sculpteur Cogné dans la promotion du pétainisme et la collaboration active avec l’Allemagne nazie.
« Qu’allons-nous faire ? » se demande aux premiers jours de 1936 Wladimir d’Ormesson dans les colonnes du Figaro.
Lyautey est mort depuis un an et demi et déjà ses proches et ceux qui l’ont soutenu se lamentent. Il était « une force de vie », « impossible de nous résigner à porter un deuil immobile » prévient l’ancien officier d’ordonnance du maréchal.
Dans l’entourage du chef militaire, une idée fait son chemin : pourquoi pas une fondation qui porterait son nom ? À Paris, un comité national, dont la présidence d’honneur est assurée par le président de la République, Albert Lebrun, est à la tâche. On y parle de « développer l’idée coloniale » et d’ouvrir « un centre d’accueil franco-musulman » dans la capitale.
Au Maroc, un « comité Lyautey » est à l’action. Après l’enterrement du premier résident à Rabat, ses membres s’attellent à un nouveau projet : une statue équestre en mémoire de celui que ses supporters appellent « le pacificateur ». L’initiative a reçu l’aval du grand vizir El Mokri qui a confirmé à Barthou, le ministre des Affaires étrangères, « le désir qu’un monument soit élevé pour perpétuer le souvenir de la grande œuvre du maréchal ».
Lyautey figé sur un cheval ? Le natif de Nancy, qui a préparé en détails les plans de son mausolée, y a longtemps pensé. Il s’est entouré d’un maître :
François Cogné, une star des portraits officiels, auteur de la statue de Clemenceau, écharpe au vent et chapeau sur la tête, qui trône dans les jardins du Petit Palais. Le maréchal fréquente l’artiste depuis 1916.
Le sculpteur lui a fait un buste, qu’il a aimé, et cela fait plusieurs années qu’ils travaillent ensemble à sceller l’iconographie lyautéenne.
Mais le militaire hésite. En 1924, il a fait appel à un autre statuaire, George Malissard, dont les études d’un « Maréchal Lyautey à cheval » ne seront jamais appliquées. Un an avant sa mort, alors qu’il séjourne à Thorey, diminué, l’ex-résident continue d’envoyer à Cogné des photographies de la maquette. Il apprécie le rendu de sa personne, mais l’attitude du cheval le gêne.
L’encolure est recourbée, la tête penchée. L’intention de Cogné est de dégager le cavalier, pour ne pas masquer sa silhouette, mais cela ne convient pas. L’animal manque de noblesse ; il faut le revoir entièrement. Lyautey n’en verra pas l’achèvement.
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