Dès juin 1940 et l’arrivée des Allemands sur le territoire national, une grande entreprise de spoliations des biens appartenant aux Juifs a été mise en place, qui conduira au pillage de 100.000 œuvres d’art environ.
Si nombre d’entre elles ont pu être restituées à leurs propriétaires légitimes ou ayants droit entre 1945 et 1950 environ, d’autres ont connu un destin plus complexe. Vendues aux enchères ou conservées par l’Etat en tant que Musées Nationaux Récupération (MNR) – ce qui a suscité de nombreuses polémiques -, elles font aujourd’hui l’objet d’une attention particulière de la part de la « Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945″ pour tenter de retrouver les héritiers de leurs propriétaires.
Spoliation d’oeuvres d’art sous le troisième Reich – Le 25 avril 1945, des soldats américains de la 3e Armée, retrouvent une toile de Manet cachée avec de nombreuses oeuvres d’art pillées, dans la mine de Merkers, en Thuringe (Allemagne). Crédits: AFP
Sciences et Avenir : Comment expliquez-vous que la France ait encore en sa possession des biens spoliés, 75 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale ?
David Zivie : Plusieurs millions d’objets et œuvres d’art ont été récupérés en Allemagne à la fin du dernier conflit mondial. Ils ont été retrouvés par les armées alliées, grâce notamment aux célèbres Monuments men américains et, pour la France, entre autres, à Rose Valland.
Celle-ci, qui avait pu rester au musée du Jeu de Paume à Paris pendant l’Occupation, avait suivi les allers et venues des œuvres d’art volées par les Allemands et noté ce qu’elle voyait passer. 60 000 de ces objets ont été reconnus comme provenant de France où ils ont aussitôt été renvoyés.
Les trois quarts, soit 45.000, ont ensuite été restitués à leurs propriétaires légitimes entre 1945 et 1950 sur leur demande. Mais 15.000 n’ont pas été réclamés. 2000 d’entre eux ont été sélectionnés pour être conservés dans les musées, où ils figurent sur des inventaires provisoires, sous le nom de MNR » Musées Nationaux Récupération « .
Quant aux 13 000 restants, ils ont été vendus par l’administration. Cela peut sembler étonnant aujourd’hui, mais il faut se rappeler qu’à l’époque, les esprits étaient à la reconstruction et il paraissait normal de clore le temps des restitutions et de passer à autre chose.
Les 2000 œuvres MNR, réparties dans plus d’une centaine de musées, ne devaient être restituables que pendant une période de temps limitée, avant d’intégrer les collections nationales. Mais le délai n’a jamais été fixé et ces œuvres sont – heureusement d’une certaine manière – restées sur des inventaires provisoires, rendant possible leur restitution.
« Nous sommes passés de 6 restitutions entre 1954 et 1993 à 116 depuis cette date, dont 59 depuis dix ans »
Quelle est la nature des 2000 œuvres MNR?
Il s’agit d’environ 960 peintures, 170 dessins, 630 » objets d’art » – principalement du mobilier dont il est souvent difficile de retracer la provenance, mais aussi des tapisseries par exemple -, 150 pièces de céramique, 70 sculptures, etc. Des œuvres auxquelles on ne s’est plus intéressé jusqu’au milieu des années 1990.
C’est à ce moment-là que les musées ont, dans de nombreux pays, commencé à être attaqués pour leur négligence. En 1998, 44 Etats ont adopté les » principes de Washington « devant faciliter la recherche de solutions « justes et équitables » au problème des biens culturels spoliés, en s’engageant notamment à passer en revue les collections des musées. Peu à peu, le ministère de la Culture a consacré plus de moyens à cette recherche.
Ces 2000 œuvres MNR ont commencé à être étudiées, pour en comprendre la provenance, et pour les restituer, lorsque c’est possible, à leur propriétaires légitimes. Nous sommes ainsi passés de 6 restitutions entre 1954 et 1993 à 116 depuis cette date, dont 59 depuis dix ans.
Les demandes proviennent maintenant davantage des petits-enfants ou arrière-petits-enfants des spoliés, qui effectuent parfois eux-mêmes les recherches dans lesquelles leurs parents ou grands-parents ne s’étaient pas lancés, ces sujets étant alors souvent trop douloureux pour eux.
Des restitutions ont également lieu- et c’est relativement nouveau – à l’initiative du ministère de la Culture et des musées eux-mêmes, qui identifient les propriétaires des œuvres spoliés et recherchent leurs ayants droit, sans attendre la demande éventuelle des familles Lire la suite
![]() |
![]() |









































