Israël, l’autre pays des séries
Le fil culture | La troisième saison de « Fauda » est sortie ce jeudi en Israël. Une histoire qui a séduit le monde entier et distinguée par le New York Times dans un récent classement pour la décennie.
Israël confirme être l’un des pays les plus créatifs en matière de séries. Mais comment expliquer cette renommée ?

Des soldats rentrés de captivité au Liban (Hatufim, inspiratrice de Homeland), un père arabe qui enquête sur le meurtre de son fils (Our boys), un artiste contrarié issu d’une famille ultra-orthodoxe (Shtisel), un psychologue qui cherche aussi à se soigner (BeTipul devenu In Treatment), une chirurgienne et sa famille pris en otage chez eux (Hostages), des policiers bras cassés (Hashoter Hatov) et, bien sûr, des commandos têtes brûlées infiltrés dans les territoires palestiniens (Fauda, qui est sortie ce jeudi en Israël et en avril 2020 sur Netflix)…
Entre leurs versions originales et leurs adaptations à l’étranger, voilà près de dix ans que les séries israéliennes ont conquis les téléspectateurs de par le monde. Le New York Times vient d’ailleurs d’en distinguer deux dans son tout récent classement des séries de la décennie : Fauda, en huitième position, et Hatufim, en première place ! (devant Sherlock, pour la Grande-Bretagne, puis Le Bureau des légendes)
Avec un peu moins de 9 millions d’habitants (autant que la Suisse ou l’Autriche), Israël est devenu un pays éminent en la matière, à l’instar des pays scandinaves. Pour Tamar Kay, scénariste et réalisatrice, les Israéliens disposent de la qualité essentielle pour fabriquer une bonne série :
Nous aimons raconter des histoires. Nous sommes des storytellers, c’est lié à notre religion.
« Prenez la fête de Pessah, la Pâque juive : on est en famille et l’on raconte ce qui est arrivé au peuple d’Israël quand il s’est enfui d’Égypte. Cela se transmet de génération en génération, car la religion nous demande de perpétuer cette histoire ».
Nous sommes le peuple du Livre ! C’est en nous. Peut-être également que la nation juive a dû se réinventer à chaque fois durant son histoire pour trouver sa place. Cela nous a rendus créatifs.

Les conflits comme source d’inspiration
Mais l’argument est un peu court : d’autres pays, en Europe ou en Afrique par exemple, ont une solide tradition du conte et du récit, sans pour autant percer dans la production internationale. Alors pourquoi Israël ?
« Notre société a vécu le terrorisme, on a l’armée et l’occupation. Notre société est divisée entre laïcs et orthodoxes ou ashkénazes et séfarades », explique Karni Ziv, responsable des fictions au sein du groupe audiovisuel Keshet, propriétaire de Channel 12, la chaîne la plus populaire du pays.
70 ans après la création d’Israël, nous sommes toujours clivés, instables et de plus en plus polarisés.
Pour Tamar Kay, cette complexité est un terreau fertile :
On est un pays très petit mais avec tellement de cultures et de sous-cultures ! Il n’y a pas que le conflit israélo-palestinien ou bien les conflits religieux. Il y a une multitude de conflits liés à ces sous-cultures. Les conflits sont un carburant à bonnes histoires.
La jeune femme de 34 ans sait de quoi elle parle. Tête nue, longs cheveux noirs lâchés et tenue décontractée, elle a pourtant grandi dans une famille religieuse très observante de Jérusalem avant de rompre avec cette tradition.
Cette communauté orthodoxe est ainsi le théâtre de sa série Unchained (Matir Agunot), diffusée sur la chaîne publique Kan 11. « À la base, les gens s’intéressent d’abord aux histoires qui se déroulent dans des sociétés aux cultures plus observantes auxquelles ils n’ont pas forcément accès. Mais beaucoup de nos séries parlent de concepts universels comme ces femmes qui veulent s’émanciper de la religion. »
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