Un refuge qui sauve des vies. L’association Bat Melech

Noah Kurman est avocat auprès du Beth Din lorsqu’il créé l’association Bat Melech, il y a plus de 20 ans. Une des femmes qu’il représentait lui a confié qu’elle s’était sauvée de chez elle pour échapper à son mari violent.

Elle vivait depuis, avec son bébé de 2 mois, dans le lobby d’un hôtel. Ne pouvant rester indifférent, Noah Kurman se préoccupe de trouver une solution temporaire à cette femme dans la détresse, puis se donne la mission de fonder un véritable refuge pour ces victimes.

Depuis sa création, l’association Bat Melech est venue en aide à 1300 femmes et 6500 enfants. Nous nous sommes entretenus avec Tzilit Yaacobson, la directrice de Bat Melech.

 

Le point de non-retour

Bat Melech possède deux refuges dans le pays, destinés aux femmes issues des milieux religieux ou traditionalistes.

 »D’autres refuges de ce type existent, notre particularité est que nous proposons un environnement cacher et dans le respect des traditions religieuses », résume Tzilit.

»Notre action se décline aussi autour d’une ligne d’urgence et d’écoute ainsi qu’un département juridique qui accompagne les femmes dans leurs différentes démarches, comme celle de l’obtention du guett ».

Les femmes qui sont recueillies au sein de Bat Melech vivent un véritable calvaire (voir le témoignage). Leur vie est véritablement en danger et toutes les solutions ont été épuisées. Elles sont orientées dans ces centres par les services sociaux ou les hôpitaux.

 »Le terme de refuge peut donner une fausse impression de ce que sont les logements que nous offrons à ces femmes. Il s’agit véritablement de maisons au sein desquelles les besoins de première nécessité sont totalement pris en charge. Les pensionnaires y vivent pendant une durée limitée, de 6 mois à 1 an, avec leurs enfants. Elles y effectuent une convalescence qui va littéralement leur sauver la vie. A leur arrivée, elles ont tout perdu, elles souffrent énormément et doivent tout reconstruire. Au sein de Bat Melech, elles recommencent à respirer, à se considérer comme un être humain, une femme, une maman, toutes ces conditions qui leur avaient été retirées par leur conjoint violent ».

Les enfants, aussi, sont des victimes. Même s’ils n’ont pas toujours subi directement la violence, ils en ont été témoins. Dès le plus jeune âge, ils ressentent tout.

Penser au jour d’après

L’objectif de Bat Melech est de préparer ces femmes à reprendre une vie normale, de les aider à effacer les traces.  »Il existe de nombreux types de violences », précise Tzilit,  »économique, sexuelle, spirituelle, physique, affective. On ne peut pas établir de hiérarchie entre elles, elles sont toutes destructrices ».

Bat Melech aide donc ces victimes et leurs enfants à construire leur avenir, en leur offrant du réconfort, de la protection mais aussi tous les outils nécessaires. Une équipe de professionnels les accompagne.  

»Nous couvrons tous les domaines : de l’aide juridique, à l’obtention de bourses pour des études ou à l’assistance pour trouver un emploi. De plus, les femmes vivent dans un environnement idéal pour partager et ainsi revivre dans une ambiance familiale et chaleureuse avec les autres pensionnaires ».

Lorsqu’une femme sort du refuge, elle n’est jamais laissée seule, les professionnels de Bat Melech sont toujours à ses côtés. Elles réussissent ainsi à se réinsérer, parfois à se remarier.  »Nous leur apprenons à choisir ce qui est bon pour elle, nous les convainquons qu’elles ont la capacité de choisir ».

 »Ce n’est pas uniquement le combat des femmes »

Tzilit Yaacobson tire la sonnette d’alarme.  »Nos sociétés ne sont pas suffisamment conscientes des dégâts causés par la violence conjugale. Ce phénomène touche tous les secteurs de la population ».

Mais comment aider ces femmes sans être intrusif?  »La question est délicate », reconnait Tzilit,  »Pour autant, on peut agir. Il suffit parfois d’un mot comme  »je suis là, si tu as besoin de quoi que ce soit. Sache que tu n’es pas seule », même si la femme nie ou refuse, elle sait que la porte est toujours ouverte, cela peut la sauver. Il faut faire preuve de tact et de douceur ».

Le secret donne encore plus d’espace à la violence, c’est pourquoi, il est important de tendre la main et d’inciter à le rompre.

Finalement, la clé se trouve dans les mains du législateur et de la justice.  »Il existe des programmes gouvernementaux, mais ils n’ont jamais été appliqués. Il ne s’agit pas que de chiffres ou de statistiques, la violence conjugale concerne des êtres humains qui souffrent ».

Autre vecteur d’action : l’éducation.  »Les filles et les garçons doivent être mis en garde et informés de ces comportements. Ce n’est pas juste le combat des femmes. Notre société porte une grande responsabilité, c’est pourquoi Bat Melech effectue un travail énorme d’information et d’éducation ».

Pour conclure, Tzilit nous confie rester optimiste :  »Je sais que malgré la douleur immense, on peut réparer le mal qui a été fait. Mon cœur se serre quand je pense à ces femmes et à leurs enfants, le travail est encore long mais l’espoir est réel ».

Pour aller plus loin :

www.batmelech.org

Ligne d’urgence : 1-800-292-333*

Guitel Ben-Ishay

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