L’assaillante du policier de la DGSI, Inès Madani, dont Le Point.fr publie l’avis de recherche, était classée « individu dangereux ». Née le 15 mars 1997 à Tremblay-en-France au sein d’un couple mixte, elle était fichée S pour avoir exprimé le souhait de rejoindre la Syrie et manifesté l’intention de conduire une opération djihadiste.
Elle aurait laissé une lettre d’adieu à sa mère confirmant sa volonté de vouloir conduire une opération-suicide. Selon RTL, elle portait sur elle une deuxième lettre dans laquelle elle prêtait allégeance à l’État islamique. Après avoir abandonné précipitamment la voiture de son père, chargée de bonbonnes de gaz, auxquelles elle souhaitait mettre le feu pour les faire exploser, elle se serait disputée avec ses complices, avant de s’enfuir.
Un attentat pour venger Al Adnani ?
Selon les informations de RTL toujours, les trois femmes auraient confirmé qu’elles préparaient une « opération imminente » et exprimé, dans leurs premiers interrogatoires, leur intention de vouloir venger la mort d’Abou Mohamed Al Adnani, le « ministre des attentats » de Daech. Ce dernier a été tué en Syrie par une frappe de la coalition fin août. Son décès a été confirmé la semaine dernière. Ce qui laisse entendre que les bonbonnes de gaz retrouvées dans la capitale pouvaient servir à la préparation d’un attentat. Aucun dispositif de mise à feu n’a pourtant été retrouvé dans le véhicule, garé rue de la Bûcherie, feux de détresse allumés. Seuls trois récipients contenant du gasoil, une matière moins inflammable que l’essence, se trouvaient à bord de cette Peugeot 607.
Les investigations se poursuivent
Quatre autres personnes fichées S, deux couples, avaient déjà été arrêtées avant jeudi. Ces individus étaient connus des services spécialisés pour leur implication dans la mouvance islamiste radicale. Pour autant, ce ne sont pas les deux hommes (deux frères : Abderrahmane et Ibrahim D.), originaires de Châlette-sur-Loing (Loiret), mais leurs femmes qui semblent, à ce stade, impliquées dans ce projet d’attentat avorté.
Cette commune de 12 000 habitants, située en périphérie de Montargis, intéresse depuis longtemps les services de renseignements et les policiers antiterroristes. Le 12 janvier 2015, des perquisitions y avaient eu lieu pour vérifier qu’Amedy Coulibaly n’y disposait pas d’un appartement.
Le commando de filles neutralisé jeudi soir dans l’Essonne est soupçonné d’avoir voulu faire exploser dimanche dernier au petit matin la Peugeot 607 aux abords de Notre-Dame en employant un torchon brûlé qui a été retrouvé dans la berline. Faute de chaine pyrotechnique, le dispositif n’a pas fonctionné puisque n’étant relié à rien.
Présentées comme «très dangereuses», Inès, la fille âgée de 19 ans du propriétaire de la 607 fichée S depuis ses velléités de départ vers la Syrie et son amie Sarah, 23 ans, se sont ensuite données rendez-vous au domicile d’Amel, 39 ans. Armées d’un couteau et vêtues de noir, elles sont ressorties jeudi soir pour tenter en vain commettre ce que Bernard Cazeneuve a appelé «des actions violentes et imminentes» dont la nature n’as pas été précisée.
Essonne : trois femmes interpellées soupçonnées de projeter un attentat
Trois femmes ont été interpellées dans la soirée de jeudi 8 septembre à Boussy-Saint-Antoine (Essonne), dans le cadre de l’enquête sur la voiture contenant des bonbonnes de gaz retrouvée le week-end dernier en plein Paris. « Ces jeunes femmes, âgées de 39, 23 et 19 ans, radicalisées, fanatisées, préparaient vraisemblablement de nouvelles actions violentes, et de surcroît imminentes », a déclaré le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, lors d’une allocution place Beauvau.
Les enquêteurs ont perquisitionné l’appartement de Boussy-Saint-Antoine, occupé par les trois jeunes femmes, dont une aurait été en contact sur Internet avec Hayat Boumeddiene, la veuve d’Amedy Coulibaly, le terroriste de l’Hyper Cacher dans le XXe arrondissement à Paris. Visée par un mandat d’arrêt international, Hayat Boumeddiene avait fui la France peu avant les attentats de janvier 2015 et aurait rejoint les rangs de l’Etat islamique (EI), quelque part en Syrie.

Hayat Boumeddiene présumée à droite du porte-parole de Daesh sur l’image.
Aurait-elle embrigadé ces trois jeunes femmes pour les pousser à passer à l’acte ? Les investigations en cours devront le déterminer.
« On est arrivés dès le début, relate l’un d’eux. J’ai vu trois femmes en djellaba avec des couteaux à la main. Une a été arrêtée devant moi. Les deux autres ont fui. On a entendu des coups de feu. »…
Tandis que des policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) s’apprêtaient à interpeller les suspectes, l’une d’elles a agressé au couteau un fonctionnaire, qui a été blessé à l’épaule. Ses jours ne sont pas en danger, a précisé le ministre. Un de ses collègues a répliqué en faisant usage de son arme, blessant l’assaillante à la cuisse et à la cheville. Selon une source proche de l’enquête, l’agresseuse, Ines, 19 ans, est la fille du propriétaire du véhicule dans le coffre duquel les policiers ont découvert les bonbonnes de gaz.
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Cette enquête inédite, de par le profil de ses protagonistes, essentiellement des jeunes filles, a débuté dans la nuit de samedi 3 au dimanche 4 septembre, lorsqu’un employé de bar découvre un véhicule stationné sans plaque d’immatriculation, feux de détresse allumés, près du quai de Montebello, non loin de la cathédrale Notre-Dame. Une bonbonne de gaz, qui se révélera vide, est posée sur le siège passager. A leur arrivée, les policiers découvrent dans le coffre cinq autres bonbonnes, remplies celles-là, mais sans dispositif de mise à feu.
« Course contre la montre »
La section antiterroriste du parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire dimanche matin. Le soir même, quelques heures après la découverte de la voiture, son propriétaire, père de cinq filles, lui-même connu pour des faits anciens de prosélytisme, signale la disparition de l’une d’elle, connue des services de renseignement depuis 2015 pour ses velléités de départ en Syrie. Il la soupçonne d’être en chemin.
Dans les jours qui suivent, quatre personnes sont placées en garde à vue. Mardi, c’est une jeune femme de 29 ans originaire de Montargis, dans le Loiret, elle aussi fichée, qui est interpellée avec son compagnon, âgé de 34 ans, sur une aire d’autoroute à Orange, dans le Vaucluse.
Cette jeune femme est fortement suspectée d’être impliquée dans le dossier des bonbonnes de gaz. Le lendemain, le frère de son compagnon, âgé de 26 ans, et sa compagne, 26 ans elle aussi, tous deux originaires de Châlettes-sur-Loing, dans le Loiret, sont à leur tour placés en garde à vue.
Alertés par la disparition d’Ines, qu’ils soupçonnent d’être toujours en France, les enquêteurs engagent un important travail d’enquête et d’exploitations techniques pour la retrouver. La « course contre la montre », qu’a évoquée le ministre jeudi soir, s’engage. La DGSI s’aperçoit que le téléphone d’une autre jeune femme, également dans les radars des services, borne en région parisienne. Selon une source policière, un projet d’attaque imminent contre des gares est évoqué dans des conversations.
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Donneur d’ordre situé en zone irako-syrienne
Les enquêteurs découvrent également que les jeunes filles sont en relation avec un donneur d’ordre situé en zone irako-syrienne. Ces dernières semaines, plusieurs projets d’attentats déjoués ont été pilotés à distance par Rachid Kassim, un djihadiste roannais très actif sur les réseaux sociaux. Il est considéré comme l’instigateur du meurtre d’un prêtre dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, le 26 juillet.
En remontant les fils de ce commando de filles, les enquêteurs identifient un appartement, à Boussy-Saint-Antoine, susceptible de servir de planque à Ines et à ses complices. Jeudi, des enquêteurs en planque dans une voiture banalisée attendent devant l’immeuble en vue de lancer une perquisition. Les trois jeunes filles descendent. Ines aperçoit le véhicule et se précipite pour attaquer au couteau un fonctionnaire par la fenêtre, avant d’être blessée à son tour.
« La France est confrontée à une menace inédite aux ressorts protéiformes, a insisté jeudi soir Bernard Cazeneuve. Recrutés, endoctrinés par des terroristes en zone irako-syrienne, des individus aux profils très différents sont conditionnés pour passer à l’acte sur notre sol. »
Si le sexe et l’âge des suspects interpellés depuis le début de cette enquête interrogent, le mode opératoire d’un de leurs projets est anticipé de longue date par les services. Auditionné en mai à huis clos devant la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015, Patrick Calvar, patron de la DGSI, avait ainsi dit être persuadé que les terroristes « passeront au stade des véhicules piégés et des engins explosifs ».
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Source sur lemonde.fr/police-justice/article
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