
Vers un Moyen-Orient remodelé par Israël
Depuis l’effondrement du régime de Bachar al-Assad et l’arrivée au pouvoir d’Ahmad al-Shar’a en Syrie, les équilibres au Moyen-Orient connaissent de nouveaux bouleversements. Contrairement aux premières impressions, la chute de l’ancien pouvoir syrien n’a pas éloigné l’idée d’un rapprochement avec Israël. Bien au contraire, selon l’éditorialiste Tony Khoury, publié dans le quotidien libanais Al-Nashra, les conditions politiques et diplomatiques actuelles rendent un accord entre Damas et Tel-Aviv plus envisageable que jamais.
Une fenêtre de négociation pour la Syrie
Khoury souligne que, malgré la réputation radicale d’al-Shar’a, issu d’un mouvement extrémiste, la réalité du terrain pousse le nouveau régime syrien vers des discussions avec Israël. Depuis son arrivée au pouvoir, l’armée israélienne a annexé certaines zones syriennes, détruit une partie des capacités militaires locales et traité les responsables de Damas avec un mépris ouvert. Dans ce contexte de fragilité, la Syrie serait davantage disposée à rechercher un accord de sécurité, voire une normalisation.
Les États-Unis jouent un rôle déterminant. Washington exerce une pression intense sur le gouvernement syrien et en particulier sur son nouveau dirigeant, avec l’objectif d’aboutir à un accord avant la fin de l’année. Cette pression ne vise pas seulement une normalisation formelle : elle s’inscrit dans une stratégie plus large destinée à remodeler l’équilibre des forces régionales et à affaiblir l’influence de l’Iran, allié historique de l’ancien régime syrien.
La comparaison avec le Liban
Pour Khoury, la voie vers un accord entre Israël et la Syrie paraît plus simple que celle avec le Liban. La raison tient avant tout à l’histoire récente : si le Liban a connu des décennies de conflits sanglants et de guerres directes avec Israël, la Syrie n’a pas vécu d’affrontements de cette intensité depuis longtemps.
Au Liban, ces affrontements ont laissé une empreinte profonde dans la conscience collective, créant une barrière psychologique et politique qui rend tout projet de normalisation difficilement acceptable, quelles que soient les circonstances. À l’inverse, la mémoire syrienne reste marquée par une stagnation politique vis-à-vis d’Israël, en dépit de l’occupation israélienne du plateau du Golan. Pour l’opinion publique syrienne, le conflit n’a pas la même charge émotionnelle que pour les Libanais, ce qui ouvre un espace de manœuvre plus large au plan diplomatique.
Le dilemme libanais : le Hezbollah
Au-delà de l’héritage des guerres passées, le Liban fait face à une difficulté supplémentaire : la question des armes du Hezbollah. Selon Khoury, il s’agit du problème central qui empêche toute avancée majeure vers Israël. Pour la première fois depuis sa création, le mouvement chiite se retrouve confronté à des pressions extérieures visant directement son arsenal.
L’importance de ce dossier a été soulignée par le sénateur américain Lindsey Graham. Il a évoqué la possibilité d’un accord de défense mutuelle entre Washington et Beyrouth, à condition que le Liban prenne des mesures concrètes pour désarmer le Hezbollah. Cette perspective illustre à quel point le Liban demeure un acteur prioritaire pour les États-Unis, davantage encore que la Syrie, dans la dynamique régionale liée à Israël.
Une stratégie américaine globale
La ligne directrice américaine est claire : pousser la Syrie et le Liban sur la voie de la normalisation avec Israël, tout en réduisant le rôle de l’Iran et en affaiblissant le Hezbollah. Dans ce schéma, al-Shar’a est décrit par Khoury comme un dirigeant pressé de négocier, malgré son passé idéologique. Les pressions américaines parient sur sa volonté d’adaptation aux réalités politiques et militaires de son pays.
Au Liban, la tâche est autrement plus complexe. La normalisation ne dépend pas seulement de la volonté du gouvernement, mais aussi de la capacité à traiter un dossier explosif : celui de la milice la mieux armée du pays. Entre pressions internationales et divisions internes, Beyrouth se retrouve face à un choix stratégique qui pourrait redéfinir ses relations régionales et sa sécurité intérieure.
Jforum.fr
![]() |
![]() |





































