Varian Fry: le Juste américain (vidéo)

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Mort en 1967 à l’âge de 59 ans, Varian Fry est l’un des héros les plus méconnus de la seconde guerre mondiale, comparable à Raul Wallenberg ou Oskar Schindler.

Figure légendaire en Israël, il est depuis 1996 le premier américain à être reconnu comme “Juste” par l’État hébreu.

Résistant avant l’heure, Varian Fry a une mission: une liste de 200 personnes à sauver menacées par les nazis et la politique de Vichy.

Il va l’allonger et permettre à près de 2000 personnes de s’échapper de Marseille, devenue souricière. Parmi eux, Hannah Arendt, André Breton, André Masson…

Pour certains, il est un Schindler inconnu.

Jeune journaliste libéral, Varian Fry se trouve le 15 juillet 1935 à Berlin et assiste à de cruelles séquences d’un pogrom qui l’a précisément renseigné quant à l’antisémitisme des sbires d’Hitler.

Les Etats-Unis sous la houlette d’Eleanor Roosevelt cherchent un homme rusé et discret pour faire sortir de France les artistes et personnalités persécutées.

1er épisode : Varian Fry, l’homme inespéré

Il a 32 ans quand il débarque à Marseille le 14 août 1940, deux mois après la défaite de la France et un an et demi avant que les États-unis ne se laissent enfin entraînés dans la guerre.

Varian Fry offre une vitrine « humanitaire » pour les autorités, mais travaille dans la plus totale clandestinité. Grâce à l’aide des réfugiés même, de petits bras de la mafia, et de l’inventivité des hommes face à l’urgence, il se décrit lui-même comme : « Un cheval de course attelé à un chariot de pierres ».

Il écrit ses mémoires après-guerre, mais elles ne seront traduites en France qu’un demi-siècle plus tard.

Dès septembre 40 s’inventent les premiers réseaux clandestins autour de Varian Fry.

Artistes évadés ou sur la liste des arts « dégénérés »,  surréalistes, hommes et femmes fuyant l’Europe centrale, l’Espagne, l’Italie et le nazisme, s’informent et travaillent dans des coopératives qui leur permettent de se déplacer en échappant aux rafles.

Les artistes fabriquent des faux papiers, Varian Fy ouvre un bureau dans une chambre de l’hôtel Splendid à Marseille et tape ses rapports pendant que l’eau de la baignoire coule.

Son bras droit Daniel Benedicte, entré jeune au cabinet de la préfecture de Paris en 1934, fait jouer ses réseaux. Pas d’amateurs, que des bonnes volontés.

 

Il faut sortir de la souricière. Pétain est acclamé sur la Canebière et à deux pas de ces fanfares nationales vit Simone Weil.

Réfugiée parmi les réfugiés, elle s’est donnée pour mission de connaître les conditions des camps d’internement en France (Espagnols, Juifs allemands, etc.).

Elle tient tête à la police, archive inédite (trouvée par Robert Mencherini) et arrive à faire limoger un lieutenant féroce. “La dame au manteau gris et aux yeux fous” est pourtant elle-même visée par la gestapo.

Les rafles font rage. Marx Ernst s’échappe du Camp des Milles. Walter Benjamin tente de s’échapper par les Pyrénées. On se donne des nouvelles au café « les brûleurs de loups », intellectuels, artistes s’y retrouvent.

Enfin, un havre de paix ouvre ses portes : la villa Air Belle – “Château espère Visa” ouvert par le réseau Varian Fry dans un discret quartier de Marseille.

Dans cet interstice marseillais s’inventent la résistance et le jeu de Marseille, œuvre collective surréaliste.

La vie ne tient qu’à un fil, des cadavres exquis font passer l’attente.

Tandis que Varian Fry allonge la liste des “hommes et femmes à sauver”. Les filières échouent par l’Espagne. La mer devient à conquérir.

« Un coup de dés n’abolira jamais le hasard », mais les visas sont obtenus : à quoi bon retenir cette « racaille » selon les termes de Vichy.

Visas en poche, ils peuvent gagner les Etats-Unis et le Mexique, mais doivent braver le blocus anglais à bord du Capitaine Paul Lemerle.

Le navire embarque à bord André Breton, Anna Seghers, JC. Lévi-Strauss, Wifredo Lam, Serge Victor, le 29 mars 1941.

Avec : Alain Paire, galeriste et journaliste, son film est visible ici : https://vimeo\.com/234693106 ; Charles Jacquier, auteur et éditeur ; Robert Mencherini, professeur d’université en histoire contemporaine ;  Emmanuelle Loyer, professeur d’histoire contemporaine à Sciences Po ; Adrien Bosc et Daniel Maximin, auteurs ; Jean-Michel Guiraud, historien et président de l’association Varian Fry France. Guillaume Theulière, conservateur au Musée Cantini de Marseille. 

Un documentaire de Nedjma Bouakra, réalisé par Julie Beressi. Prise de son Thibaud Nascimben. Mixage : Alain Joubert. Archives INA : . Recherche et documentation sur Internet, Annelise Signoret. 

Pour en savoir plus :

Varian Fry – Livrer sur demande… Quand les artistes, les dissidents et les Juifs fuyaient les nazis (Marseille, 1940-1941). Collection « Éléments ». 504 pages. Ed : Agone

Midi rouge, ombres et lumières : Tome 3, Résistance et Occupation (1940-1944) collectif dont Robert Mencherini

Varian Fry and the Emergency Rescue Committee : rapport sur le Centre américain de secours de Marseille, rédigé par Daniel Bénédite en août – septembre 1941

Site de l’Institut Varian Fry et de la Fondation Chambon (du nom du village de Chambon sur Lignon)

Justus Rosenberg était le plus jeune parmi les intellectuels, artistes et écrivains sauvés par Varian Fry et son réseau. Il témoigne ici pour l’International Rescue committee (fondé en 1933 par Einstein)

franceculture

www.varianfry.org

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