VAETHANAN 5782: S’introspecter ou savoir évaluer (vidéo)

La sidra de Vaethanan est toujours lue après le jeûne de 9 beav, pour ce shabbat de consolation qui est surnommé « shabbat nahamou » (de consolation) d’après les deux premiers mots de la haftara extraite des prophéties d’Isaïe : « Nahamou, nahamou âmi » (נחמו נחמו עמי) et c’est le premier des 7 shabbatot de consolation.
Il y a quelques semaines nous avons relu les noms de toutes les 42 étapes dans lesquelles nous avons séjourné dans le désert et, à nouveau, il y a une semaine nous avons, rappelé les noms de toutes ces stations pour nous aider à nous remémorer tous les évènements qui ont jalonné notre périple.
Pour quelles raisons rappelons-nous encore une fois ces 42 noms ? Les Sages pensent qu’à chaque fois, les 600,000 hommes qui sont sortis d’Egypte procédaient à une rétrospective et à une introspection sur les événements qui ont jalonné cette route et pourquoi ils se sont ainsi perpétrés et nos ancêtres procédaient à une introspection.
Cette portion hebdomadaire de Torah débute par le fait que Moïse déclare au peuple qu’il a adressé à D. une dernière supplique : celle de lui pardonner ses fautes et de le laisser entrer dans le pays. D. a refusé tout en accédant tout de même au désir de Moïse en lui permettant d’embrasser du regard ce beau pays que D. offre à Son peuple.
Les Sages exégètes tout au long des siècles s’interrogent à propos de ce « déploiement de force » de Moïse pourquoi n’a-t-il pas adressé cette prière à HaShem du temps où Aharon était encore en vie ? L’une des réponses est qu’HaShem ayant annoncé à Moïse qu’il devrait préparer Eléazar le fils d’Aharon à devenir prêtre à la place de son père, le grand prophète sembla comprendre qu’HaShem n’ayant pour le moment pas encore désigné de successeur il se pourrait qu’il ait une chance pour se faire pardonner et annuler la décision divine.

En réalité, cette supplique avait une motivation très particulière : Moïse qui avait écrit toute la Torah était bien placé pour savoir que sur les 613 commandements, plus de la moitié d’entre eux ne concernait que les commandements attachés uniquement au fait de résider en terre d’ ISRAËL !!

Moïse avait recensé entre autres commandements deux mitsvoth qui pourraient lui permettre de voir s’ajouter des mérites à son actif et qui ne seraient pas perçues comme voulant « profiter » : la première étant de « marcher » dans le pays (koum vehithalekh baarets beorka ouberohva) et le fait de prélever la hala sur la pâte du pain qui est une telle mitsva qu’elle peut, à elle seule, faire pardonner bien des fautes. Moïse donc ne demandait pas d’avoir une prolongation de jours mais de pouvoir augmenter ses mérites et faire effacer cette faute qui lui a valu de ne pas pénétrer dans ce pays.
Moïse, nous confie le midrash, dans sa prière invoqua le fait qu’il s’était chargé de prendre les ossements de Joseph tout au long des 40 ans de pérégrinations dans le désert pour que ses descendants l’enterrent dans sa portion de terrain acquise par Jacob pour Joseph. Et pourquoi, lui Moïse qui avait été un fidèle serviteur, n’aurait-il pas ce mérite d’être enterré en cette terre offerte par D. ? La réponse qu’il reçut fut que, même Joseph réduit en esclavage chez les égyptiens, même lui, se réclama de son identité d’Hébreu. Tandis que toi Moïse, lorsque les filles de Yétro t’ont présenté comme Mitsri (égyptien) tu n’as pas rectifié cette erreur. Aussi, Joseph aimait le pays il y sera enseveli mais pas toi. Un autre midrash enseigne que lorsqu’aura lieu la résurrection des morts, c’est par les mérites de Moïse que tous ceux qui auront été enterrés en dehors d’Israël reviendront ici.

Moïse va nous enseigner l’humilité et l’espoir en le pardon et la repentance et en l’obéissance sans limite ni condition à D.

De même que nous l’avons vu dans la sidra de Mass’ê Moïse va rappeler qu’en entrant et en prenant possession du pays, nous devrons le purifier de toute trace d’idolâtrie en éliminant tous les idolâtres installés dans le pays.
Le camp d’Israël se trouve méêver ‘haYarden מעבר הירדן c’est-à-dire de l’autre côté du Jourdain.
Le Yarden, le Jourdain est un fleuve qui borde Eretz Israël du côté oriental alors que la mer méditerranée le borde du côté occidental.
Le Jourdain dont la source se trouve à Tibériade descend et sépare Eretz Israël de la Jordanie et, franchir le Jourdain pour prendre et occuper le pays que D. nous donne marque une ascension, une montée עליה tant sur le plan spirituel que matériel alors que franchir le Jourdain pour sortir d’Israël est une yérida ירידה de même que passer de Jordanie à Israël revient à passer du rêve à la réalité, de la prophétie (חיזיון) à ce qui est beaucoup plus concret et qui touche à l’ouïe (שמיעה). Passer donc du spirituel au matériel.
En évoquant la « Montagne » Moïse fait allusion au Mont Moriah et donc à Jérusalem et lorsqu’il parle du Liban, Rashi nous enseigne qu’en réalité il parle d’un lieu où les péchés sont blanchis (Liban en hébreu = Levanon de la racine Lavane = blanc) et de cette façon, en citant Jérusalem et le beith hamikdash (temple) il fait allusion aux cieux dans lesquels réside HaShem mais qui réside aussi dans ce monde et, dans le verset où Moïse dit que D est Unique dans le Ciel comme sur la Terre et qu’il n’y a rien ni personne comme Lui.
Dans la Haftara, est évoquée l’histoire de Rahab. Et là, je voudrais faire une pause sur cette héroïne biblique qui va être récompensée de ses actes héroïques en épousant Josué cet homme admirable qui, a succédé à Moïse.
En effet, la Bible parle de Rahab en disant : « hazona » et, ceux qui ne comprennent pas toujours l’hébreu ou qui ne lisent pas les commentaires traduisent tout simplement : « la prostituée ». Or, c’est bien mal expliquer car le mot nourriture ou MAZON vient de la racine ZANE nourriture, quelqu’un qui est nourri on dit qu’il est « NIZANE ». La raison pour laquelle il est écrit HAZONA c’est parce qu’elle est aubergiste et il est donc de sa profession de nourrir ses hôtes. Il est vrai que ces deux mots sont très proches mais comme je l’ai dit : pour le premier le deuxième vocable « zona » prostituée vient de la racine ZAYINE qui évoque non seulement des armes mais aussi le membre viril.
Rahab s’exclame presqu’entièrement comme Moïse sans s’exprimer, toutefois, sur l’Unicité de D. dans tout l’Univers mais elle laisse s’installer une scission entre ciel et terre alors que D. en « habitant » au sein de Son peuple remplit tous les espaces en haut en bas et entre les deux. Les nuages en descendant sur la montagne du Moriah relient les sphères supérieures aux inférieures et en priant et en exécutant les mitsvoth de la Torah, les sphères inférieures rejoignent le monde supérieur où se trouve le Trône céleste.
La haftara va regonfler notre espoir national en nous consolant pour la perte de notre Temple mais en nous donnant l’espoir de voir le pays se repeupler et attendre l’avènement du Mashiah ainsi que nous espérons retrouver le chemin du temple renouvelé et reconstruit. Josué et Rahab vont composer ensemble le chant de clôture des trois offices journaliers : « Alénou léshabeah » (nous devons glorifier).
Par ce mot de « vaethanan » (ואתחנן) Moïse est déçu d’avoir supplié HaShem et de ne pas avoir été exaucé. La valeur numérique de vaethanan est 515 tout comme le mot tefila (תפלה) et nous allons tout de suite apprendre à quoi cela correspond. La bouche qui va prier et exprimer toutes nos pensées possède une puissance énorme autant qu’une hache (garzen en hébreu גרזן) dont la valeur numérique est de 260. Nous apprenons du verset des Tehilim (121,1) J’élèverai mes yeux vers les montagnes : אשא עיני אל ההרים que lors de la prière nous devons nous efforcer de nous élever et pas seulement notre regard mais notre esprit et notre âme, nos sentiments et nos instincts non pas vers les montagnes mais vers nos parents (nos patriarches) pour tenter de dépasser nos valeurs et accéder aux leurs et en conséquence ne pas lire « harim » (הרים ) mais bien « hourim » (הורים). Lorsque Moïse dont la grandeur spirituelle (entre autres) est incommensurable supplie HaShem de lui permettre de rentrer dans le pays et de lui pardonner ses fautes, il multiplie ses motivations et on en dénombre 515 : « de manière à pouvoir observer dans le pays les mitsvoth propres à la Terre d’Israël » étant donné qu’existent des mitsvoth propres à Eretz Israël (comme le maâsser), commandements qu’il n’a pu pratiquer jusqu’alors. Moïse au cours de son plaidoyer pour lui-même évoque la peine qu’aurait Yokhéved, sa mère, de devoir perdre ses trois enfants !Il a élevé ses suppliques jusqu’aux patriarches dont la dimension est de dix « amot » mesure correspondant à 260.
Or, ces dix amot qui représentent la dimension des patriarches ou 260 sont le résultat de dix fois la force du Tétragramme et c’est pourquoi l’image de la hache est utilisée car la valeur numérique de ce mot est de 260 ce qui signifie tout simplement que la prière de quelqu’un qui prie en se référant à la force des patriarches porte comme un coup de hache vers les cieux.
Le Midrash nous enseigne qu’une prière devrait toujours être exaucée mais, que pour chaque motif il existe une « quotation », ainsi une prière peut être une simple prière ou un cri ou un cri déchirant et cela peut être accompagné de pleurs et de soupirs et, selon, ces prières elles pourraient être exaucées en 3 jours ou en 14, en un mois ou en 40 jours en partie ou totalement. En se rapportant aux livres des prophètes ou dans la Guemara, on peut retirer des exemples comme celui d’un enfant qui argumenta, pria et supplia HaShem de rendre la vie à son père et vit sa demande exaucée après qu’il eût versé 370 larmes. Ainsi tout dépend de la force et de la détermination de nos propos lorsque nous formulons nos vœux (prières), ainsi, la femme du prophète Obadia après le décès de celui-ci vint trouver le prophète Elisha et elle ne fut « entendue » qu’après qu’elle ait adressé ses cris (tsaâka )צעקה qui équivaut à 265 et avoir ajouté ses larmes.
Cependant, tout ceci n’est rien comparativement aux 515 prières et suppliques que Moïse a adressé à D. En effet, Moïse rapporte au peuple que l’Eternel S’est emporté contre le grand prophète en lui disant :
רַב-לָךְ–אַל-תּוֹסֶף דַּבֵּר אֵלַי עוֹד, בַּדָּבָר הַזֶּה. Assez! Ne me parle pas davantage à ce sujet (Deutéronome III, 26)
Les commentaires sont nombreux à ce sujet mais je ne vais en citer que deux dont celui de Rashi qui analyse la réponse du Créateur mettant un terme aux suppliques de Moïse : arrête toi car tu auras de bien plus grandes récompenses et d’autre part, en nous appuyant sur le Zohar, nous pouvons comprendre ceci différemment et de manière sublime : Jusqu’à 120 ans, lorsque l’être humain décède, il doit passer devant six tribunaux qui jugent l’être humain d’après certains domaines. Le nom de D. selon Ses attributs de justice est Elokim soit une valeur de 86 et 86 x6 (tribunaux) donne un total de 516. Ce qui signifie que lorsque Moïse en priant et en suppliant 515 prières, en priant une fois de plus il aurait pratiquement « forcé » D. à lui pardonner ce que D. ne voulait pas. IL lui demande donc de s’arrêter car il ne peut obtenir ce qu’il demande. Et, D. ne voulait pas en arriver à une situation où IL obturerait les cieux pour ne plus avoir à entendre ces demandes. Comme l’exprime si bien l’auteur le prophète Jérémie :
סַכּוֹתָה בֶעָנָן לָךְ, מֵעֲבוֹר תְּפִלָּה. Tu t’es entouré de nuages, pour empêcher les prières de passer. (Lamentations 3,44).
Selon une deuxième optique, l’amour éprouvé par Moïse pour le pays peut laisser pantois : en effet, en considérant le fait que Moïse n’a pas hésité à mettre HaShem en colère alors qu’il savait que D. était tout-à-fait déterminé à ne pas le laisser fouler ce pays de ses pieds, juste « pour l’amour du pays » alors qu’aujourd’hui le pays est accessible et que le peuple dispersé hésite, au contraire, à accomplir la mitsva de yishouv haarets (de faire la âliya et de peupler la terre) de ce pays dont les sages affirment que l’air de ce pays suffit à rendre les gens intelligents. Ce qui fait défaut, aujourd’hui à une partie du peuple juif est la force spirituelle dont faisait preuve le roi Hizkiyahou (Ezéchias) et le peuple juif car, à l’époque, l’armée juive était très peu importante et pourtant ils étaient si forts dans leur émouna (foi et dans leur crainte du ciel) que D. leur accorda la victoire contre des centaines de milliers de soldats babyloniens et D. fit en sorte que Sennachérib fut assassiné par ses enfants et le pays fut ainsi débarrassé de ses envahisseurs.
La force spirituelle vient de l’étude de la Torah. A l’époque du roi Hizkiyahou, nous raconte le Talmud même les enfants (qu’ils soient filles ou garçons) étaient spécialistes dans les lois de pureté ou d’impureté, ce qui confirme que le peule étudiait la Torah de manière assidue !
Le Yalkout Shimôni, d’après le traité de Berakhot rapporte que D. demande à Moïse de former Josué sur quatre points principaux : le limoud Torah (étude de la Torah), le guemilouth hassadim (savoir accomplir de bonnes actions), la prière (qui est venue remplacer les sacrifices), et le savoir-vivre.

Selon le Yalkout Shimôni, le peuple qui se montrera attaché à ces principes sera un peuple renforcé que D. protègera, renforcera et bénira.

Caroline Elishéva REBOUH

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