Syrie: malgré la perte de son dernier bastion , l’EI reste une menace

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Photo : Derniers combats à Baghouz, via Mustefa Bali

Même après avoir perdu son dernier bastion syrien, l’État islamique reste une menace

Il aura fallu près d’un an aux Forces démocratiques syriennes [FDS], une alliance arabo-kurde soutenue par la coalition dirigée par les États-Unis, pour venir à bout des derniers restes du « califat » autoproclamé par l’État islamique [EI ou Daesh] dans le cadre de la dernière phase de l’opération Roundup, lancée en mai 2018.

Dans un premier temps, les FDS et la coalition sécurisèrent la partie sud-est de la frontière irakienne.

Un préalable avant de s’attaquer aux dernières positions tenues par les jihadistes sur la rive orientale de l’Euphrate.

Puis, en septembre, une offensive fut menée contre la ville de Hajine, où l’EI opposa une forte résistance tout en profitant des conditions météorologiques qui lui permirent de lancer des contre-attaques.

Une fois Hajine libérée, les FDS portèrent leur effort, en janvier, sur les village d’al-Chaafa et d’al-Soussa. Acculés, les jihadistes qui n’avaient pas rendu les armes se réfugièrent à Baghouz, localité qui devait alors être le théâtre de la « bataille finale » contre l’EI.

Lancée le 9 février, cette dernière, rendue compliquée en raison de la présence de nombreux civils, aura duré un peu plus d’un mois.

En effet, ce 23 mars, les FDS ont déclaré, via Mustefa Bali, un porte-parole, « la totale élimination du soi-disant califat et une défaite territoriale à 100% de l’EI ». Le président américain, Donald Trump, avait fait une annonce semblable 24 heures plus tôt.

« Donnez cette victoire à toutes les familles des martyrs et de nos blessés, ces héros dont les sacrifices n’auraient pas été vains. Après des années de grands sacrifices, nous annonçons au monde la disparition du soi-disant califat et renouvelons le vœu de poursuivre la guerre et de poursuivre ce qu’il reste des jihadistes jusqu’à leur élimination totale », a déclaré M. Bali, via Twitter.

Effectivement, le combat contre l’EI n’est pas terminé. Daesh est une « hydre dont il faudra en permanence contrôler qu’elle ne soit pas en train de se réveiller », notamment en Irak et en Syrie, avait en effet prévenu le général François Lecointre, le chef d’état-major des armées [CEMA], en mai 2018.

Et tout dépendra de « l’après », c’est à dire des solutions politiques, diplomatiques et militaires qui seront mises en oeuvre afin d’éviter que les conditions ayant permis l’émergence de Daesh puissent être réunies à nouveau.

Et justement, l’organisation jihadiste s’emploiera à faire dérailler tout processus de normalisation politique. Ainsi, prévient un rapport des Nations unies publié en février, que ce soit en Irak et en Syrie, elle « essaiera d’attiser les tensions sectaires et de se poser en champion des populations marginalisées. »

Son objectif sera de « compromettre les activités de stabilisation et de reconstruction » et, de manière générale, « d’empêcher le développement économique. »

Pour cela, explique encore ce rapport, l’EI a anticipé la chute de son califat en renouant avec la clandestinité et la guérilla.

Sur le plan financier, il aurait accès à réserves financières « d’un montant de 50 à 300 millions de dollars », y est-il avancé. Et si les pertes territoriales l’ont privé de certaines sources de revenus, ses besoins sont désormais moindres. « Il devrait pouvoir subvenir à son propre fonctionnement », est-il estimé dans ce document.

« Les cellules de l’EI devraient s’autofinancer et subvenir à leurs besoins grâce à diverses activités, notamment l’extorsion, l’enlèvement contre rançon ou d’autres activités criminelles. D’après certains rapports, le groupe conserve des informations sur les populations locales, qui pourraient être utilisées dans le cadre de futures opérations visant à extorquer ou à soutirer de quelque façon des financements de zones qui étaient précédemment sous son contrôle », avance encore l’ONU.

Par ailleurs, si l’ultime bastion de l’EI est tombé, on ignore le sort de son chef, Abou Bakr al-Bagdadi [alias Ibrahim Awad al-Badri], dont la tête a été mise à prix pour 25 millions de dollars par Washington. En janvier, et selon le quotidien The Guardian, il aurait été la cible, près de Hajine, d’une tentative d’assassinat commise par des combattants étrangers de sa propre organisation. Ce qui, sauf erreur, n’a pas été confirmé officiellement.

« Selon des responsables des services de renseignements régionaux, une action prévue contre al-Baghdadi a donné lieu à un échange de coups de feu opposant des combattants étrangers et les gardes du corps du chef du terroriste en fuite, qui l’ont emmené dans les déserts à proximité », avait en effet indiqué le journal britannique.

Quoi qu’il en soit, le rapport de l’ONU estime que l’EI « demeure de loin le groupe terroriste international le plus actif et le plus à même de commettre un attentat complexe de grande envergure dans un avenir proche ».

Et il est prêt, pour cela, à viser « des avions et utiliser des substances chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires. »

Aussi, la fin du « califat » physique de l’EI ne met pas fin à la menace qu’il représente, d’autant plus que son implantation ne se limite pas au Levant. Ainsi est-il présent en Afrique, via Boko Haram [ou ISWAP] dans la région du Lac Tchad et l’EIGS au Sahel. Mais pas seulement.

En effet, Daesh « reste une menace en Libye. Ses combattants sont sans doute moins nombreux mais demeurent actif dans une vaste zone qui s’étend le long de la côte entre Ajdabiya et Tripoli et, au Sud, vers les gouvernorats de Sabha et de Koufra », affirme le rapport de l’ONU.

L’organisation est également active en Égypte, plus particulièrement au Sinaï, et sa présence est attestée en Somalie, plus précisement dans l’État du Puntland.

Par ailleurs, l’EI s’est implanté dans la région afghano-pakistanaise, où il revendique régulièrement des attentats meurtriers visant la plupart du temps la communauté chiite.

Mais plus inquiétant encore est l’expansion de cette organisation en Asie du Sud-Est, en particulier aux Philippines, où les forces de sécurité multiplient les opérations anti-terroristes. La crainte est que le sud de ce pays puiss servir de « tête de pont » aux activités jihadistes.

Source: www.opex360.com

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