
CITE DU VATICAN (Reuters)- Le pape François a annoncé lundi avoir décidé d’ouvrir, à compter du 2 mars 2020, les archives secrètes du Vatican sur le pontificat de Pie XII, pape durant la Seconde Guerre mondiale.
Le pape François a annoncé lundi avoir décidé d’ouvrir, à compter du 2 mars 2020, les archives secrètes du Vatican sur le pontificat de Pie XII, pape durant la Seconde Guerre mondiale – ce que les Juifs réclament depuis des décennies. /Photo prise le 27 février 2019/REUTERS/Yara Nardi
On estime que Pie XII, pape de 1939 à 1958, aurait fermé les yeux sur l’Holocauste en ne s’exprimant pas contre avec vigueur.
Le Vatican, lui, assure que ce pape a œuvré en coulisse pour sauver des Juifs et limiter l’ampleur de la catastrophe.
« L’Eglise n’a pas peur de l’Histoire », a déclaré le pape François en justifiant sa décision, ajoutant que le bilan de Pie XII avait été « traité avec des préjugés et des exagérations ».
Le souverain pontife s’est dit confiant que des « recherches historiques sérieuses et objectives permettront l’évaluation (de Pie) sous une lumière correcte », y compris des « critiques appropriées ».
La décision d’ouvrir les archives pourrait accélérer le processus de béatification de Pie XII.
L’American Jewish Committee (AJC), qui demandait cette ouverture depuis plus de trente ans, s’est félicité de l’initiative du pape. Les érudits pourront évaluer objectivement « le bilan historique de cette terrible période ».
La controverse sur les actions de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale a éclaté en 1963, avec la sortie de la pièce du dramaturge allemand Rolf Hochhuth « Le Vicaire, une tragédie chrétienne », qui accusait Pie de silence face à l’Holocauste.
(Philip Pullella; Eric Faye et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
Le silence du pape Pie XII pendant la Shoah
Une multiplicité de faits convergents indique que le Vatican, ainsi que la haute hiérarchie catholique, disposant d’informations nombreuses et fiables grâce à son implantation dense en Europe, et surtout en Pologne catholique, ont connaissance de la réalité des faits sur l’extermination des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale.
L’historiographie a rendu compte du problème posé par le silence de Pie XII 27. Certes, on ne peut mettre en avant le vieux contentieux judéo-chrétien pour expliquer ce comportement, mais le Vatican observe un silence pour le moins ambigu face aux mesures et aux déportations frappant les Juifs.
D’emblée, il ne cesse d’affirmer que les informations sur les massacres semblent exagérées.
Le débat sur le silence du pape s’ouvrira avec la pièce de théâtre écrite par Rolf Hochhut 28. L’auteur du Vicaire ne prétend pas faire œuvre d’historien: il entend évoquer un problème de conscience et propose une interprétation psychologiquement vraisemblable du comportement du pape. La problématique s’articule autour de trois questions : le pape a-t-il parlé ? Dans la négative, pourquoi ne l’a-t-il fait ? Devait-il parler ?
Il y a une première certitude : Pie XII n’a pas ignoré le sort des Juifs. Des informations convergentes lui parviennent, par exemple, du cardinal Innitzer, en février 1941, du nonce de Slovaquie en mars 1942.
Un long mémorandum est remis au nonce à Berne, Monseigneur Bernardini, par les représentants de l’Agence juive, du Congrès juif mondial 29 et de la communauté juive de Suisse. Ce mémorandum fait état de l’exécution de « milliers de Juifs en Pologne et dans les parties de la Russie occupée par l’Allemagne ».
Après des hésitations, en 1943, le pape est convaincu de la réalité de la persécution.
En second lieu, Pie XII n’a pas parlé ou quasiment pas. On ne relève, sur l’ensemble de ses déclarations publiques, que deux allusions aux procédés criminels : la première dans un message de Noël 1942 à la radio, et l’autre en juin 1943, au cours d’une allocution adressée au Sacré collège. Aucune de ces allusions ne peut tenir lieu de dénonciation solennelle.
Monseigneur Orsenio, représentant du Vatican à Berlin, le 28 juillet 1942, fait également état « des plus macabres suppositions sur le sort de non aryens. »
À partir de ces faits, il faut répondre à cette question : pourquoi Pie XII qui sait n’a-t-il pas élevé la voix et dénoncé le crime à la face du monde ? Quels motifs imaginer au principe de son silence ?
Tout d’abord, il faut convenir que si Pie XII n’a pas parlé, il n’est pas resté inactif. Il a notamment tenté, par l’intermédiaire de ses nonces, ceux en poste à Berlin, à Bratislava, à Budapest, et à Bucarest, d’adoucir le sort des Juifs.
Ensuite, il faut évoquer ses sentiments pour le peuple et singulièrement pour le catholicisme allemand. Il n’a pas cru bon d’intervenir en faveur des Juifs pour éviter la persécution des catholiques allemands.
Pie XII fut durant douze ans nonce à Munich, puis à Berlin, au moment où le pape Pie XI rédigea l’encyclique Mit Brenender Sorge, qui condamne les idéologies nazie et communiste. Il a donc le souvenir de la répression anticatholique qui a suivi. Il craint aussi que la défaite allemande ne livre le continent européen à la domination de l’URSS et n’entraîne l’effondrement de la civilisation chrétienne. Le sentiment anticommuniste fut sans doute un stimulant puissant dans cette attitude passive que beaucoup lui ont reproché.
Enfin Pie XII, par sa formation de diplomate, tient avant toute chose à conserver la neutralité entre les belligérants, son action ne doit pas prêter au soupçon de particularisme pour un camp.
Ainsi Pie XII ne raisonne ni n’agit d’une façon très différente de celle de la Croix-Rouge internationale.
Selon l’historien René Rémond 30, l’explication du silence de Pie XII tient en une phrase : Pie XII n’a pas perçu la spécificité du national-socialisme ni pleinement mesuré la singularité monstrueuse de l’entreprise hitlérienne. Adaptation par JForum
Notes
27. Référence sur le silence du Vatican. Un mot à propos des archives.
28.Cette pièce s’inscrit dans le cadre de la querelle entre historiens allemands qui opposent les thèses intentionnalistes aux fonctionnalistes.
29. Le Congrès juif mondial (en anglais World Jewish Congress) est une fédération internationale de communautés et d’organisations juives, fondée en 1936 à Genève (Suisse), et dont le siège mondial est à New York (États-Unis). Le but est de défendre la vie et la sécurité des communautés juives dans le monde.
30. René Rémond
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