La reconnaissance illusoire de l’État de Palestine : entre mirage diplomatique et péril historique
En annonçant la reconnaissance d’un État palestinien en septembre, Emmanuel Macron prétend écrire l’Histoire. Anas Emmanuel Faour y voit une erreur stratégique, source d’illusions et de périls pour la France.
Par Anas Emmanuel Faour*
Emmanuel Macron a déclaré, le 24 juillet 2025, que la France reconnaîtra officiellement l’État de Palestine le 22 septembre prochain à New York, lors de l’Assemblée générale des Nations unies. L’annonce, habillée de solennité, se veut un moment d’Histoire. Mais elle relève d’une faute politique qui affaiblira la diplomatie française et ne changera rien sur le terrain. Elle risque de créer plutôt une « Mecque » mondiale de l’antisémitisme et de l’exposer à l’emprise des islamistes. Ce n’est pas une stratégie mais une illusion, confondant le mot et la chose, l’incantation et l’action.
Depuis le 7 octobre 2023, ce remède verbal s’est imposé comme substitut à toute stratégie sérieuse. Au lieu d’une politique claire et résolue visant à démanteler le Hamas et les autres mouvements islamistes, la reconnaissance de l’État de Palestine a été érigée en solution magique. Mais cette construction repose sur un récit façonné à partir d’un choix sélectif des faits, répété jusqu’à s’imposer comme une évidence. George Orwell l’avait anticipé : « Celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir ; celui qui contrôle le présent contrôle le passé. » Dans notre cas, cette maxime trouve une illustration presque parfaite.
On oublie l’origine du mot « Palestine ». Ce terme fut imposé par l’empereur Hadrien au IIe siècle pour effacer la Judée après la révolte de Bar Kokhba. Rebaptiser une terre était une arme politique: donner un autre nom pour briser une mémoire. L’empereur choisit celui des Philistins, anciens ennemis des Hébreux, afin d’inscrire l’humiliation dans la toponymie. Ce geste n’a rien d’isolé: Byzance devint Constantinople puis Istanbul, l’Union soviétique rebaptisa ses villes pour imposer une mémoire soviétique. Derrière chaque nom se cache une lutte pour définir le réel.
Un héritage douteux
Le mot « Palestine » fut réemployé pour désigner le territoire sous mandat britannique, selon les accords Sykes-Picot et la conférence de San Remo. Les tensions entre Juifs et Arabes aboutirent à la solution de partage de 1947, entérinée par la résolution 181 de l’ONU. Israël accepta, les pays arabes refusèrent et la guerre éclata. Dès lors, la revendication arabe changea de nature. Elle ne se concevait plus comme l’un des deux termes d’un compromis, mais devint une exigence exclusive : un État palestinien conçu contre Israël, et non comme partenaire.
La difficulté fondamentale ne fut pas seulement territoriale mais aussi représentative. Avec quelle légitimité et quelles institutions? Depuis 1936, trois entités se sont succédé. Leur histoire révèle une constante : corruption, autoritarisme, dépendance à l’étranger, incapacité à établir une représentation stable. Toutes ont échoué à incarner une véritable représentation palestinienne, laissant la question de la parole collective en suspens.
Le Haut Comité arabe, actif de 1936 à 1946, fut la première de ces structures. Fondé par Amin al-Husseini, mufti de Jérusalem, il rassemblait tribus, dignitaires religieux et partis politiques, mais se transforma vite en instrument au service de son clan. Dès 1933, Al-Husseini entra en contact avec le régime nazi. À Berlin, il participa à la propagande de Hitler, appelant les musulmans à soutenir l’Axe. Sa présence n’a jamais été effacée de la mémoire collective et a contribué à l’imprégnation antisémite de courants islamistes et nationalistes.
Accusé d’avoir contribué à l’assassinat du gouverneur britannique de Nazareth et recherché par Londres, Al-Husseini s’enfuit de Jérusalem à Bagdad, puis à Berlin. Le Haut Comité arabe fut dissous par les Britanniques en 1937. Mais dans l’imaginaire politique, il demeura le symbole d’une première tentative de représentation compromise par l’autoritarisme et la collaboration avec le nazisme. De cet héritage douteux, les nationalistes comme les islamistes ne se sont jamais libérés.
Faillite de la représentation dite laïque
En 1946, la Ligue arabe créa le Haut Conseil arabe pour la Palestine et en confia la direction à Al-Husseini, réfugié au Caire. Miné dès l’origine par un déficit de crédibilité, il proclama en 1948 un « gouvernement de toute la Palestine » à Gaza qui ne contrôla rien, tandis que la Cisjordanie se rattacha à la Transjordanie sous Abdallah Ier. Peu de pays arabes reconnurent ce gouvernement, entaché par la collaboration passée de son fondateur avec le régime nazi. Il survécut artificiellement, réduit à un fantôme politique, jusqu’à la mort d’Al-Husseini en 1974.
C’est Gamal Abdel Nasser qui imposa la création de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) en 1964. L’organisation regroupa des factions hétérogènes – le Fatah de Yasser Arafat, le Front populaire de Georges Habache, les marxistes de Nayef Hawatmeh –, mais resta instrumentalisée par les régimes arabes. Chaque État cherchait à en faire son outil. Arafat, habile tacticien, parvint à s’imposer et fit de l’OLP son instrument personnel. Aux Israéliens, il se présentait comme partenaire de paix ; aux Arabes, comme chef de guerre ; aux Soviétiques, comme allié révolutionnaire ; aux monarchies du Golfe, comme bénéficiaire d’une aide indispensable.
Cette ubiquité cachait une duplicité profonde. Arafat abrogea certains articles hostiles, mais refusa de reconnaître l’histoire juive de Jérusalem. Il signa les accords d’Oslo, mais entretint la corruption et la violence. Il parla de réconciliation, mais glorifia le terrorisme dans les manuels scolaires. L’Autorité palestinienne, née d’Oslo, hérita de ce système. Bureaucratie autoritaire, dépendante de l’aide internationale, marquée par le népotisme, elle devint un appareil verrouillé.
Mahmoud Abbas, successeur d’Arafat, poursuivit cette logique. Il verrouilla les institutions, multiplia les propos antisémites et entretint un système clientéliste. Sa gouvernance renforça le désenchantement des Palestiniens. Dans ce vide, les islamistes se sont imposés. Le Hamas et le Jihad islamique ont prospéré à Gaza. Leur victoire électorale en 2006 et leur coup de force en 2007 illustrent la faillite de la représentation dite laïque. La corruption nourrit l’islamisme, et l’islamisme prospère sur la faillite du politique.
Trois scénarios envisageables
Reconnaître un État palestinien aujourd’hui, c’est donc entériner une illusion. Trois scénarios sont envisageables. Premier scénario : un État failli, miné par la corruption, incapable de gouverner et livré aux guerres de factions. Deuxième scénario : un émirat islamique, dominé par le Hamas ou le Jihad islamique, institutionnalisant l’antisémitisme et menaçant Israël. Troisième scénario: un État sous tutelle régionale, dominé par le Qatar, la Turquie ou l’Arabie saoudite, régimes qui tiennent un double langage. Dans les trois cas, la Palestine deviendrait foyer idéologique de l’antisémitisme.
La paix ne se décrète pas. Elle ne naît pas d’une proclamation diplomatique, mais d’une culture. Cette culture exige une refonte éducative. Tant que les manuels glorifieront la violence et que les médias diffuseront la haine, il n’y aura pas de paix. Tant que les dirigeants nieront l’histoire juive, il n’y aura pas de paix. Ludwig Wittgenstein l’a dit : « Les limites de mon langage signifient les limites de mon monde. » Tant que le langage officiel restera prisonnier de la haine, le monde palestinien restera prisonnier de la violence.
La France, en annonçant cette reconnaissance, confond le mot et la chose. Elle croit qu’un signe suffit à changer la réalité. Elle sacrifie la vérité à une illusion diplomatique. Or la vérité suppose une reconstruction patiente : refonder la représentation palestinienne, donner la parole aux populations, limiter l’ingérence des régimes voisins, conditionner l’aide internationale à de vraies réformes. La reconnaissance n’est pas un acte fondateur mais une fuite en avant.
Un modèle nouveau est possible. Inspiré de la démocratie directe suisse, il pourrait donner aux Palestiniens le pouvoir de choisir réellement leurs représentants. Des mécanismes de contrôle empêcheraient la captation du pouvoir par quelques clans, tandis que des garanties juridiques limiteraient l’ingérence des puissances régionales. Mais ce chemin demeure improbable sans une reconnaissance claire du droit d’existence d’Israël. C’est un chemin long, rendu plus difficile encore par la domination médiatique et éducative hostile aux Juifs, et qui exige de la communauté internationale du temps ainsi que des efforts colossaux pour parvenir à des résultats durables.
La France devrait refuser cette illusion. Elle devrait se souvenir de son héritage émancipateur et politique. Elle devrait défendre la vérité contre l’apparence, la réalité contre la fiction. Faire la paix, ce n’est pas répéter un slogan ni signer un décret. C’est transformer le langage, l’éducation, la mémoire. Sans cela, la reconnaissance de l’État palestinien ne sera pas un pas vers l’avenir. Elle sera une marche vers l’abîme, une victoire de l’illusion sur la lucidité, et une trahison de la responsabilité historique qui incombe aux nations.
* Anas Emmanuel Faour, philosophe, ingénieur en informatique et ancien professeur en Syrie, ancien secrétaire général de l’Union générale des étudiants de Palestine et ancien membre du Conseil national du Parti de gauche.
Source: www.lepoint.fr
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La France en faisant cette reconnaissance ne cherche pas à naïvement à imposer une paix, elle cherche consciemment à encourager la guerre et à mettre Israël en difficulté. C’est son but et non comme elle l’annonce de créer les conditions d’une paix hypothétique. La France est une ennemie acharnée d’Israël, elle l’a toujours été et encore plus depuis qu’un imbécile en échange d’un fauteuil au ministère de la défense français l’a aidé à recevoir la bombe atomique !