Le dernier Juif resté derrière les barreaux en Iran
La mobilisation de la communauté juive d’origine iranienne aux États-Unis s’intensifie autour d’un nom : Kamran Hekmati (souvent transcrit Hakemati). À 70 ans, cet Américano-iranien juif est devenu malgré lui un symbole. Il est présenté comme le dernier Juif resté derrière les barreaux en Iran après la guerre avec Israël de juin 2025, alors que tous les autres détenus juifs arrêtés durant ce conflit ont été relâchés. Sa famille, ses avocats et de nombreuses organisations juives réclament sa libération avant qu’il ne soit trop tard.
Selon les informations rendues publiques, Hekmati a quitté New York au printemps 2025 pour se rendre en Iran et rendre visite à des proches, comme il l’avait déjà fait par le passé. Il est entré dans le pays avec son passeport iranien, comme l’exige la loi pour les binationaux nés en Iran. Quelques semaines plus tard, après l’opération militaire israélienne surnommée « Eveil du Lion » contre des cibles iraniennes et la courte guerre qui s’en est suivie, il est arrêté à l’aéroport de Téhéran alors qu’il s’apprête à quitter le pays.
Le chef d’accusation qui lui est opposé illustre la logique de la République islamique : on lui reproche d’avoir des liens avec Israël… pour un voyage effectué il y a treize ans. En 2012, il s’était rendu en Israël pour célébrer la bar-mitsva de son fils. À l’époque, ce déplacement n’était pas encore directement visé par la loi. Depuis, le régime a adopté une législation interdisant à ses citoyens de se rendre en Israël, même lorsqu’ils possèdent une autre nationalité. Cette loi est désormais appliquée de manière rétroactive.
Kamran Hekmati a été jugé par un tribunal révolutionnaire et condamné initialement à quatre ans de prison pour ce « crime ». Selon des ONG de défense des droits humains, sa peine aurait ensuite été réduite à un an, mais il reste détenu dans la prison d’Evin, le pénitencier le plus redouté du pays, connu pour ses mauvais traitements, ses interrogatoires musclés et ses conditions de détention éprouvantes. Des proches affirment qu’il souffre de sérieux problèmes de santé, ce qui rend sa captivité encore plus inquiétante.
Son cas s’inscrit dans un contexte de répression massive après la guerre de juin 2025 entre Israël et l’Iran. Pendant et après le conflit, les autorités iraniennes ont arrêté des milliers de personnes présentées comme « suspects » ou « collaborateurs » de l’ennemi, parmi lesquelles plus de 700 accusées de liens avec Israël. Des rapports d’ONG et de médias font état d’un climat de peur : perquisitions, contrôles sur la voie publique, téléphones fouillés, procès expéditifs, exécutions pour « espionnage ». Les minorités, dont les Juifs, n’ont pas échappé à cette vague.
Plusieurs responsables et figures de la communauté juive d’Iran – rabbins, hommes d’affaires, notables – ont ainsi été interpellés durant et après la guerre, certains pour de simples activités communautaires ou des échanges avec l’étranger. La plupart auraient été finalement libérés, parfois après de longues semaines de détention. Aux dernières informations, Hekmati serait le seul Juif encore emprisonné dans ce cadre, ce qui lui confère une dimension à la fois symbolique et tragique.
Aux États-Unis, notamment à New York et en Californie, la diaspora juive originaire d’Iran s’est organisée. Des campagnes de sensibilisation se multiplient dans les synagogues, sur les réseaux sociaux et auprès des élus. Des parlementaires américains ont demandé au Département d’État de faire de ce dossier une priorité dans les contacts avec Téhéran. Des groupes de défense des otages et des binationaux détenus en Iran, déjà mobilisés pour d’autres prisonniers politiques, ont ajouté son nom à la liste de leurs urgences humanitaires.
Pour cette communauté, l’enjeu dépasse le sort d’un seul homme. Il s’agit de dénoncer une dérive où le simple fait d’avoir un lien familial, affectif ou religieux avec Israël peut conduire à la prison, voire pire, pour les Juifs iraniens ou d’origine iranienne. La mobilisation autour de Kamran Hekmati veut envoyer un message clair : même si la petite communauté juive restée en Iran est discrète et vulnérable, elle n’est pas oubliée, et ceux qui la prennent pour cible devront compter avec la pression de la diaspora et des États dont ces prisonniers sont aussi citoyens.
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