Le 7 octobre révèle une faillite systémique
Dans la nuit du 6 au 7 octobre, les écrans des centres de renseignement d’Israël clignotent dans une lumière blafarde. Les opérateurs voient défiler des lignes de données, des cartes, des flux vidéo. À l’extérieur, la frontière de Gaza semble figée dans le noir. En apparence, rien ne bouge. En réalité, les pions se mettent déjà en place, un par un, sans que la haute hiérarchie ne comprenne l’ampleur de la menace.
Vingt-quatre heures plus tôt, à la base Yarkon de l’unité 8200, quelqu’un a pourtant tiré la sonnette d’alarme. Les capteurs interceptent un déploiement inhabituel de combattants du Hamas dans le nord de la bande de Gaza. On les voit vider des dépôts d’armes, se regrouper, changer de positions, comme une armée qui s’aligne avant l’assaut. Selon les procédures, une telle alerte doit déclencher immédiatement la mise en alerte de toutes les forces du secteur. Mais la décision est prise de n’envoyer qu’un courriel, sans coup de téléphone, sans insistance. C’est un vendredi, veille de Simhat Torah ; dans la division de Gaza, personne ne consulte sa boîte mail. L’alerte décisive meurt dans un dossier de messagerie non ouvert.
Les jours précédents, mardi, mercredi et jeudi, d’autres renseignements ont pourtant été recueillis sur les capacités de combat du Hamas : entraînements suspects, moyens de franchissement, préparatifs qui ne ressemblent plus à une simple routine. Ils sont classés comme « activité ordinaire », tout en suscitant un malaise diffus. L’officier du renseignement de la division de Gaza, le lieutenant-colonel A., limogé depuis, reçoit certaines de ces informations mais les balaie d’un revers de main : pour lui, ce n’est qu’un « écran de fumée » destiné à détourner l’attention. Le sujet n’est même pas évoqué dans l’évaluation de situation. La chaîne de commandement ne sera jamais officiellement alertée.
En arrière-plan, d’autres signaux d’alerte se sont accumulés depuis des semaines : documents détaillant les plans du Hamas pour une incursion massive, simulations d’attaques contre des kibboutz, projets de prise d’otages en nombre. Des analystes, des sous-officiers de l’unité 8200, avaient déjà tenté de faire remonter leurs craintes. Dans un autre rapport, une jeune analyste écrit noir sur blanc qu’il est temps de « prévenir le peuple ». Les avertissements, fragmentés, contradictoires, se heurtent à une conviction ancrée depuis des années : le Hamas n’oserait pas franchir un certain seuil. Comme dans un mauvais roman d’espionnage, le scénario est sur la table, mais personne ne veut croire qu’il sera réellement exécuté.
Puis vient la nuit critique. À 00h50, l’officier de renseignement du Commandement Sud transmet au bureau du chef du renseignement militaire, le général Aharon Haliva, des signaux inhabituels en provenance de Gaza. L’assistant de Haliva se contente d’envoyer un SMS, sans appeler. Le général ne se réveille pas. Les heures passent, les messages d’alerte s’accumulent, mais le téléphone militaire de Haliva reste éteint, et il ne consulte que sporadiquement son appareil personnel.
Ce n’est qu’aux environs de trois heures du matin que l’assistant le réveille enfin. Haliva ordonne simplement de poursuivre la surveillance. Quand il apprend que le chef d’état-major est déjà au courant, il lâche un « inutile ». Pendant ce temps, le chef adjoint d’état-major et le chef des opérations, le général Oded Basyuk, tentent à plusieurs reprises d’établir un contact plus direct. On leur répond qu’il est possible d’attendre le matin. Vers quatre heures, le chef d’état-major Herzi Halevi demande où se trouve son chef du renseignement : on lui répond qu’on n’arrive pas à le joindre, qu’une liaison sera faite à 6h30. À ce moment-là, du côté de Gaza, les terroristes sont déjà en position.
Les révélations présentées à la commission Turgeman dressent ainsi le portrait d’un système où chaque maillon voit un morceau du puzzle, mais où la somme des alertes ne déclenche jamais l’alarme générale. Des systèmes d’alerte mal entretenus, des procédures contournées, des croyances stratégiques obsolètes : autant de failles qui transforment une succession de signaux en bruit de fond.
Hier encore, le chef d’état-major Eyal Zamir a annoncé une série de sanctions personnelles contre les officiers jugés responsables de ces défaillances. Le général Haliva et d’autres hauts responsables, déjà partis, ont été définitivement écartés de la réserve. D’autres généraux, comme le chef de l’armée de l’air, celui de la marine ou le successeur de Haliva, ont reçu un blâme et quitteront l’armée à la fin de leur mandat. Les enquêtes internes parlent désormais de « faillite systémique » plutôt que d’erreur isolée.
Dans un pays qui se vit en permanence comme une forteresse assiégée, ces nuits d’octobre ressemblent à un cauchemar de stratège : tous les éléments d’un complot meurtrier étaient là, mais l’architecture du renseignement a laissé passer l’ennemi. Et c’est maintenant, à froid, que se joue une autre bataille, plus silencieuse : celle pour redonner au public la certitude que, la prochaine fois, les écrans ne clignoteront pas dans le vide.
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Comment se fait-il que les millions de tonnes e terre provenant du creusage des ttunnels sont passées inaperçues où etait le Mossad
Je pense que les services de renseignement israéliens savaient pertinemment ce que faisait le hamas à gaza, mais Netanyahou, dûment informé à choisi de laisser faire pendant 15 ans, pour diviser les arabes entre-deux et affaiblir l’autorité palestinienne. Sur ce plan-là il a réussi et l’autorité palestinienne n’a plus aucune crédibilité, mais il s’est fait quand même drôlement berner par le hamas dont il n’attendait pas l’attaque du 7/10. Il est trop orgueilleux pour reconnaître publiquement ses erreurs. Voilà pourquoi je pense qu’il bloque les enquêtes indépendantes sur le pogrom du 7/10. Il pense qu’il avait raison de laisser le hamas se développer à gaza. Son objectif était d’abord et avant tout, l’annexion de la Judée-Samarie.
Une grande différence avec l’attaque japonaise » surprise » de Pearl Harbour de décembre 1941 est que Roosevelt attendait l’attaque japonaise pour avoir un motif pour lancer l’Amérique dans la guerre. Il avait 13 millions de chômeurs en 1939, malgré sa politique du New Deal, et voyait dans la guerre le moyen de résoudre ses problèmes politiques intérieurs. Il a mobilisé 16 millions d’hommes, et la suite des évènements lui a donné raison. Après Pearl Harbour, il a rapidement limogé des amiraux, mais il n’y a, sauf erreur, jamais eu d’enquête indépendante réalisée pour établir la vérité.
Ces 2 exemples ne font que confirmer l’affirmation de Clausewitz que » la guerre n’est que la continuation de la politique, par d’autres moyens.
« Une faillite systémique. » Comme c’est bien dit. Quand on sous-estime un ennemi qui veut vous annihiler et que l’on ne termine jamais ses entreprises militaires, c’est effectivement une faillite systémique.
Netanyahou a certainement sous-estimé le hamas, mais il a aussi surestimé l’armée israélienne, notamment l’armée de terre. Il semble ne pas être bon en évaluation de la nature humaine.