Katz menace la banlieue sud d’une « riposte puissante » et le Liban-Sud d’une opération terrestre élargie
Israël accuse l’armée libanaise de manquements dans le désarmement du Hezbollah. En réponse, cette dernière dénonce des « campagnes de désinformation » visant à porter atteinte à sa « crédibilité », alors que « les négociations sont en cours ».
Israël a de nouveau brandi mardi la menace d’une escalade au Liban. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a promis une « riposte puissante » contre la banlieue sud de Beyrouth au moindre tir en direction du territoire israélien, tandis que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a menacé d’infliger au Hezbollah et à son parrain iranien « un coup comme vous n’en avez jamais imaginé » en cas d’attaque. Ces avertissements interviennent alors que l’armée israélienne accuse l’armée libanaise d’avoir « échoué » dans sa mission de désarmement du parti chiite. Des accusations rejetées par l’institution militaire libanaise, qui dénonce des « campagnes de désinformation » visant à « porter atteinte à la crédibilité de l’armée », alors que des négociations sont en cours.
Dans un message publié sur X, Israël Katz a menacé le Hezbollah d’un « coup sévère » s’il se joignait à une éventuelle attaque iranienne contre Israël. Il a affirmé que « l’armée israélienne est prête à lancer une opération terrestre dans de nouveaux secteurs des régions de Nabatiyé et du fleuve Litani ». Les zones conquises seraient alors « vidées de leurs habitants » et intégrées de manière permanente à la « zone de sécurité » israélienne au Liban, a-t-il averti. Le ministre a par ailleurs averti que tout tir ou lancement de drone en direction de localités israéliennes entraînerait une « riposte puissante » contre la banlieue sud de Beyrouth. « La banlieue sud de Beyrouth sera traitée de la même manière qu’Avivim, Misgav Am et Kiryat Shmona », a-t-il menacé, assurant que l’armée israélienne était prête à répondre « de toute sa puissance ».
M. Katz, a par ailleurs réaffirmé que les forces israéliennes ne quitteraient pas la « zone de sécurité » tant que le Hezbollah n’aurait pas été désarmé sur « l’ensemble du territoire libanais » et que la menace pesant sur les habitants du nord d’Israël n’aurait pas été levée.
Revenant sur les opérations israéliennes au Liban-Sud, il a affirmé qu’Israël y avait établi une « zone de sécurité de 700 km2 et que les 200 000 habitants chiites de ce secteur avaient tous été évacués jusqu’à la ligne jaune ». Il a également déclaré que l’armée israélienne avait détruit de « vastes tunnels destinés à une invasion de la Galilée et rasé plus de 60 villages comprenant 23 000 maisons ». Décrivant une situation inédite, même au regard des précédentes « zones de sécurité » israéliennes au Liban, le ministre s’est félicité d’un territoire « vidé de ses habitants et débarrassé des infrastructures terroristes et des habitations ».
Dans une vidéo diffusée mardi, à une semaine des élections législatives israéliennes, prévues le 27 octobre, Benjamin Netanyahu a lui aussi adressé un avertissement à Téhéran et au Hezbollah. « Je me rends maintenant dans le nord. Je le dis à l’Iran et au Hezbollah : n’osez pas nous attaquer, vous recevrez un coup comme vous n’en avez jamais imaginé », a-t-il déclaré avant de se rendre à Kiryat Shmona, l’une des principales villes du nord d’Israël, située face aux villages du caza de Marjeyoun, au Liban-Sud, dans une zone occupée par Israël qui s’étend sur plus de 600 km².
Le Premier ministre a également affirmé que le président américain Donald Trump souhaitait « éliminer complètement la menace iranienne », accusant Téhéran de chercher à relancer son programme nucléaire. « Le président Trump a expliqué ce qui est en jeu dans ces élections. Il a déclaré qu’il fallait éliminer complètement la menace iranienne, alors que l’Iran tente actuellement de relancer son programme nucléaire », a-t-il poursuivi. Selon M. Netanyahu, Donald Trump aurait également affirmé que « ce n’est qu’avec moi qu’il mènerait une opération destinée à mettre fin à cette menace une fois pour toutes ». Le chef du gouvernement a ensuite appelé les électeurs à soutenir son parti, le Likoud. « Cela dépend de vous. Je vous appelle à voter pour le Likoud, à voter pour moi, car l’Iran ne nous détruira pas : nous détruirons le régime des ayatollahs », a-t-il lancé, avant d’assurer que, tant qu’il resterait Premier ministre, « l’Iran n’aura pas l’arme nucléaire ».
L’armée libanaise mise en cause par Israël
Ces nouvelles menaces interviennent dans un contexte de fortes tensions régionales, alors qu’Israël multiplie les avertissements à l’égard du Hezbollah. La semaine dernière, Israël Katz avait déjà averti que le parti chiite risquait de perdre davantage de territoire au Liban-Sud s’il prenait part à une éventuelle attaque iranienne contre Israël. Il avait notamment menacé d’étendre la zone d’occupation israélienne aux régions de Nabatiyé et du Litani, laissant entrevoir une occupation durable de nouveaux territoires libanais.
Plus tôt mardi, l’armée israélienne a annoncé disposer de « preuves » que la formation pro-iranienne continue de circuler librement sur des sites militaires qui étaient supposés avoir été neutralisés par l’armée libanaise depuis le cessez-le-feu de 2024. La porte-parole arabophone israélienne a accusé l’armée libanaise d’avoir « échoué » dans sa mission de désarmement du parti chiite. Des accusations portées alors que Tel-Aviv et Washington font pression pour que les armées libanaise et israélienne se coordonnent directement sur le terrain, condition sine qua non pour une reprise des négociations, en amont de discussions devant avoir lieu dans la journée en Floride.
« Bien que l’armée libanaise ait annoncé avoir traité la question des infrastructures militaires du Hezbollah terroriste au Liban-Sud, des preuves en images montrent que des combattants continuent de l’utiliser pour déplacer des armes », a écrit Ella Waweya sur X. La porte-parole a joint à ses accusations une vidéo, montrant un véhicule entrant dans un hangar avant un bombardement, des images prises selon elle à Kafra, au Liban-Sud. L’Orient-Le Jour a pu géolocaliser les images israéliennes dans le village voisin de Siddiqine. Le 3 juillet dernier, un drone de l’armée israélienne y avait bombardé une camionnette, faisant deux blessés graves, et avait dit avoir visé « des membres du Hezbollah qui transportaient des armes à bord d’un camion ». Le 28 décembre 2025, l’armée libanaise et la Force intérimaire de l’ONU au Liban (Finul) avaient inspecté une vallée entre Siddiqine et Kafra, à la demande du comité du mécanisme, Israël affirmant qu’une installation du Hezbollah s’y trouverait. Il n’était pas immédiatement possible de vérifier si le lieu visé en juillet correspondant à celui inspecté quelques mois avant. En réponse aux accusations israélienne, l’armée libanaise a dénoncé de « fausses allégations » concernant ses opérations au sud du Litani et affirmé dans la soirée avoir « suspendu » son intervention dans une installation à Kafra avant d’avoir achevé sa mission, à la demande du comité de supervision du cessez-le-feu, en raison de « menaces israéliennes de bombarder les lieux ». Elle a assuré que « l’ensemble de ces faits et démarches sont documentés auprès du Comité de supervision du cessez-le-feu, ce qui réfute les allégations israéliennes et atteste de la réalité des efforts déployés par l’institution militaire dans le Sud ».
Le Hezbollah a pu « se réarmer et établir un réseau souterrain »
L’armée israélienne a encore accusé l’armée libanaise d’avoir « échoué » dans la mission qui lui avait été confiée du fait de l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, et souligné « un grand écart » entre les annonces des militaires libanais, qui avaient affirmé en 2025 avoir procédé au désarmement d’une grande majorité de la zone au sud du Litani, et la réalité des faits. La troupe avait effectué selon ses dires des opérations de démantèlement des infrastructures du Hezbollah jusqu’à l’éclatement de la dernière guerre, le 2 mars 2026.
Cela « a permis au Hezbollah de se réarmer, de consolider sa présence et d’établir tout un réseau souterrain », selon la porte-parole. Cette dernière pousse ses accusations encore plus loin. « Les services de renseignements militaires de l’armée israélienne ont même observé des cas où certains soldats de l’armée libanaise ont coordonné avec des miliciens du Hezbollah, donnant au parti la latitude de retirer ses armes à temps », écrit-elle. L’armée libanaise s’est encore défendue, estimant que « la multiplication récente des campagnes de désinformation et des mensonges diffusés par l’occupant israélien s’inscrit dans une volonté de porter atteinte à la crédibilité de l’armée, au Liban comme à l’étranger, alors que des négociations sont en cours. »
Ces accusations contre l’armée libanaise, portées directement par l’armée israélienne, interviennent au même jour où des discussions devaient être tenues entre des délégations libanaise et israélienne à Tampa en Floride (mardi de 16h à 23h heure de Beyrouth). Ces pourparlers seront « uniquement menés entre des équipes de travail sur l’aspect sécuritaire de l’accord-cadre », selon un responsable américain cité ce matin par l’ambassade.
Les négociations directes avec Israël avaient débuté en pleine guerre en avril, et abouti à un accord-cadre en juin, qui devrait aboutir à un retrait progressif des Israéliens des régions occupées au Liban-Sud. Toutefois, la mise en application de cet accord est gelée et aucun nouveau contact n’a eu lieu depuis août. Le 27 octobre devraient se tenir des élections législatives qui s’annoncent difficiles pour le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
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