Israël: Un système politique paradoxal (A. Picard)

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Committee Chairman MK Miki Zohar and Israeli parliament members during a vote on the split of Ayelet Shaked, Naftali Bennett and Shuli Mualem from HBayit Yehudi party to a new party called "The New Right", during a Knesset Committee meeting at the Knesset, in Jerusalem on December 30, 2018. Photo by Yonatan Sindel/Flash90

Miki Zohar, président du comité parlementaire de la Knesset israélienne à Jérusalem, préside un vote sur la scission d’Ayelet Shaked, Naftali Bennett et Shuli Muallem du parti «Home», pour former un nouveau parti appelé The New Right, The New Right, le 30 décembre , 2018. (Yonatan Sindel / Flash90)

La sagesse derrière le système multipartite fou d’Israël 

JERUSALEM (JTA)- La politique israélienne subit un grand désordre. Ces dernières semaines, trois nouveaux partis ont été créés et un parti a mis à la porte un ancien partenaire. D’autres changements sont également à venir.

La situation sera encore plus compliquée si le Premier ministre Benjamin Netanyahu est mis en accusation avant la tenue des élections nationales du 9 avril.

Les derniers sondages font état de 12 à 14 partis qui feraient leur entrée dans la nouvelle Knesset, dont beaucoup ont au minimum quatre sièges (La Knesset compte 120 sièges.).

Les résultats des derniers sondages divergent considérablement et de nouvelles surprises politiques sont à prévoir.

Pour les Britanniques, et les Américains, habitués à une vie politique dominée par deux partis, cette situation est perçue comme une faiblesse de la démocratie israélienne, mais elle est en réalité un signe de sa force.

Pourquoi donc? Les jeux de “chaises musicales”, avec les scissions internes ne sont pas uniquement motivés par des ambitions personnelles politiques. 

Cela ne veut pas dire aucun ego n’entre en jeu. Mais l’émergence de nouveaux partis et le rétrécissement des anciens sont basés sur la notion que l’électeur israélien est un acteur “éveillé” et vigilant.

Les électeurs ont des revendications, des opinions et des désirs, et les politiciens du pays essaient de trouver des solutions.

La plupart des Israéliens ne votent plus sur la base des traditions familiales, de la fidélité ethnique ou des directives rabbiniques. Ils ont désormais une grande versatilité.

Des mouvements sionistes anciens et influents, tels que le parti travailliste et le parti national religieux, perdent du terrain sur le plan politique, même si des citoyens sont encore attachés à des idéologies.

Ces scissions persistantes ont également brisé les réseaux de soutien des partis traditionnels.

Les travaillistes ne peuvent compter sur le soutien que leurs «réserves» des syndicats de la Histadrout et des kibboutzim.

Quant aux partis religieux qui pouvaient compter sur leurs groupes de jeunes B’nei Akiva et leurs étudiants en yeshiva, les liens se distendent

De tels réseaux sont moins importants à l’ère des campagnes sur Internet, et le soutien traditionnel n’est pas automatique le jour du scrutin.

Même les orthodoxes haredi ne votent plus en bloc. On pourrait penser que dans un gouvernement de droite, leurs demandes seraient honorés, il n’en est rien. La conscription militaire de jeunes hommes haredi, a été votée dans le cadre d’un gouvernement formée par une coalition de droite.

Dans l’ensemble, les haredim détiennent moins de sièges que ne le suggèrent leur poids démographique. Il est même possible que le parti haredi séfarade, le Shas, ne reçoive pas assez de voix pour gagner des sièges à la Knesset.

Avec les partisans de droite Naftali Bennett et Ayelet Shaked quittant le Bayit Hayehudi (“Foyer juif”), et ceux de l’ancien parti religieux national, peuvent espérer dépasser le seuil électoral de quatre sièges.

D’autres exemples d’une telle fracturation abondent. Le parti Yisrael Beiteinu d’Avigdor Liberman ne représente plus les Israéliens de Russie.

Les partis politiques arabes sont une affaire plus compliquée, mais rien que pour les chiffres, on pourrait penser qu’ils pourraient détenir plus de 20 sièges au sein de la Knesset, qui compte 120 membres, les Arabes israéliens représentant 20% de la population du pays.

Mais ils sont coincés dans une faible représentation.

Selon mes estimations, seuls 20 à 25% des électeurs ont voté conformément à la tradition, et ils sont regroupés dans les partis du Likoud et du Haredi.

Ce n’est pas un pourcentage assez important pour changer la donne. Le changeur de jeu est de l’autre 75%.

La carte politique israélienne aux élections de 2019 est différente de celle de 2015, qui était différente de celles de 2012 et 2009.

Ce n’est pas un signe de chaos. C’est plutôt le signe d’une démocratie mature et montre la vision critique des électeurs à propos de la politique.

Ils disent: «Je ne voterai pas pour vous simplement parce que j’ai voté pour vous la dernière fois ou parce que j’ai été élevé dans votre système éducatif». Il n’y a plus  de loyauté.

Cette influence directe de chaque citoyen sur la politique constitue le véritable contre-pouvoir de notre système politique, d’autant plus que nous n’avons pas de constitution et que les tribunaux sont attaqués.

Même Benjamin Netanyahu, un grand politicien, doit faire la navette entre des idées différentes. Vous ne pouvez pas tromper les Israéliens, et il le sait.

L’argument selon lequel la majorité de la population juive d’Israël est de droite est un fait, mais il découle de la situation actuelle. Ce n’est pas toujours comme ça, et ce ne sera pas toujours comme ça. Bibi ne sera pas là pour toujours.

Même si le Likoud semble être le dernier parti à conserver son noyau profond intact, le jour où Netanyahu partira – et ce jour viendra – le Likoud va imploser comme ses rivaux et partenaires historiques. Il est le seul à tenir le Likoud ensemble.

Une coalition gouvernementale comprenant de nombreux petits partis pose un problème. Mais je préfère un système fragile, sensible aux différentes opinions de la société, qu’un leadership fort comme un système présidentiel.

La politique israélienne peut sembler chaotique, mais elle fait avancer les choses. La législation novatrice sur les exportations de cannabis, la vaccination des enfants et l’étiquetage des cigarettes a été adoptée avant la dissolution de la Knesset.

Aux États-Unis, le système bipartiste et présidentiel est bloqué, résultat de la polarisation de l’électorat et de la divergence des partis à la tête des deux chambres du Congrès.

Les fondateurs de l’Amérique savaient que gouverner est une tâche ardue, mais ils recherchaient également un consensus – apparemment impossible dans un système bipartite.

Contrairement à Donald Trump, Netanyahu ne peut pas simplement jouer avec sa “base”.

La formation et la réforme de factions font en sorte qu’il est toujours en danger. Vous pouvez affirmer que le danger le paralyse d’agir, mais il exige également plus de prudence.

Dans une société avec beaucoup de frictions, cela donne un pouvoir plus représentatif aux différentes parties de la société, ce en quoi consiste la démocratie. Je préfère cela à une sorte de tyrannie politique ou à une démocratie qui est bloquée.

Une démocratie n’est pas testée par le pouvoir d’un dirigeant mais par les contraintes qu’elle impose au pouvoir.

Un Premier ministre dans un système parlementaire doit être ouvert et à l’écoute.

 Il doit faire des concessions, même aux petits partis.

Une des preuves de cela est notre taux de participation élevé. Près de 72% des électeurs israéliens éligibles ont voté lors des élections de 2015, contre 58% aux États-Unis en 2016 , une année présidentielle, et moins de 50% en 2018 , ce qui représente le taux de participation le plus élevé depuis 1914.

Les Israéliens sont naïfs. – ils ne le sont pas – ou ils pensent que le système fonctionne.

Les élections en Israël sont un exemple de la confiance des gens dans le système politique.

Plus le bruit et le chaos sont grands, plus l’implication et l’engagement sont forts.

Le docteur Ariel Picard, rabbin, est directeur du centre de recherche Kogod de la Shaulom Hartman Institute for Contemporary Jewish Thought.

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