Yom HaShoah

Alors que Yom HaShoah débute ce soir, selon le calendrier fixé par l’État d’Israël, à Paris, la Lecture des Noms,  débutera à 19h. Journée qui s’inscrira sous le signe de l’absence, non seulement de tous ceux qui ne sont pas revenus, mais aussi de ceux qui, fidèles et inlassables combattants de la Mémoire, au sein de l’Association et aux côtés de Serge Klarsfeld, ont emporté avec eux, la connaissance intime, et parfois obsessionnelle des faits. Combien ces valeureux, ces irréductibles Mentsch manqueront-ils, changeant définitivement la nature de cet événement.

Cette année, le contexte particulier des semaines qui se sont écoulées soulève également maintes questions.

Le cri de « Plus jamais ça » a comme été effacé par les appels à voter les extrêmes. Que plus d’un français sur deux ait choisi au premier tour des élections présidentielles de voter pour un parti extrême, de droite ou de gauche, est extrêmement inquiétant. Quant aux juifs qui continuent à battre le rappel pour Marine Le Pen, c’est plus qu’ébouriffant. N’avons-nous rien appris pour penser que nous saurons prévenir les dérives à temps. Comme si se préoccuper de l’abattage rituel au nom de la souffrance animale n’était pas une dérive. Comme si unir sa voix aux Allah wouakbar à quelques mètres du Bataclan, n’était pas une dérive. Des juifs, ici en France et en Israël, au nom de la haine des islamistes, de leur désir de les voir boutés hors de France,  ont également apporté leurs voix aux extrêmes. Comme s’ils ne savaient que lorsque la haine devient un moteur, les premiers piétinés sont toujours les juifs. Comme s’ils ne savaient pas que dès qu’un coupable est recherché, le premier désigné est le juif. Ce fut encore vérifié avec la pandémie, quant à la guerre en Ukraine les juifs y sont convoqués à chaque instant, dé-nazification, Babi Yar, Israël comme médiateur, etc… Là également, la seule chose assurée est la hausse de l’antisémitisme. Sans raison, car précisément, les meilleurs antisémites n’ont pas besoin de raison pour l’être

A partir de quel moment, serions-nous face à une dérive ?

La violence qui règne dans les rues, accompagnant les résultats des élections, ne laisse-t-elle pas entrevoir ce qui s’appelle « dérives ». Si le débat, la contestation des résultats sont l’apanage de toute société dite libre, la haine, la violence et le déferlement d’insultes qui étouffent toute raison démocratique n’en sont-ils pas déjà une dérive ? Ce serait déjà violemment réactionnaire de dire cela, signe concomitant de l’oppression revendiquée pour faire de tous des victimes contre les hommes blancs. Réduction de la vie humaine, de sa richesse et de ses contradictions à non plus un numéro, mais à une couleur. Chacun n’est plus qu’une couleur d’où il parle, et ne peut être écouté que par ceux de même couleur. Là se trouve bien le risque majeur de l’explosion sociétale en fragments ‘. Si le « tout sauf Le Pen », mot d’ordre un peu usé par la répétition peut être rattaché à des faits précis, le « tout sauf Macron », relève d’une autre logique. Il ne s’agit plus là de débattre, mais d’éliminer celui qui, depuis le début de sa présidence, est associé aux juifs, ayant droit à des caricatures que ne renierait pas de minables nostalgiques. Il y a eu des erreurs, bien sûr et il y en aura d’autres, certainement. Mais ceux qui hurlent à la dictature sanitaire mise en place ici devrait aller faire un tour en Chine où ce mot prend tout son sens. Le goût de la menace, aussi violente que lâche, sur les réseaux sociaux a modifié les modes de relations interpersonnelles. Il n’y a plus place à cette chose qui s’appelait « respect », au fondement de la laïcité, et qui laissait une place à l’autre, simplement parce qu’il était présent. Désormais, la seule place accordée à l’autre est celle de cible, coupable et traître, offert aux invectives, aux crachats et plus, si l’occasion s’en présente.

La dissolution de l’individu dans un conglomérat

Ceux que nous honorerons ce soir en leur rendant la dignité de leur nom, ne doivent pas comprendre comment nous avons pu en arriver là. Effet de meute, ou de rendre l’autre « abstrait », comme dans le cas de ceux qui menacent des pires atrocités Mila et viennent au Tribunal dire « je ne me suis pas rendu compte ». Sommes-nous sortis du monde où l’humain prédominait et sommes-nous entrés dans une nouvelle ère? Où l’individu est devenu une particule dans un ensemble qui le dépasse et dont il n’est plus qu’un élément indifférent et interchangeable, presque un « Stück ». A l’instar du monde de l’art où, désormais, des unités de masse ont remplacé la notion d’œuvre, où 28 000 acheteurs font masse pour ensemble fabriquer l’œuvre. Une participation toute virtuelle, car si l’un manque, cela ne remettra pas en cause l’ensemble de ce collectif de masse. En revanche, dans le monde des Mentsch, lorsque l’un vient à manquer, tout l’ensemble est affecté et doit se reconfigurer. Ces collectifs étaient composés d’individus remarqués et remarquables.

Dans ce monde nouveau fait d’unités de communication, où l’autre disparaît dans un halo bleu, la solidarité et le courage, les qualités premières des Mentsch, n’ont plus de sens. Voilà ce qui rend le monde plus dangereux, plus hostile, plus invivable et fait que l’injonction « Plus jamais ça » est devenue un cri de désespoir. Comment se dit « Plus jamais ça » en ukrainien?

Evelyne Gougenheim

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