«Je viens à Jérusalem pour regarder le monde en face» : Bruno Retailleau défend les «liens du sang» entre Israël et la France.
Dans ce tumulte, certains prétendent encore faire la leçon à la communauté juive, en la mettant en garde contre les risques supposés d’un vote en faveur du Rassemblement national, alors même que l’antisémitisme qu’ils contribuent eux-mêmes à propager est devenu une réalité quotidienne.
La gauche, qui n’est plus « caviar », mais bel et bien « caviardée », voudrait encore nous dicter notre conduite, notamment à propos de l’affaire Bardella. Dans le même temps, elle contribue à entretenir, auprès d’une partie de la jeunesse, une hostilité envers Israël qui, sous le voile pudique et commode de l’antisionisme, peut servir de paravent à l’antisémitisme.
Même avec un CRIF qui ne sait plus très bien où il se situe, tandis que nous-mêmes ne savons plus très bien qui il représente, il sera difficile de nous faire croire que cette gauche et le centre macroniste veulent réellement du bien aux Juifs de France.
La solution, non pas pour les Juifs, mais pour la France elle-même, serait peut-être l’émergence d’une grande droite, allant des Républicains au Rassemblement national, capable de redonner au pays sa souveraineté, sa dignité et sa grandeur.
Mais quelle France restera-t-il si les Juifs finissent par la quitter ? Une France privée d’une partie de son histoire, de son intelligence et de son rayonnement. Car sans les Juifs, sans les Léon Blum, Pierre Mendès France, René Cassin et tant d’autres qui ont contribué à sa grandeur, la France aurait assurément une autre saveur.
Et ceux qui prétendent aujourd’hui lui donner des leçons de morale devraient méditer cette évidence : une France qui pousse ses Juifs au départ ne les appauvrit pas seulement, elle s’appauvrit elle-même.
Il y a depuis toujours sa voix. Puis, à la toute fin, il y eut un cri. « Maman ! Ils nous tirent dessus ! ». Depuis le 7 octobre 2023, Cathy Zohar a compris qu’un souvenir était très physique. C’est celui de sa fille, Bar, tuée après s’être fait tirer dessus lors du festival Tribe of Nova, qui la réveille encore en pleine nuit, qui provoque des sueurs froides et qui fait dire à son époux : « Allez viens, on va boire un café, ce n’est pas grave si on dort moins. » Alors que trois ans ont passé depuis l’attentat terroriste du 7 octobre, Bruno Retailleau vient se recueillir à l’endroit du massacre. Des centaines de portraits parsèment le sol de terre battue où ont dansé les jeunes. Le « main stage », d’où on jouait la musique, est encore là. On a planté des fleurs en métal et déposé des bougies.
« Toute la journée, je serai ici. On n’a pas le choix de parler d’elle, tout le temps », lâche Cathy Zohar. « Elle est très jolie. Le bébé de la famille, la petite », sourit tristement Bruno Retailleau devant une mère qui raconte ce qu’allait être la vie de Bar : son entrée prochaine à l’université, l’amour de la musique, des mathématiques, et son petit côté rebelle (« trop intelligente pour être croyante »). La veille, Bruno Retailleau, le seul des prétendants à l’Élysée ayant fait le déplacement, rencontrait la communauté française de Tel-Aviv. Le lendemain, il s’entretient avec le président de l’État d’Israël, Isaac Herzog, à Jérusalem.
Une visite de deux jours pour affirmer que la France est « aux côtés » d’Israël. « Vous ressentez sa présence ? », s’enquiert-il auprès de Cathy Zohar. « Je lui parle beaucoup, parfois j’ai des réponses, parfois, je n’en ai pas. On la sent à la main. J’ai peur d’oublier sa voix, le parfum de son corps. Elle était très… elle était très douce. » Elle se tait. « Vous la sentez heureuse ? », demande le chef LR. « Oui, et cela m’apaise un peu. » Ressent-elle de la « haine » ? « Avant le 7 octobre, je n’en avais pas. Mais depuis, un peu… », souffle-t-elle, pudique. « C’était une jeunesse pacifique, qui ne voulait pas de la guerre », poursuit Bruno Retailleau qui écoute cette nouvelle inquiétude : « J’espère que mon témoignage peut aider à ce qu’on arrête de parler contre Israël, à ce qu’on arrête de parler de génocide à Gaza. Car ce n’est pas la vérité. Si ça c’est un génocide, alors qu’est-ce qu’on a vécu, nous, ici ? ».
« On peut être pour ou contre la guerre à Gaza. Mais ceux qui emploient le terme de génocide veulent excuser les actes terroristes du Hamas et culpabiliser. On n’oublie pas »
Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle
Bruno Retailleau veut faire passer le message : « On peut être pour ou contre la guerre à Gaza. Mais ceux qui emploient le terme de génocide veulent excuser les actes terroristes du Hamas et culpabiliser. On n’oublie pas », affirme-t-il, en rappelant que 51 Français ont perdu la vie. « Il y a les liens du sang entre nos deux pays ». En se quittant, on parle de ce qui « est vivant ». « C’est bien d’être grand-parent. J’ai trois petits-enfants, des garçons, j’attends d’avoir une petite fille », rit Bruno Retailleau auprès de Cathy, grand-mère elle aussi. « Cette terre est imprégnée de sang », a-t-il insisté, en ciblant l’ « extrême-gauche » française « fanatisée » qui qualifie le Hamas de « mouvement de résistance » : « C’est très différent d’avoir le témoignage d’une maman. Le Hamas est un mouvement terroriste qui a défiguré, déshumanisé, talibanisé la cause palestinienne. On ne peut pas se contenter de la mémoire, on doit lutter pied à pied. »
Ce voyage en Israël s’inscrit dans la volonté de Bruno Retailleau de se forger une stature internationale, à sept mois de l’élection présidentielle. « Je ne veux pas qu’en Israël, on puisse penser que la France, c’est la France Insoumise qui flirte avec l’antisémitisme pour draguer le vote islamiste », estime celui qui regrette que la perspective d’une solution à deux États paraisse « lointaine ». « Ce n’est pour cela qu’il faille s’en détourner. » Les conditions sont claires, indique le patron LR : « L’État Israélien et un État Palestinien viable, démocratique, débarrassé du Hamas. Jérusalem comme capitale dans le cadre d’un règlement négocié. Il y a aussi la Cisjordanie : ce qu’il se passe n’est pas la réaction qui doit permettre à Israël, dont je reconnais le droit légitime à assurer son existence, de défendre sa sécurité. » Les critiques de Bruno Retailleau ne s’arrêtent pas à LFI. N’hésitant pas à critiquer l’absence d’Emmanuel Macron à la marche contre l’antisémitisme, il juge : « Président de la République, j’aurais considéré qu’il aurait été de mon devoir d’être en tête de cette marche. » Défendant une approche civilisationnelle du sujet, il abonde en rappelant sa volonté d’inscrire dans la Constitution « nos racines judéo-chrétiennes ». « Pour que notre peuple ne soit pas frappé d’amnésie. »
Aujourd’hui, Jérusalem. En mai dernier, il se rendait à Kiev : le candidat LR veut ainsi être au « cœur du réacteur » des grands conflits. « Le monde connaît un retour à l’état de nature et l’ordre international n’est plus. Dans ce chaos, autre chose émerge et nous devons le penser. Le Général de Gaulle le disait : on ne sépare pas la politique internationale de la politique intérieure », insiste celui qui compte siéger au sein de la commission des affaires étrangères au Sénat. « Aujourd’hui, la France ne compte plus beaucoup. Demain, comme président de la République, je ferai tout pour rétablir cela. Je viens à Jérusalem pour regarder le monde en face. »
JForum.Fr et le Figaro
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