Attention, il y a un agent du Mossad derrière vous

Dans l’ombre des capitales européennes, il portait un nom banal sur une boîte aux lettres anonyme. Pour les voisins, c’était un réfugié de plus, discret, poli, un peu effacé. Pour les enquêteurs spécialisés dans les crimes de guerre, c’était tout autre chose : le général de brigade Khaled al-Halabi, ancien patron redouté de la Sûreté d’État syrienne à Raqqa, et désormais accusé de tortures et de crimes de guerre. Mercredi, après douze ans d’une cavale cousue de faux papiers et de complicités, le Parquet autrichien a enfin dégainé l’acte d’accusation.

L’histoire commence bien loin de Vienne, dans les couloirs étroits de la branche 335 des services de renseignement syriens. À partir de 2008, al-Halabi y règne en maître. Officier druze originaire de Soueïda, il a gravi patiemment les échelons jusqu’à prendre la tête de ce bastion de la Sûreté d’État à Raqqa. Quand le soulèvement contre Bachar el-Assad éclate en 2011, son service figure parmi ceux qui mènent la chasse aux opposants : arrestations ciblées, interrogatoires, confiscation de téléphones, traque de toute fuite vers les médias étrangers.

Les témoignages réunis par le Parquet donnent un décor digne d’un thriller, mais sans glamour : cellules surpeuplées, coups répétés, électrocutions. Vingt et une victimes ont été identifiées à ce stade, torturées par al-Halabi et son équipe entre 2011 et 2013. Certaines affirment avoir été frappées jusqu’à l’évanouissement, dénudées, soumises à des chocs électriques dans les sous-sols de la branche 335. Un autre officier, le lieutenant-colonel Mussab Abu Ruqba, alors responsable des enquêtes criminelles à Raqqa, est lui aussi mis en cause. Son statut actuel reste flou, comme s’il avait glissé entre les mailles d’un filet déjà bien lâche.

Puis, en 2013, la ville de Raqqa tombe aux mains de l’opposition. Pour le général, l’horloge s’emballe. Selon plusieurs enquêtes journalistiques et ONG, al-Halabi aurait, à ce moment-là, changé de camp sans changer de métier : recruté comme agent double par le Mossad tout en étant encore officier du régime, il aurait livré des informations à Israël sur les réseaux du régime et la montée des groupes jihadistes. Lorsque la Syrie devient trop dangereuse, ce sont justement des services occidentaux – dont le Mossad – qui l’aident à disparaître.

La suite ressemble à un road-movie clandestin : passage par la France, trajet en voiture à travers l’Europe, puis atterrissage discret en Autriche. Des documents de procédures et des révélations de presse évoquent un appartement à Vienne payé par le Mossad, une demande d’asile facilitée par des responsables des services autrichiens, et des dossiers accablants qui dorment dans des tiroirs. À tel point que cinq agents autrichiens ont eux-mêmes été jugés en 2023 pour avoir contribué à le protéger.

Pendant ce temps, des ONG et des équipes d’enquête – comme la CIJA, spécialisée dans les crimes du régime syrien – accumulent preuves, documents et témoignages. Des victimes reconnaissent en photo l’homme qui les recevait dans son bureau, parfois après qu’on leur a retiré le bandeau des yeux. L’image de l’officier réfugié, présenté un temps comme un simple demandeur d’asile, commence à se fissurer.

L’acte d’accusation autrichien marque un tournant : pour la première fois, un haut responsable des services d’Assad est officiellement poursuivi dans le pays, rejoignant ainsi la vague de procès engagés en Europe contre les bourreaux syriens. En Allemagne, un ancien colonel, Anwar Raslan, a déjà été condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité ; en Suède, un ex-général, Mohammed Hamo, a été jugé pour son rôle dans les bombardements de Homs et Hama, même s’il a finalement été acquitté. L’Europe devient peu à peu le théâtre d’une justice par ricochet, fondée sur la compétence universelle.

Face aux accusations, al-Halabi nie tout en bloc par la voix de ses avocats. Pour lui, il n’était qu’un maillon d’une machine qu’il ne contrôlait pas, un soldat exécutant des ordres dans un pays en guerre. Mais le récit de l’homme traqué, protégé un temps par des services secrets, puis rattrapé par les dossiers qu’il croyait enterrés, ne joue plus seulement sur le registre de l’espionnage : il devient un cas-test. Celui d’un monde où, même pour les doubles agents, les archives et les témoins parlent plus longtemps que la protection des services qui, un jour, ont jugé utile de les sauver.

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Franck DEBANNER

Et pendant ce temps, la macronette reçoit, au nom de la francekipu, le meneur antijuif des nazislamistes. Celui qui a, sur les pattes, le sang des 21 enfants de l’école de Maâlot en 1971.

Il est très possible que cet article existe, parce que le coupable a aidé Israël par intérêt. Sinon, on n’en aurait jamais entendu parler.