Le judaïsme subversif, percute nos vieilles idées ; osons regarder d’un oeil critique un de ses événements consensuels, la révolte du Ghetto de Varsovie. Début 43, alors que 300.000 Juifs du Ghetto ont péri, des insurgés prennent les armes, décidant de résister à la mort. Après des mois de vaillants combats, malgré une inégalité absolue en leur défaveur, la révolte est écrasée. Du point de vue symbolique, cette révolte a été magnifiée par
* Israël, pour lutter contre les Juifs menés « à l’abattoir comme des moutons » et rappeler aux israéliens que leur attitude ne pouvaient que s’inspirer des héros du Ghetto afin de leur éviter toute passivité.
* les diasporas pour « ne plus se laisser faire et se résigner, comme l’ont fait de nombreux Juifs au comportement façonné par l’exil, les persécutions ou l’intellectualisme, mais, prendre les armes, résister, » (CRIF).
Pour la Tradition, que dire de la Révolte du Ghetto ; quelle place accorder à l’héroïsme de son chef, Morde’haï Anielewicz, et de ses disciples ?
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L’Héroïsme selon la Thora
Yeshayahou Leibowitz rappelle à propos de Hanouka dans ‘Les Fêtes Juives’ (Cerf), qu’il
existe diverses sortes d’héroïsme. La Tradition valorise celle qui « fait triompher la conscience de ses obligations sur ses tendances naturelles et ses pulsions » (ex. Ben Zoma, Talmud Avot : « Le héros ? Celui qui maîtrise son instinct »).
A côté de cela, l’héroïsme guerrier ne recueille nulle estime particulière de la part de la Tradition, bien qu’il soit célébré dans toutes civilisation et à toutes époques. La prise d’armes n’est donc pas la définition du héros juif qui doit plutôt développer « la maîtrise de son appât du gain, du pouvoir, des honneurs ou de sa libido sexuelle (…) formes d’héroïsme méprisées car difficile à atteindre, et ne jouissant dès lors pas d’une grande attention dans nos institutions éducatives. »
On peut donc être surpris de voir le judaïsme récent présenter cette révolte armée comme paradigme d’un peuple juif fier et libéré de ses réflexes culpabilisants.
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La Résistance juive des « moutons à l’abattoir »
Leibowitz va encore plus loin dans sa critique en ne trouvant nullement scandaleux pour un peuple de s’être laissé « mener à l’abattoir ». Provocateur et citant Isaïe (53), il souligne l’incompréhension et le mépris dont les populations juives ont été l’objet, durant la Shoah
« Maltraité, il n’ouvrait pas la bouche, tel l’agneau que l’on mène à l’abattoir ou la brebis muette devant ceux qui la tondent. Signes négatifs de notre situation spirituelle et morale qu’il y ait parmi nous des gens qui rougissent de leurs pères, assassinés comme ‘bétail à l’abattoir’ , honteux de l’expression insultante pour la génération qui a créé Israël en 48, loin de la vieille conduite diasporique ».
On doit contester la critique des juifs morts sans combat : ils ont sacrifié leur vie par devoir envers D. et sa Thora. Si chacun peut ne pas s’identifier au ‘bétail’ d’Isaïe, nulle source juive ne peut justifier le mépris de ces millions de héros juifs, morts tels « du bétail à l’abattoir ».
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La Résistance sans arme, ô combien plus décisive !
Leibowitz insiste sur le fait que la résistance juive s’incarne autrement que par les armes : actes occultés par l’Histoire de la Shoa, mais puissants et basés sur une résistance spirituelle. Concernant cette superbe et vraiment héroïque résistance spirituelle dans les ghettos et camps de concentration, il faut lire ‘Célébrations dans la tourmente ‘ (Verdier) et ‘Responsa from the Holocaust’, décrivant ces Juifs qui, au péril de leur vie, maintenaient le jeûne de Kippour, ce qu’ils pouvaient des fêtes juives, contre toute explication rationnelle…
Porter au pinacle une démarche militaire ‘héroïque’, nullement rattachée à l’héritage spirituel juif, en méprisant d’autres attitudes non moins héroïques bien que nullement armées, représente une trahison envers ces millions de juifs dont l’intensité existentielle plus discrète a été in fine nettement plus décisive pour la survie du peuple juif.
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La Résistance juive : tout dans l’Esprit…
Message fort difficile à entendre, vue l’unanimité autour de la révolte du Ghetto… et pourtant, il n’est qu’à examiner les leçons de la résistance juive de Hanouka pour comprendre :
* qu’ il ne s’agit pas d’une lutte entre Juifs et Grecs, mais d’une guerre entre Juifs fidèles au message de la Thora et Juifs hellénisés (ex : la guerre commença lorsque Mattitiahou tua un Juif hellénisé qui avait sacrifié à un d.ieu de l’Olympe)
* que la lutte n’est valorisée que si son fondement s’identifie à une vraie volonté de faire vivre le message divin et l’héritage spirituel d’Israël. Témoin, la réticence avec laquelle les Sages Juifs ont intégré la victoire militaire dans la célébration de la fête de Hanouka : mise en avant exclusive dans le Talmud et par le seul rite du miracle de la fiole, refus d’intégrer le livre des Maccabées dans le Canon biblique…
Si nos dirigeants veulent être fidèles au message de la tradition juive et de Hanouka, peut-être devraient-ils reconsidérer la façon dont ils exploitent et interprètent certains pans de l’histoire de notre peuple, comme la Révolte du Ghetto de Varsovie.
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http://yerouchalmi.web.officelive.com/Yer122.aspx
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Si je peux me permettre de donner un avis – je suis née après la guerre et il est très difficile de porter un jugement soixante cinq ans après – il me semble que les juifs qui sont allés « comme des moutons à l’abattoir » et ceux qui se sont révoltés à Varsovie, et dans d’autres lieux, avaient tous raison. Les gens qui ont continué à vivre selon la Torah dans les conditions épouvantables du ghetto, et même dans les camps – certains ont jeûné à Yom Kippour raconte Elie Wiesel dans « la Nuit » – portaient l’âme éternelle d’Israël et ceux qui ont combattu pour mourir debout plutôt que de vivre à genoux, ceux là aussi la portaient, d’une autre façon, complémentaire. Aujourd’hui les jeunes qui se battent dans Tsahal et les hommes et les femmes qui prient au Kotel sont ensemble indispensables à Israël, pourquoi les opposer ???
Am Israel Hay, grâce aux deux, shalom, votre soeur Claire