France méprisable

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    Indulgence d’un jury, complaisance des médias, les tortionnaires et assassins du jeune Ilan Halimi ont été jugés.

    Le verdict est tombé. Sans étonnement, les journaux le publient, l’accompagnant parfois de commentaires qui donnent la nausée.

    Une phrase revient, odieuse, à propos du jeune Ilan : «Exhumé et enterré à Jérusalem en février 2007, il est devenu un martyr de la communauté juive.»

    La France absente

    Incapable d’avoir su protéger un jeune homme de l’antisémitisme au présent, comme elle aurait été incapable de protéger le lieu où il aurait été enseveli.

    Et maintenant d’une phrase, la France qui s’exclut d’un deuil, d’une douleur.

    La monstruosité ne la concerne pas. Pas profondément. Poliment désolée. Comme en parlant de temps anciens où elle se déshonora.

    Les tortionnaires, les assassins ont été protégés par le huis-clos d’un procès. Deux d’entre eux l’ont souhaité ainsi. Protégés par l’anonymat.

    Lâches jusqu’au bout.

    Ce soir, la presse donne la nausée. Oubliant jusqu’aux menaces proférées dans la salle d’audience, oubliant la haine qui a rendu ce crime atroce possible, elle attribue l’important dispositif policier mis en place autour du tribunal à la présence de quelques jeunes gens.

    Juifs, ce sont les seuls nommés. Passionnés certes. Mais dont la colère est quotidiennement alimentée par un danger réel. Au moins dire cela.

    La disproportion des forces ne semble pas étonner les observateurs. Tous ces policiers pour quelques jeunes gens ? Pour eux seuls ? N’y aurait-il rien d’autre à redouter. Silence encore.

    Un soir à l’indifférence hélas prévisible.

    En un pays plus émotif quand il s’agit d’évoquer le passé et de pleurer les victimes d’alors… mais peut-être ne sait-il pleurer que sur lui-même.

    Pays méprisable qui s’exclut de l’effroi, de la douleur en quelques phrases.

    Qui ose nommer ses citoyens juifs comme dissociables de lui.

    Un jeune Français a subi une effroyable mise à mort.

    Sans respect pour sa mémoire, le voici “martyr” (quel sens exactement lui donnent ceux qui l’écrivent ?) non de son pays, mais d’une communauté…

    Presque étranger.

    Bernadette Capdevielle © Primo, 10 juillet 2009

    Lire ” Impressions de manif “, de Primo, du 26 février 2006. Nous avions déjà senti le mauvais vent.

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