Pourquoi nient-ils les crimes du 7 octobre ?
Ben M. Freeman
Le négationnisme de la Shoah et le négationnisme des événements du 7 octobre servent tous deux la même fonction idéologique: protéger les auteurs des crimes tout en présentant la souffrance juive comme intrinsèquement suspecte ou manipulatrice.
Le déni des crimes sexuels du Hamas n’est pas motivé par un manque de preuves, mais par un refus de permettre aux victimes juives de perturber les récits idéologiques.
Le déni n’est jamais neutre. Lorsque les atrocités commises contre les Juifs sont minimisées, effacées ou sans cesse remises en question, les victimes sont violées une seconde fois par le déni de leurs souffrances.
Tout en consignant leurs crimes avec une précision obsessionnelle, les nazis s’efforçaient de les nier et de les effacer. Au fur et à mesure que la Shoah se déroulait, ils œuvraient à dissimuler les preuves : destruction de documents, démantèlement des camps, incinération des corps et effacement des traces des massacres. Pourtant, une fois la guerre terminée et l’ampleur de l’Holocauste devenue indéniable, les nazis et leurs alliés idéologiques ne renoncèrent pas au déni. Au contraire, ils l’intensifièrent. Ils cherchèrent à réécrire la réalité elle-même en niant, minimisant, relativisant ou déformant les crimes qu’ils avaient commis.
Ce phénomène a fini par prendre une ampleur mondiale, malgré le fait que l’Holocauste soit l’un des crimes les mieux documentés de l’histoire de l’humanité. Des montagnes de preuves existaient : registres de transport, photographies, films, infrastructures des camps, témoignages de témoins oculaires et de survivants, aveux des bourreaux et vestiges matériels de ce massacre industrialisé. Rien de tout cela n’a suffi aux négationnistes. Car le négationnisme n’a jamais reposé sur des preuves. Il s’agissait de réhabiliter les bourreaux, de délégitimer les souffrances des Juifs et, une fois de plus, de les présenter comme des manipulateurs et des menteurs, instrumentalisant le statut de victime pour susciter la compassion, asseoir son pouvoir ou en tirer un avantage politique.
Le déni comme guerre idéologique
Aujourd’hui, une situation étrangement similaire se déroule autour du 7 octobre, notamment en ce qui concerne les crimes sexuels perpétrés par le Hamas contre des femmes, des hommes et des enfants israéliens.
Un rapport majeur récemment publié par la Commission civile , dirigée par l’incomparable Dr Cochav Elkayam-Levy, présente ce que CNN a qualifié de « corpus de preuves le plus complet à ce jour » documentant les violences sexuelles systématiques perpétrées pendant et après le génocide du 7 octobre. Ce rapport s’appuie sur les témoignages de survivants, d’otages libérés, de témoins oculaires, de preuves médico-légales, de thérapeutes, d’experts médicaux et de secouristes. Sa conclusion est sans équivoque : le Hamas et les groupes terroristes qui lui sont affiliés ont utilisé les violences sexuelles comme une arme de guerre délibérée, conçue pour maximiser la douleur, l’humiliation et la terreur.
Les détails sont absolument horribles. Des femmes ont été violées près des corps de leurs amies assassinées. Des victimes ont été retrouvées partiellement dénudées, mutilées, attachées à des arbres et des poteaux, blessées par balle aux parties génitales ou exécutées après avoir été agressées. Des témoins ont décrit des viols collectifs lors du festival Nova. D’anciennes otages ont témoigné d’abus sexuels, de nudité forcée, de menaces de mariage forcé et d’humiliations sexuelles prolongées en captivité.
Les terroristes du Hamas et de nombreux Palestiniens auteurs de ces crimes ont enregistré leurs actes avec des détails insoutenables. Meurtres, enlèvements, tortures, humiliations et violences sexuelles ont été filmés, photographiés, glorifiés et diffusés en ligne par les auteurs eux-mêmes. Dans certains cas, les atrocités ont été diffusées en direct via les téléphones portables et les comptes de réseaux sociaux des victimes. Contrairement aux nazis, la violence du Hamas n’était pas dissimulée ; elle était médiatisée et glorifiée.
Et pourtant, le déni persiste.
Presque immédiatement après le 7 octobre, avant même que les corps ne soient refroidis, les réseaux sociaux se sont enflammés d’affirmations selon lesquelles les témoignages de viols étaient de la « propagande israélienne ». Militants et commentateurs ont insisté sur l’absence de preuves. D’autres ont prétendu que les Israéliens avaient fabriqué ces allégations pour justifier la guerre. Certains ont exigé des critères de preuve impossibles à respecter, quasiment jamais appliqués ailleurs dans le monde en matière de violences sexuelles. Aujourd’hui encore, alors que les témoignages s’accumulent et que de nouveaux éléments de preuve apparaissent, le déni reste profondément ancré dans certains milieux militants, universitaires et médiatiques.
C’est parce que, comme pour le négationnisme, il ne s’agit pas ici de preuves. Le négationnisme a émergé malgré des preuves accablantes car il servait un dessein : préserver l’image morale des bourreaux tout en transformant les Juifs de victimes en imposteurs. Le négationniste ne se contente pas de rejeter les faits ; il nie la légitimité même des souffrances juives. Ce même mécanisme est à l’œuvre aujourd’hui.
Quand la souffrance juive devient gênante
Pour beaucoup de personnes attachées à une vision du monde où Israël incarne le mal absolu et les Palestiniens le statut de victimes absolues, la reconnaissance des crimes sexuels du 7 octobre crée des tensions. Les femmes juives ne peuvent être considérées comme des victimes car leur réalité complexifie le récit. La souffrance israélienne devient idéologiquement intolérable. Elle doit donc être mise en doute, occultée, minimisée, voire effacée. C’est pourquoi une grande partie du négationnisme du 7 octobre se concentre précisément sur les crimes sexuels.
Dans la société contemporaine, les violences sexuelles revêtent un poids moral particulier. Reconnaître que les terroristes du Hamas et leurs collaborateurs ont commis des actes de viol, de mutilation et de torture sexuelle généralisés et systématiques obligerait de nombreux militants à se confronter à une réalité : celle d’individus et de mouvements qu’ils ont célébrés, idéalisés, excusés ou minimisés, et qui ont commis des actes d’une brutalité extrême.
Il convient également de reconnaître le caractère profondément antisémite de ce phénomène. Les Juifs font l’objet d’une suspicion particulière quant à leurs souffrances, suspicion qui s’est normalisée dans la vie politique et culturelle. La méfiance envers le témoignage juif est si profondément ancrée que beaucoup ne la perçoivent même plus comme un préjugé.
Le crime s’est poursuivi malgré l’effacement
La tragédie ne réside pas seulement dans les crimes eux-mêmes, mais aussi dans ce que leur déni révèle du monde dans lequel vivent les Juifs. Après l’Holocauste, beaucoup pensaient que l’humanité avait tiré une leçon : celle d’une obligation morale d’écouter les victimes, de documenter honnêtement les atrocités et de veiller à ce que la violence génocidaire ne soit plus jamais effacée par la propagande et le négationnisme. Pourtant, quelques heures seulement après le 7 octobre, cette promesse a commencé à s’effondrer sous nos yeux.
La leçon du négationnisme aurait dû nous apprendre que les preuves, à elles seules, ne suffisent jamais face à la haine à motivation idéologique. Il n’y aura jamais assez d’images, assez de témoignages, assez de témoins, assez de preuves médico-légales, ni assez de rapports pour ceux qui ont déjà décidé que les souffrances juives ne comptent pas.
Voilà le véritable lien entre le négationnisme de l’Holocauste et le négationnisme du 7 octobre. Tous deux reposent en fin de compte sur le même postulat de base : que les Juifs sont particulièrement indignes de foi, particulièrement suspects dans leurs souffrances et particulièrement indignes de compassion morale.
En fin de compte, lorsque ces crimes sont niés, minimisés, relativisés ou effacés, les victimes subissent une seconde violation. Les personnes assassinées sont privées non seulement de leur vie, mais aussi de la vérité sur ce qui leur a été fait. Les personnes violées sont privées non seulement de leur autonomie corporelle, mais aussi de la dignité de voir leurs souffrances reconnues. Le déni n’est jamais neutre. Il perpétue le crime par l’effacement.
C’est pourquoi parler clairement du 7 octobre, notamment des crimes sexuelssystématiques perpétrés contre les femmes et les filles, est si important. Nous ne pouvons ramener à la vie ceux qui ont été assassinés. Nous ne pouvons effacer les horreurs infligées aux victimes. Mais nous pouvons refuser de les abandonner au silence, à la déformation de la vérité et au déni. Nous pouvons témoigner. Nous pouvons parler franchement. Et nous pouvons faire en sorte que ceux qui ont souffert ne soient pas effacés par un monde qui a trop souvent du mal à reconnaître la souffrance juive.

Fondateur du mouvement moderne de la fierté juive, Ben M. Freeman est l’auteur d’une œuvre, à la fois pédagogique, inspirante et novatrice, porte sur l’identité juive et l’antisémitisme, tant historique que contemporain. Spécialiste de la Shoah depuis plus de quinze ans, Ben est rapidement devenu l’une des figures de proue de la pensée juive et de la lutte contre l’antisémitisme au sein de sa génération.
JForum.fr avec HonestReporting
Photo de Ben M. Freeman
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