LA LOI ET LA GRÂCE
Par Maurice-Ruben HAYOUN

Généralement le monde chrétien a opposé la Loi à la Grâce.

  • La Loi (le Judaïsme)
  • La Grâce (Le Christianisme).

Cette opposition factice a contribué à éloigner toujours un peu plus les deux rameaux du monothéisme juif.

Les Juifs étaient accusés de pratiquer le sens charnel des Écritures tandis que les Chrétiens pratiquaient l’exégèse spirituelle de la Thora.

Exemples :

  • La circoncision est comprise comme un acte spirituel ;
  • La Pâque juive ne doit pas être célébrée avec du pain azyme (Matzot) : selon eux, le texte ayant pris les images symboliques, le pain levé connote l’arrogance, tandis que le pain non levé connote la modestie, l’humilité et le dévouement.

Les Chrétiens ont voulu faire de la Thora le régime de la Grâce. Par exemple, ne pas infliger de punition trop forte et faire confiance à la nature humaine, à l’amour du prochain, en espérant qu’il s’amendera de lui-même et par lui-même.

Les rabbins se sont souvent demandé comment neutraliser cet espace béant entre les deux approches, le Christianisme d’une part, et le Judaïsme d’autre part.
Ce n’est pas chose facile, et cela dure depuis plus de 2000 ans.

Que l’on me permette de retracer l’arrière-plan historique de cette controverse.

L’enjeu est vital pour les deux confessions ; l’une prétend que le monde a été créé sous le signe de la Grâce, et l’autre soutient qu’il faut beaucoup travailler pour que le monde devienne un espace où la Grâce règne :
Un monde fraternel, consensuel, où la mort n’existe plus, etc…
Le monde lui-même est le reflet de cette opposition.

Il est dit dans le Talmud que Dieu a créé le monde à l’aide des 22 lettres de l’alphabet hébraïque. Cela signifie que l’intelligibilité du monde est assurée par la Grâce divine (HEN).

Le monde a été créé pour que l’homme puisse y vivre heureux sous la loi divine.

Personne n’a réussi à enjamber ce gouffre ni à en réduire l’effet délétère.

Cette expression des Psaumes (La Grâce et la Bienveillance / Hen Véhéssed) signifie justement cette volonté d’échapper à cette opposition.

Créer le monde avec des lettres n’a pas échappé à la sagacité des kabbalistes en herbe, ils en ont déduit le système séfirotique, qui a totalement restructuré l’essence divine. C’est une révolution Copernicienne de la théologie juive.

Les mots « séfirot » et « kabbale » n’interviennent pas dans la bible hébraïque, c’est une innovation.

Les kabbalistes ont institué l’existence de 3 séfirot supérieures, absolument inconnaissables pour l’être humain, connues de Dieu seul, dont elles constituent l’essence.

Les sept autres séfirot sont dites « séfirot de la création du monde ».

Tout ce vocabulaire, toutes ces idées, n’apparaissent pas dans la Bible hébraïque et pourtant, elles sont devenues l’incarnation de la théologie juive du Moyen-Âge, notamment aux yeux des Chrétiens.

Comment s’est effectuée cette opération de substitution dont nous parlions plus haut ? Il semble que ces transformations se soient faites dans la durée et dans le silence.

Maurice-Ruben HAYOUN
23 mars 2026

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève.
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