Ce nouveau récit régional qui redéfinit Israël

Un nouveau récit gagne en influence dans le monde arabe, établissant une comparaison entre les ambitions régionales de l’Iran et celles d’Israël. Cette symétrie, loin d’être neutre, marque un changement de perception potentiellement défavorable à Israël. Un article récent, publié par une figure proche des cercles saoudiens, présente l’histoire régionale comme un affrontement entre deux projets expansionnistes : l’un iranien, cherchant à étendre son influence de Téhéran jusqu’à la Méditerranée et la mer Rouge, et l’autre israélien, promouvant le concept d’un « Grand Israël ». Cette analogie, contestée historiquement, est perçue comme stratégiquement dangereuse, car elle remet en question la nature d’Israël dans la région.

Depuis plusieurs décennies, c’est l’Iran qui a déployé un réseau régional d’alliés et de milices au Liban, en Syrie, à Gaza et au Yémen, visant à étendre son influence au détriment de la souveraineté des États voisins. Israël, en revanche, n’a jamais adopté cette stratégie d’expansion par des proxies. Toutefois, la dynamique politique interne israélienne, marquée par des discours favorisant le rattachement de territoires, la domination permanente sur certaines zones et la modification des frontières par la force, alimente ce nouveau récit. Les déclarations publiques de responsables israéliens sur le possible annexement de la Cisjordanie et la reprise de la colonisation à Gaza renforcent cette perception d’une volonté d’expansion territoriale.

Ce changement de narration intervient dans un contexte où l’influence iranienne semble s’affaiblir à la suite de conflits régionaux, créant un vide stratégique. Cette situation suscite une interrogation croissante dans le monde arabe : si l’Iran se retire, Israël cherchera-t-il à combler ce vide ? Pour les pays du Golfe, cette question dépasse le cadre théorique, car leur rapprochement avec Israël reposait en partie sur une opposition commune à l’Iran. Une collaboration durable nécessite cependant que l’un des partenaires ne soit pas perçu comme un acteur hégémonique. Le risque est que ce nouveau récit transforme Israël d’un partenaire technologique et sécuritaire en une puissance régionale aux ambitions territoriales, ce qui pourrait éloigner des alliés potentiels.

Ce récit qui tend à placer Israël et l’Iran sur le même plan doit donc être relativisé. Assimiler l’État hébreu à un projet impérial comparable à celui de Téhéran revient à ignorer une différence essentielle : l’Iran a bâti son influence sur un réseau de milices, de pressions idéologiques et de déstabilisation régionale, tandis qu’Israël s’est imposé avant tout par sa puissance militaire, technologique, économique et diplomatique. La récente envolée du shekel face au dollar et à l’euro illustre d’ailleurs une réalité plus profonde : pour une partie des économistes et des marchés, un Israël durablement libéré de la menace iranienne directe pourrait apparaître non comme un facteur de désordre, mais comme l’un des pôles de stabilité et de prospérité du Moyen-Orient. Reste à Israël de ne pas offrir à ses adversaires les mots dont ils ont besoin. Une ligne politique claire, refusant toute ambiguïté expansionniste, renforcerait sa crédibilité et consoliderait son rôle de puissance régionale responsable.

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