Mariage civil; Le vote qui fâche les orthodoxes

Le vote inattendu du président de la Knesset en faveur d’un projet de loi sur le mariage civil a déclenché une tempête politique au sein de la coalition israélienne. En se prononçant pour un texte porté par l’opposition, Amir Ohana, membre du Likoud, a provoqué la colère immédiate des partis orthodoxes, qui dénoncent une rupture des accords historiques régissant le statu quo religieux en Israël.

Le projet de loi, adopté en première lecture, vise à introduire une forme de mariage civil dans un pays où seuls les mariages religieux sont actuellement reconnus par l’État. Cette avancée procédurale ouvre désormais la voie à un examen approfondi en commissions parlementaires, mais elle ravive surtout un débat ancien et profondément clivant au sein de la société israélienne. Pour les partis religieux, cette initiative constitue une menace directe contre le rôle central des institutions rabbiniques et contre l’identité juive de l’État.

Les réactions n’ont pas tardé. Le parti Degel HaTorah a publié un communiqué particulièrement sévère, estimant que le soutien d’Amir Ohana à ce texte contredit explicitement les engagements pris entre le Likoud et les formations orthodoxes pour préserver le statu quo sur les questions de statut personnel. Le message est clair : le soutien accordé à Ohana lors de son accession à la présidence de la Knesset est désormais perçu comme une erreur politique majeure.

Le ton est monté d’un cran avec les déclarations de Yitzhak Goldknopf, président du parti Judaïsme unifié de la Torah. Selon lui, le vote du président de la Knesset représente un « mépris flagrant » de la Torah et une violation directe de l’alliance historique entre le Likoud et les partis haredi. Le parti Shas a, lui aussi, condamné fermement cette prise de position, affirmant qu’elle porte atteinte à l’institution du mariage selon la loi juive et remet en cause la légitimité d’Ohana à occuper une fonction censée représenter l’ensemble du camp religieux.

La polémique est d’autant plus sensible que le statut personnel est l’un des piliers du compromis politique israélien depuis la création de l’État. Aujourd’hui encore, les citoyens israéliens ne peuvent se marier légalement que par l’intermédiaire des autorités religieuses reconnues – juives, musulmanes, chrétiennes ou druzes. Cette situation contraint chaque année des milliers de couples, notamment interreligieux ou de même sexe, à se rendre à l’étranger pour officialiser leur union, avant de faire reconnaître leur mariage en Israël.

Le vote d’Amir Ohana revêt également une dimension personnelle et symbolique. Ouvertement homosexuel, vivant avec son conjoint et père de deux enfants nés par gestation pour autrui, le président de la Knesset incarne pour ses détracteurs une remise en cause du modèle traditionnel défendu par les partis orthodoxes. Pour ses soutiens, au contraire, sa position reflète l’évolution d’une partie de la société israélienne vers davantage de pluralisme et de reconnaissance des choix individuels.

Au-delà du débat sociétal, l’enjeu est éminemment politique. Les alliances entre le Likoud et les partis orthodoxes sont un facteur clé de la stabilité gouvernementale. Toute initiative touchant au mariage civil est donc perçue comme un test de loyauté au sein de la coalition. Le vote de mercredi fragilise cet équilibre délicat et pourrait avoir des répercussions sur les relations entre les partenaires gouvernementaux dans les mois à venir.

Si la route législative du projet reste longue et incertaine, l’épisode souligne une réalité persistante : la question du mariage civil demeure l’un des sujets les plus explosifs de la vie politique israélienne, à la croisée des enjeux religieux, identitaires et institutionnels.

 

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