« Du plateau à la caverne : l’étonnante métamorphose de Cyril Hanouna (une interview d’Hebdotv)
Après sa décision fracassante de claquer la porte de W9 pour rejoindre Arte cette rentrée — un choix aussi inattendu que retentissant dans le paysage audiovisuel français —, Cyril Hanouna nous a convié dans sa nouvelle demeure minimaliste, où trônent désormais une statue de Bouddha, une pile de livres de philosophie… et aucun écran.
Journaliste : Cyril Hanouna, merci de nous accorder cette interview. On vous avait laissé en pleine tempête médiatique… Et voilà qu’on apprend que vous ferez votre rentrée… sur Arte ?
Cyril Hanouna : Eh ouais ma poule. Même moi j’y crois à peine. J’te jure, parfois j’ai l’impression d’être dans une caméra cachée… Mais non. C’est réel. Mais franchement, je ne pouvais pas faire autrement. Notamment après mon petit pèlerinage dans le sud et ces dernières semaines qui m’ont fortement marqué… ça a été un tournant. J’te le dis : j’ai pris une baffe monumentale. Pas un petit tacle entre chroniqueurs. Une vraie claque. Cosmique. Spirituelle. Métaphysique, carrément.
Journaliste : Revenons un peu en arrière. Il y a quelques mois à peine, votre émission est suspendue, C8 coupe le signal, vous quittez le groupe Canal dans la foulée… Que s’est-il passé ?
Cyril Hanouna : J’étais furax. Vraiment. Contre tout le monde. L’Arcom, les bobo-gauchistes, wokistes, ayatollah verts et Féministes ! Acrimonie XXL. J’ai balancé les fiches, le prompteur, même les nouilles dans le slip. J’ai dit adios à mes amours ! Bref, j’avais besoin d’air. Je suis parti à Saint Jean Cap Ferrat, une baraque de ouf, piscine, vue sur la mer, j’me suis dit : « Là, je vais me détendre. »
Journaliste : Et c’est là que tout bascule ?
Cyril Hanouna : Exactement. Un jour, alors que je suis posé oklm comme disent les jeunes, coupure d’internet. Impossible de mater Netflix, ni même Touche pas à mon poste – les moments cultes. Et là, sur la table de chevet, y’a un vieux bouquin poussiéreux… Les Pensées de Blaise Pascal. J’me suis dit : « Pourquoi pas ? » Histoire de rigoler un peu.
Et là… ravissement. J’te jure, j’ai pas dormi de la nuit.
Journaliste : Quel passage vous a marqué au point de bouleverser votre vie d’avant ?
Cyril Hanouna : Il y aurait tellement à dire. La plume de Pascal est bouleversante. Mais je crois bien que c’est le passage sur le divertissement qui m’a le plus touché. Pascal explique qu’on se divertit tout au long de notre vie pour fuir l’essentiel : notre misère, notre finitude, notre condition de mortels et misérables. On préfère courir, s’agiter, faire mille choses plutôt que de rester seuls face à nous-mêmes et d’éventuellement découvrir notre propre vacuité, le néant qui habite, l’être humain. Ce n’est pas un simple jugement moral : il reconnaît même que c’est souvent nécessaire. Mais au fond, pour lui, seul Dieu peut combler ce vide. Le divertissement n’est qu’un pansement sur l’abîme.
Une citation que j’ai retenue par cœur : « Divertissement. Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés pour se rendre heureux de n’y point penser » (Les Pensées)
Frérot, j’me suis pris une baffe dans l’âme. Moi, qui passais mes journées à faire des polémiques non stop pour faire du buzz, du cash quoi, moi qui passais mon temps à faire sauter des chroniqueurs sur des trampolines en criant « Ouais ouais ouais c’est la grosse Darka! » « C’est Baba qui rigole aujourd’hui» , j’ai compris. J’étais le divertissement. J’étais LE problème, tout en étant moi-même diverti.
Le divertissement en soi n’est pas tant un problème, comme le souligne d’ailleurs l’ami Pascal. Mais là, j’étais le divertissement dans le sens le plus péjoratif/négatif qui soit.
Journaliste : Et ensuite ?
Cyril Hanouna : Grosse réflexion, passage à vide, et vu que dans la baraque, il y avait des tas de livres de philo, je décide d’enchaîner quelques jours plus tard avec La République de Platon. J’en avais déjà entendu parler comme tout le monde, mais je n’avais jamais pris la peine de lire le bouquin. Et là, après dingueries “philosophiques” sur dingueries, je tombe sur le fameux livre VII, l’allégorie de la caverne.
Je te le dis sans ambages : j’ai pris une autre claque métaphysique ! Je me suis vu dans la caverne frérot !
J’étais le marionnettiste, le gars qui montrait les ombres aux autres (le royaume des apparences), en leur disant que c’était la vraie vie. J’ai compris que pendant toutes ces années, j’ai participé allègrement à ce que l’ami Debord appelait naguère « la société du spectacle », j’ai participé à plein au fétichisme de la marchandise, à l’aliénation, à la mise en place et à la perpétuation des royaume des apparences, des opinions, de la Doxa etc. J’ai vendu du vide, du paraître, de la doxa. J’ai abruti les masses. J’en ai chialé frangin !
Journaliste : Dans nos échanges par message, vous me disiez également avoir aussi lu Bourdieu… Que de lectures !
Cyril Hanouna : Oui ! Une claque de plus. Je suis tombé Sur la télévision. Pour vos lecteurs qui éventuellement ne le sauraient pas, je crois que son livre “Sur la télévision” est une retranscription du contenu de deux émissions télévisées de Gilles l’Hôte : Sur la télévision et Le champ journalistique, réalisées et diffusées en 1996. Dans ce bouquin, Bourdieu fait part de ses recherches sur la télévision, la censure invisible qui s’exerce sur le petit écran, comment la télé domine le monde du journalisme et a profondément altéré le fonctionnement de nombreux univers tel que l’Art, la littérature, la philosophie, la politique, la justice et la science.
Une citation qui m’a beaucoup marqué :
« les faits divers, qui ont toujours été la pâture préférée de la presse à sensations ; le sang et le sexe, le drame et le crime ont toujours fait vendre et le règne de l’audimat devait faire remonter à la une, à l’ouverture des journaux télévisés, ces ingrédients que le souci de respectabilité (…) avait jusque-là porté à écarter ou à reléguer. Mais les faits divers, ce sont aussi des faits qui font diversion.
Le fait divers, c’est cette sorte de denrée élémentaire, rudimentaire, de l’information qui est très importante parce qu’elle intéresse tout le monde sans tirer à conséquence et qu’elle prend du temps, du temps qui pourrait être employé pour dire autre chose.
Or le temps est une denrée extrêmement rare à la télévision. Et si l’on emploie des minutes si précieuses pour dire des choses si futiles, c’est que ces choses si futiles sont en fait très importantes dans la mesure où elles cachent des choses précieuses. Si j’insiste sur ce point, c’est qu’on sait par ailleurs qu’il y a une proportion très importante de gens qui ne lisent aucun quotidien ; qui sont voués corps et âme à la télévision comme source unique d’informations. La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d’une partie très importante de la population. Or, en mettant l’accent sur les faits divers, en remplissant ce temps rare avec du vide, du rien ou du presque rien, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques. »
Bref, j’en ai également profité pour lire certains de ses articles, des extraits de certains de ses livres (Les héritiers, Distinctions, La Misère du Monde). Bref, je pense qu’il va devenir un nouvel ami, le poto Bourdieu ! le mec démonte tout. Il parle de la violence symbolique, des logiques de distinction, de la reproduction sociale.
Surtout, cela m’a révélé des choses ! Moi, qui croyais être un rebelle du paf… Eh bien, j’étais juste un animateur, un rouage. Un outil de domination culturelle.
Journaliste : Et c’est tout ça qui vous a poussé à changer ?
Cyril Hanouna : Frérot, j’ai fait un pèlerinage intérieur. Cela a été un choc ces quelques semaines ! Lecture de Simone Weil, méditation bouddhiste. J’ai jeté ma Rolex, mes bagues et mes chaînes bling-bling. Je ne jure aujourd’hui que par cinq, six tee-shirts en coton bio, une garde-robe simple ! Je mange du quinoa et je suis même devenu végétarien. Je fais l’éloge de la lenteur, de la sobriété, de la réparation. J’achète plus rien en plastique. J’ai même arrêté les blagues sur les Belges. Bref, je suis devenu une caricature de bobo-gauchiste mon pote ! Manque plus que le sarouel, et la boucle sera bouclée ahaha !
Journaliste, qui sourit : Pas besoin d’aller jusque là monsieur Hanouna ! Et donc, Arte ?
Cyril Hanouna : À ce stade, avec tout ce que j’avais traversé, je ne pouvais plus faire semblant. Je ne pouvais plus me mentir. J’ai pris mon courage à deux mains, je suis monté à Paris, direction la direction de M6. On s’est parlé franchement, et d’un commun accord, j’ai décidé de partir.
Et là, ironie du sort : sur le chemin du retour, dans le métro, fraîchement redevenu chômeur officiel, je tombe sur une affiche d’Arte. Et là, tilt. Je me dis : « Et si je leur proposais quelque chose de vraiment différent ? Et si je faisais quelque chose de différent ? »
Résultat ? J’appelle la direction d’Arte. Je leur fais part d’un projet
d’émission à vocation éducative. Le deal est accepté, à ma grande surprise ! En septembre, je lance donc une nouvelle émission : « Ciao Doxa ! ». J’avoue que j’hésite encore sur le titre. Pourquoi pas « Doxa mon amour ! » Quoi qu’il en soit, ce sera un mardi et jeudi soir sur deux, à 21h40. Ce sera un espace libre, exigeant mais accessible pour le grand public, où interviendront chercheurs (des vrais, spécialistes dans leur domaine), militants associatifs, éleveurs éthiques, syndicalistes en lutte… Ce sera un espace où les gens échangeront de manière apaisée. On y parlera biens communs, décroissance, transition écologique, démocratie participative, philosophie, sciences, éthique. Le tout, en prenant du thé/café issu du commerce équitable, et en bouffant des trucs bios et locaux. sans coupure pub, évidemment.
Journaliste : Plus de happenings absurdes ? Plus de « kiffage » ou “grosse Darka” à l’antenne ?
Cyril Hanouna (souriant) : Le seul happening, ce sera l’émergence de la vérité, ou du moins, de plus d’objectivité. Le seul buzz, ce sera éventuellement l’éveil et la sensibilisation des consciences. Et le seul kiff, la philosophie. Tu vois, j’ai troqué les nouilles pour la noétique. Ahaha !
Journaliste : Dernière question : si vous pouviez dire un mot à votre « vous » du passé, que lui diriez-vous ?
Cyril Hanouna : Je lui dirais : « Baba, éteins la lumière du plateau et éclaire plutôt ta lanterne »
Des propos recueillis par Emmanuel Baruch.
Sources : PotinNews, Le Figaroo, le Maunde »
Article satirique rédigé par Au cœur de la Philo
Toute ressemblance avec des faits réels serait, au fond, un sacré compliment fait à la philosophie et aux sciences humaines.
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