Olivier Zunz, Tocqueville. L’homme qui comprit la démocratie. 2022. (I)

Si, d’aventure, j’admettais la superstition en ma créance, je dirais que cet homme Alexis de Tocqueville est un miraculé, appelé à réaliser de bien grandes choses. Une fée, et pas n’importe laquelle, s’est penchée sur son berceau, mais il y a plus : ses parents échappèrent à la mort par miracle car il n’était pas bon naître dans une caste de grands aristocrates au début de la Terreur de la Révolution française. Des deux côtés, Alexis avait de qui tenir. Et ses parents, tout juste mariés, furent condamnés à mort comme une large fraction de leurs familles appartenant à la grande noblesse : c’est la chute et l’exécution de Robespierre qui leur sauva la vie… Le jeune Alexis comptait parmi ses aïeux Malesherbes, chateaubriand et quelques autres aïeux tout aussi prestigieux.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, à savoir la vie et l’œuvre de cet homme exceptionnel que l’on cite toujours autant aujourd’hui, le m’interroge sur l’origine du nom de l’auteur de cette œuvre, ZUNZ. Le seul Zunz que je connaisse par mes recherches et publications est celui du grand maître de la Science du judaïsme ( (1794-1886)) Wissenschaft des Judentums), qui a pratiquement fondé ce grand mouvement intellectuel dont la vocation était d’étudier historiquement ou scientifiquement la tradition juive. Il serait intéressant de savoir si l’auteur de ce livre sur Tocqueville est un des descendants de notre grand homme… L’auteur du présent ouvrage, Olivier Zunz, est professeur émérite de l’université de Virginie.
Dinard. Olivier Zunz en dédicace à Nouvelles Impressions - Redon.maville.comCe livre est une véritable biographie qui en impose par son volume et par sa méticulosité : on se perd un petit peu dans ce dédale de cousins, d’oncles et de grandes tantes… Je relève que dès son plus âge, Alexis baigne dans un milieu très distingué et très aisé où il assiste à des soirées fréquentées par des hommes illsutres comme Chateaubriand et quelques autres…
Né en 1805, Alexis entreprendra son grand voyage vers l’Amérique alors qu’il n’en a que vingt-cinq ans. Avec un tel arrière-plan social toutes les portes vous sont ouvertes. Peut-être une légère ombre au tableau d’une enfance et d’une adolescence si heureuses : l’exil, loin de sa mère restée à Paris avec son plus jeune fils, laissant son mari préfet suivre les aléas de la carrière d’un haut fonctionnaire.
L’apprentissage du doute, tel est le titre du premier chapitre. Le jeune Tocqueville apprend à considérer les choses d’un point de vue historique ou scientifique. Ce qui le mit en porte à faux avec les enseignements du magistère, ouvrant la voie à une grave crise spirituelle. Ses amis et ses cousins entreprirent de le sortir de cette nasse dans laquelle il risquait de galvauder son avenir. On évoque aussi un épisode amoureux à l’âge de seize ans et demi où il conçût un enfant avec une jeune servante. Sa vie sentimentale était presque aussi compliquée que sa quête d’un avenir professionnel. D’aucuns le poussaient à opter pour une carrière militaire comme ses deux frères, tandis que d’autres, conscients de sa faiblesse physique, ne souhaitaient pas qu’un casque tînt étouffer de si grandes aptitudes intellectuelles. Finalement le jeune Alexis opta pour le droit, sans vouloir devenir fonctionnaire, au motif qu’un agent de l’État doit être soumis et obéissant.
Mais il eut une nouvelle fois ce qu’il faut bien nommer une déconvenue sentimentale. Il entretint une assez longue romance avec la fille de l’archiviste municipal. Encore la même voie sans issue puisqu’une telle mésalliance était impensable.
Comme on vient de le voir, Alexis finit par opter pour l’étude du droit. Mais il se sent attiré par d’autres choses. On sait que son père mit à profit ses nombreuses relations sociales pour décrocher pour son fils un poste non rémunéré de procureur adjoint à Versailles. Mais ce qui intéresse Alexis, c’est le vaste monde, les grands espaces et le mouvement : ce sera l’Amérique.
Accompagné par son ami Beaumont, Tocqueville imagine d’inspecter le système carcéral aux USA. Mais comme l’écrira ce même Beaulieu à son père, ce n’était qu’un prétexte. Car la population carcérale est un reflet fidèle de la société civile qui les a incarcérés. Et c’est donc un point d’observation privilégié pour étudier les mœurs de la société en question. Une telle entreprise nécessitait une longue préparation dans de nombreux domaines : apprendre l’anglais, lire des livres sur l’Amérique, collecter de l’argent (T000 francs de l’époque), réunir des lettres de recommandation, et… Et ainsi, le 2 avril 1831 les deux amis prennent la mer ; la traversée durera trente-cinq jours et dès l’arrivée, les deux Français ont pu voir ce qui est propre à l’Amérique, notamment la place de l’héritage religieux ; le douanier demande à Alexis de prêter serment sur la Bible de n’avoir aucune marchandise à déclarer… Pour un Français, c’était une curieuse entrée en matière avec le service des douanes !
Le séjour sur place dura neuf mois et demi, au cours desquels les deux voyageurs purent compléter leur observation du Nouveau monde. Ils sont invités à plusieurs bals donnés en leur honneur, ainsi que des dîners au cours desquels des toasts sont portés, ce qui plaçait nos deux voyageurs dans l’embarras, au cas où il serait question d’allégeance au nouveau régime en France… Mais il y a plus : les manifestations de bienvenue n’ont pas le raffinement des soirées parisiennes, les femmes font preuve d’une relative absence de retenue ; quant à l’accompagnement musical, nos deux voyageurs n’hésitent pas à parler de barbarie…
Plus sérieusement, Olivier Zunz évoque les impressions du jeune Tocqueville en matière de pratique religieuse aux États-Unis. Il note que les relations entre les églises et l’État sont pacifiques et se développent dans des sphères différentes. Il relève aussi le développements de la pratique religieuse, notamment la présence aux offices religieux, notamment dans la religion évangélique, la population catholique étant bien moins nombreuse. On apprend qu’Alexis cherche à rassurer sa mère en lui apprenant qu’il assiste bien à la messe. Mais il demeure sous l’impact de la découverte du protestantisme… ( A suivre)
Maurice-Ruben HAYOUN

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève.  Son dernier ouvrage: La pratique religieuse juive, Éditions Geuthner, Paris / Beyrouth 2020 Regard de la tradition juive sur le monde. Genève, Slatkine, 2020

CYCLE DE CONFÉRENCES 2022-2023: A LA MAIRIE DU XVI ème ARRONDISSEMENT

La Mairie du 16 - Mairie du 16ᵉ

Aux racines de la culture européenne

Depuis plusieurs décennies, l’Europe souffre d’un déficit d’incarnation, tant au plan idéologique qu’au plan culturel, au sens le plus large du terme. Certains en sont même arrivés à parler «d’identité malheureuse». Je ne suis pas d’accord avec ce diagnostic pessimiste, même si on est bien obligé de relever une sorte de fragilisation de l’Europe. Et un manque évident d’assurance. Il faut être de nouveau animé d’une vision et porteur d’un projet.
Ce continent doit se renouveler, remettre en valeur ses propres acquis sur tous les plans, en faisant un inventaire objectif de ses actions passées, sans que cela conduise à baisser les bras. Nous n’avons pas su relever le défi du passé européen : la Shoah, la colonisation, l’accueil restrictif des réfugiés, le statut difficile des migrants, etc… tous ces faits historiques ne doivent plus inhiber la volonté de manifester les points positifs de notre civilisation.
La civilisation judéo-chrétienne a tout de même réalisé des choses exceptionnelles. Elle a fait à l’humanité l’apostolat du monothéisme éthique et du messianisme, deux valeurs indémodables qui ont irrigué, dans leur forme laïcisée et sécularisée la plupart des cultures: le caractère sacré de toute vie humaine, la relation apaisée aux autres civilisations et aux autres cultures.
C’est une partie de ce noble héritage européen que le nouveau cycle de conférences à la mairie de notre XVIe arrondissement entend développer au cours de cette fin d’année 2019 et du début de l’année 2020.

Ce cycle entre dans sa vingt-cinquième année (depuis 1994). 

Maurice-Ruben HAYOUN, Philosophe,écrivain,bibliste. (hayounmauriceruben@gmail.com)

 

CYCLE DE CONFÉRENCES 2022-2023

Jeudi 15 septembre 2022 à 19h
Philosophie et religion dans l’Europe contemporaine
Jeudi 13 octobre à 19h
Quelle place pour la fois dans la société contemporaine ?
Jeudi 17 novembre
L’idée religieuse du sacrifice : un plaidoyer en faveur du martyr ?
Jeudi 8 décembre
Sören Kierkegaard et la «suspension de l’éthique» dans son livre Crainte et tremblement

Année 2023

Jeudi 19 janvier 2023 à 19h0
Philosophie et théologie : Le Nouveau Penser de Franz Rosenzweig (Etoile de la rédemption)
Jeudi 17 février
La rencontre de l’Autre selon le JE et TU (1923) de Martin Buber
Jeudi 23 mars
L’universalité de la loi morale
Jeudi 19 avril
Que doit-on penser de la fraternité universelle ?
Jeudi 15 mai
La Révélation face à la Raison
Jeudi 18 juin
Existe t il une vérité religieuse (Relativisme, pluralisme) ?

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

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Bejar

C’est cette democratie à la Grecque qui a permis aux Perses de vaincre. La democratie est en effet une ouverture. Puisque son objet principal est le commun.

C’est la raison pour laquelle je pense qu’il faut conserver cette séparation du corps milicien du cerveau justicier. Du physique et du psychique.

Afin de limiter la place de l’etranger. Celle qui doit être illimitée quand les immigres acquièrent la nationalité.

Et je pense que cela dépend du besoin de main d’œuvre.

Suffisante MO nécessaire
Particulier Commun
Plurielle Générations immigrees singuliere
Intégration insertion

Bejar

La démocratie dont je me fous complètement c’est l’incapacité de la masse à décider. Et heureusement : cela fait le jeu anti fasciste de la republiqué.

La halakhah à la base ce sont les 10 commandements, les mitsvotes… Cela n’a rien à voir avec la participation. Pour les juifs le message est clair. Cantonné toi au privé (comme le riz peut etre) et tu seras riche de la représentation. C’est pareil avec la religion. Si tu la limites à la sphère privée la laicite peut la tolérer.

Car la participation n’est rien. Les Suisses nous le montrent. Depuis qu’elle est mise en place elle atteint une 10ne de pourcent a son maximum. Pas plus.

Mais alors à quoi sert la democratie ? Je pense qu’à l’origine elle correspondait à ce qu’il nous en reste. Les milices. Ou les BAC si vous préférez. Problème : ce sont devenus des corps. On les a privés de cerveau. C’est la raison pour laquelle il ne vaut mieux pas les croiser. La seule chose qu’ils comprennent c’est la violence. C’est triste de le constater. La plupart sont des bons pères de famille.

A l’origine donc imaginons que les milices avaient un cerveau. On pourrait alors employer le terme de police. Mais pas dans le sens de la justice. Dans celui de la philosophie.

Il est facile de penser que la justice a détourne ce cerveau. Car dorenavant c’est elle qui joue ce rôle. Et c’est un bon système ce ́est pas ce que je veux dire.

Avant cela il y aurait donc eu des polices de philosophes. Je les imaginent comme des conseils locaux. Dont l’objet est de traiter les affaires locales. Ce n’est pas une participation. Le citoyen vient énoncer son problème. Ou pire dénoncer son coupable qui a fait de lui ûne victime. L’enjeu du conseil est des lors de résoudre.

Peut être me direz vous que j’ai forcé la dose sur mon dernier pétard. C’est vrai. Quand j’étais jeune j’adorais ça. Et j’ai toujours eu de la chance de tomber sur du bon matos comme on dit. Mais je vous répondrais que mon dernier pétard commence à dater ce qui ne m’empêche pas de continuer à me marrer. Bon allez je vous laisse. Je vais me pisser dessus…