Au début de ce mois, l’Agence pour les Droits Fondamentaux – un organisme officiel européen – a publié un bilan de l’antisémitisme en Europe couvrant la période entre 2004 et 2014[1]. Peut-être que l’observation la plus significative dans l’examen de ce document, est que plusieurs pays membres n’ont pas daigné fournir de données et que les données recueillies divergent grandement d’un pays à l’autre. De nombreux Juifs pensent que cela ne vaut pas la peine de faire part des incidents antisémites à la police.

Lorsqu’on se permet d’apporter des statistiques insuffisantes sur des problèmes qui sont archi-connus depuis plus de dix ans, on n’a guère besoin d’en savoir plus pour prouver que l’Union Européenne ne fait aucun effort sérieux pour combattre l’antisémitisme. La mise en place d’une base solide de données est une première étape essentielle en vue du développement d’un plan de travail pour combattre cet antisémitisme virulent.

L’ADF (ou FRA) mentionne dans l’ordre suivant qui, selon lui, sont les principaux acteurs des incidents antisémites : “1) les Néo-Nazis, 2) Les sympathisants de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche, 3) les Fondamentalistes musulmans et la génération plus jeune, dont des enfants en âge d’être scolarisés. On note aussi des incidents dans des discours publics ouvertement antisémites sur les campus universitaires[2]”.

L’ordre donné à ces auteurs d’actes antisémites, tels que les présente la FRA est, en soi, problématique et suspect. Ceux qui sont familiers des questions d’antisémitisme en Europe savent pertinemment que globalement, ce sont les Musulmans qui devraient être placés au sommet de la liste. Ceux qui ont tué des Juifs uniquement parce qu’ils étaient Juifs, au cours du siècle présent, en France, en Belgique et au Danemark, étaient absolument tous Musulmans[3].

A cause du climat social régnant en Europe de l’Ouest, il n’y a que très peu d’experts juifs qui ont réellement osé souligner que la majorité des incidents antisémites dans leur pays sont le fait des Musulmans. L’une d’entre eux a été Esther Voet, lorsqu’elle était directrice du CIDI, l’organisation de défense pro-israélienne hollandaise. Elle a déclaré que le nombre d’incidents antisémites rapportés en 2014 aux Pays-Bas était équivalent au nombre d’incidents relevés sur les deux années 2011-2012. Voet a estimé que les deux tiers d’entre eux sont commis par des immigrés non-occidentaux ou leurs descendants. Il s’agissait d’une référence par euphémisme aux Musulmans qui représentent tout au plus à peine 7% de la population totale des Pays-Bas[4].

On cite aussi Sammy Ghozlan, Président du Bureau National de vigilance contre l’Antisémitisme en France, lorsqu’il a dit, même bien avant “Bordure Protectrice”, que la vaste majorité des attaques physiques à caractère antisémite en France sont commises par des Musulmans[5].

Le FRA est le successeur d’un organisme précédent, l’Observatoire Central Européen du Racisme et de la Xénophobie (EUMC). Cette organisation a officiellement été instaurée par une directive du Conseil de l’Europe en 1997. En 2003, l’EUMC a tenté de supprimer une étude de l’antisémitisme européen qu’il avait lui-même commanditée au Centre de Recherche sur l’Antisémitisme à l’Université Technique de Berlin (CRA). En réponse à la censure de leurs conclusions, les chercheurs du CRA ont déclaré que le fait qu’ils aient mis l’accent sur les antisémites musulmans, en tête des auteurs d’actes antisémites ne convenait pas au FRA[6].

Le FRA lui-même a tout fait pour entraver la lutte contre l’antisémitisme.

En 2013, cet organisme a supprimé de son site internet la définition de travail de l’EUMC qui avait été préparée par un groupe d’experts en 2005[7]. L’existence d’une définition est centrale pour combattre cette forme de haine. La définition supprimée était inconvenante pour l’U.E, puisqu’elle intégrait dans sa liste l’usage des double-standards contre Israël comme partie intégrante des actes antisémites[8]. Cela aurait permis de stigmatiser effectivement l’Union européenne comme un auteur d’actes antisémites.

Au sein de la Commission de l’U.E, son Vice-Président hollandais Frans Timmermans est, aujourd’hui, responsible de la lute contre l’antisémitisme et l’islamophobie.  Cet ancien Ministre hollandaise des affaires étrangères, intelligent et rusé, est aussi membre du Parti Travailliste hollandaise don’t les positions anti-israéliennes sont notoires[9]. Souvent, lorsque l’enjeu porte sur Israël, il fera certaines remarques valables et ensuite, il introduira, d’une façon ou d’une autre, une modification déformante.

Au premier Forum sur les Droits Fondamentaux, au début de ce mois, Timmermans a traité d’antisémitisme et d’islamophobie[10]. Son discours était du Timmermans millésimé. Il a mentionné que : “L’antisémitisme tente parfois de se cacher derrière l’antisionisme”. Pour un observateur de la scène européenne, il s’agit à peine d’une sous-estimation. Ce “parfois” devrait être remplacé par “fréquemment”. Il a considérablement commence à dévier de la réalité, lorsqu’il a compare les réfugiés actuels avec les réfugiés juifs des années 1930, en disant avec une insistance émotionnelle : “La seule chose qui diffère est que les réfugiés d’aujourd’hui viennent d’ailleurs et qu’ils ont un passé différent”. Il a, par convention, oublié de mentionner qu’entre autres différences, beaucoup des réfugiés musulmans actuels ont été élevés dans un environnement, où on leur a inculqué une haine extrême d’Israël et des Juifs Durant des décennies. Timmermans a annoncé que la Commission Européenne est sur le point de nommer deux coordinateurs, qui feront des rapports, respectivement, sur l’antisémitisme et sur l’islamophobie. Ils seront directement sous sa juridiction. C’est une initiative positive.

Cela dit, on doit faire, ici, deux observations importantes. D’abord le coordinateur sur les questions d’antisémitisme devrait aussi être chargé par Timmermans de traiter aussi bien de l’antisionisme. S’il ne le fait pas, il ne peut pas fonctionner efficacement dans l’environnement de l’U.E où 40% de la population de plus de 16 ans affirment des croyances antisémites stéréotypées disant qu’Israël mène une guerre d’extermination contre les Palestiniens[11]. L’essentiel de l’antisémitisme propagé en Europe se manifeste sous forme d’antisionisme. Ce point a été souligné dans des lettres adressées, par le passé, aux anciens dirigeants de la Commission de l’UE et au Président du Parlement Européen, par le Centre Simon Wiesenthal et le Gatestone Institute. Les réponses vagues qu’ils ont reçues indiquent qu’il n’y a aucune volonté de changer quoi que ce soit[12].

La seconde observation est que Timmermans devrait charger le coordinateur des actes antisémites de consacrer une attention significative à l’antisémitisme musulman. S’il ne le fait pas, les organisations juives devraient approcher les eurodéputés pour poser des questions à la Commission Européenne, en demandant pourquoi le Coordinateur n’accorde pas à l’antisémitisme et à l’antisionisme musulman toute l’attention que, de toute évidence, ils requièrent.

Par Manfred Gerstenfeld

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Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

[1] Antisemitism Overview of data available in the European Union 2004–2014, FRA- European Union Agency for Fundamental Rights, October 2015. http://fra.europa.eu/sites/default/files/fra_uploads/fra-2015-antisemitism-update_en.pdf

[2] Ibid, 11.

[3] Ruthie Blum, “Antisemitism Scholar Decries ‘Commemoration Discrimination’ on 43rd Anniversary of Munich Massacre”, The Algemeiner, 6 September 2015.

[4] Naama Lansky, “Sakana Berura Umijadit,” Israel Hayom, 22 August 2014. [Hebrew]

[5] “Report: Gang of youths taser French Jew at Paris monument,” JTA, 11 June 2014.

[6] Manfred Gerstenfeld, interview with Professor Amy Elman, “Op-Ed: How European Agencies Suppress Key Anti-Semitism Data,” Israel National News, 23 September 2014.

[7] Sam Sokol, “Israel Urges EU Human Rights Body to Return ‘Anti-Semitism’

Definition to Website,” The Jerusalem Post, 6 December 2013.

[8] Working definition of anti-Semitism, Coordination Forum for Countering Anti-Semitism (CFCA), http://antisemitism.org.il/eng/Working%20definition%20of%20antisemitism.

[9] Manfred Gerstenfeld, “Will the EU Delegate to the Global Anti-Semitism Forum Tell the Truth?” Israel National News, 3 May 2015.

[10] “Opening remarks of First Vice-President Frans Timmermans at the First Annual Colloquium on Fundamental Rights,” European Commission Press Release Database, Brussels, 1 October 2015. (http://europa.eu/rapid/press-release_SPEECH-15-5754_en.htm)

[11] Manfred Gerstenfeld, “: The Widespread German Hatred of Jews and Israel,” Israel National News, 2 July 2015.

[12] Letter from Gatestone Institute New York to Mr. José Manuel Barroso, President of the European Commission, 25 March 2014.

Letter from Rabbi Abraham Cooper, associate Dean of the Simon Wiesenthal Center Los Angeles to Mr. Martin Schulz, President of the European Parliament, 18 February 2014.

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