L’offensive lancée par un patchwork de forces de l’armée irakienne (10.000 soldats) et de milices chi’ites menées à la boucherie par l’Iran (20.000), en vue d’arracher Tikrit  des mains de l’Etat Islamique, bat en retraite, bouleversant les prédictions tout en rose de la coalition conduite par les Américains. 

Les combats pour la prise de cette importante ville sunnite (ville natale de Saddam Hussein et de sa tribu) sont en train de s’essoufler, non parce que les troupes irakiennes et leurs alliés, les supplétifs chiites irakiens, afghans et pakistanais ont jeté l’éponge, mais parce que les pertes qui leur sont infligées par l’Etat Islamique sont devenues trop lourdes pour continuer à soutenir la lutte. Cette débâcle capitale semble en cours depuis au moins le 20 mars. 

Des statistiques officielles ne sont pas encore diffusées par Bagdad ni l’équipe de Commandement iranien, dirigée par le Chef des Brigades al Qods, le légendaire Qassem Suleimani. Mais les pertes ont été écrasantes – certaines sources les estimant à un dixième environ de l’ensemble de ces forces mixtes. Des unités entières ont été mises hors de combat et dispersées. Certains contingents de l’armée irakienne se sont enfuies du champ de bataille en plein désarroi, sans dire un mot à leurs officiers – répétant leurs déjà brillantes performances de juin dernier, lorsque l’Etat Islamique a lancé sa première offensive pour s’emparer de territoires en Irak. 

Les officiers irakiens et iraniens ont, depuis lors, sombré dans des querelles sans fin pour savoir qui porte la responsabilité de ces pagailles, en visant tout particulièrement le Général  Hadi Al-Amiri,, Commandant en chef de la Brigade chi’ite Badr. 

Le résultat de la bataille de Tikrit, tant claironnée, est extrêmement embarrassante pour l’Administration Obama, dont le plan de campagne contre l’Etat Islamique  s’articulait complètement sur une rapide victoire à Tikrit, comme étant le prélude à des opérations de plus vaste envergure, renversant ainsi les tendances lourdes de la guerre contre les Jihadistes. Ce revers survient peu de temps après que le Général Martin Dempsey, Président de l’Etat-Major conjoint américain ait assuré devant une audition du Sénat à Washington, après sa visite en Irak : « Il ne fait aucun doute que les forces irakiennes chasseront bientôt les Jihadistes de Daesh hors de Tikrit ». 

En réalité, c’est l’Etat Islamique qui semble bien chasser les Irakiens et les forces pro-iraniennes hors de la ville et, jusqu’à présent, les combat n’ont pas repris.

On doit tirer d’importantes leçons pour l’avenir de la guerre contre l’Etat Islamique : 

  1. L’Etat Islamique a prouvé, jusqu’à présent, à Tikrit, qu’il n’est pas seulement puissant et tenace,mais aussi un peu plus sophistiqué qu’on ne le pensait et compétent dans l’usage d’instruments électroniques et cybernétiques de guerre.
  2. Ses centres de commandement et de contrôle fonctionnent de façon efficace et se sont avérés capables de répliquer rapidement à des situations constamment changeantes sur le champ de bataille. Lorsque ses forces avaient besoin de battre en retraite, elles l’ont fait en bon ordre et de façon tactique précise. 
  3.  Ses moyens logistiques se sont avérées tout aussi ordonnés, bien organisés, ce qui lui permet de garder ses véhicules, ses munitions et sa nourriture en mouvement autant que nécessaire et d’emmner ses morts et ses blessés.  Les tentatives en Occident de présenter l’organisation comme étant en train de craquer de l’intérieur paraissent, à ce stade, infondées. L’Etat Islamique a détaché des forces combattantes venues du nord et de l’ouest de l’Irak et les a envoyées à Tikrit, tout en conservant ouvertes ses lignes d’approvisionnement à partir de la Syrie et de l’Irak, malgré les frappes aériennes américaines. 
  4. Et alors qu’il tenait la ligne de front à Tikrit, le Commandement de l’Etat Islamique, constitué essentiellement d’ex-officiers de Saddam Hussein et de jeunes occidentaux -dont des Américains, des Britanniques, Australiens et Canadiens ayant une expérience militaire- a réussi à ouvrir de nouveaux fronts de guerre dans le centre et le nord de l’Irak. 
  5. Au contraire, la démonstration de l’armée irakienne s’avère faible. La bataille pour reprendre Tikrit étaient considérés, dans les médias occidentaux, comme le test sur le terrain, pour les bataillons irakiens entraînés par les instructeurs U.S, en préparation pour une prochaine campagne visant à reconquérir Mossoul, la seconde grande ville d’Irak. Ces bataillons démontrent qu’ils sont bien loin d’être prêts – même pour subir leur épreuve préliminaire – et qu’il est très peu probable  qu’ils soient à la hauteur pour une mission plus importante. 
  6. Tikrit consitue une défaite humiliante pour le Général iranien Suleimani aux mérites tellement vantés, et qui a pris le commandement personnellement dans cette offensive.
  7. Les insuffisances militaires de l’Iran dans la bataille constrastent nettement avec les capacités de Daesh dans le même domaine. S’il veut sortir la tête haute de l’arène irakienne, Téhéran aurait besoin de mettre sur le terrain des soldats professionnels ou des unités régulières des Gardiens de la Révolution – et pas seulement des milices chi’ites irrégulières. 
  8. Ce dilemme imprévu a provoqué d’intenses discussions parmi les décideurs politiques de haut niveau et les chefs militaires à Téhéran, afin de déterminer s’il faut, ou non, envoyer les forces aériennes iraniennes en Irak, ddans une tentative plus sérieuse pour déloger les forces de Daesh hors de Tikrit. 
  9. Rien d’autre qu’une intervention directe des chasseurs-bombardiers et des hélicoptères d’attaque iraniens pour couvrir les troupes irako-chi’ites et les milices pro-iraniennes pourrait s’avérer plus efficace – particulièrement depuis que les Jihadistes se sont barricadés à l’intérieur du bastion massif constitué autour du palais de Saddam Hussein, à Maqar el-Tharthar, sur le lac du même nom. C’est l’un des sites les plus lourdement fortifiés de tout le Moyen-Orient, comportant un labyrinthe de bunkers à l’épreuve des bombes atomiques et un vaste réseau de tunnels et de passages souterrains. Pour le briser, il faudrait faire appel à de lourds bombardements aériens, une mission  que les Iraniens vont probablement laisser à la Force Aérienne des Etats-Unis d’Amérique [NDLR : avec toutes les subtilités d’alliance effective que l’on sait]
  10. Dans la bataille de Tikrit, la stratégie de l’Administration Obama, consistant à se limiter au partage des renseignements [depuis samedi 21 mars] et à quelques frappes aériennes et à laisser le combat sur le terrain à des forces locales de milices chi’ites sous commandement iranien, s’est effondrée. 

L’expulsion de l’Etat Islamique d’un tiers de l’Irak et de la Syrie, dont le Califat s’est emparé nécessiterait l’appel d’environ 100.000 hommes de troupes occidentaux bien entraînés qui devraient être injectés dans cette guerre… 

debka.com

Adaptation : Marc Brzustowski

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